| identifiant | CG11-29480.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1811/12/26 00:00 |
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| titre | Napoléon à Jérôme, roi de Westphalie |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG11</i> - 29480. - </b><span style="font-variant: normal">À Jérôme, roi de
Westphalie</span></h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 26 décembre
1811</h2><p>Mon frère, je
reçois votre lettre du 22, j’y réponds sans perdre de temps. Je
pense que le général Morio, qui a votre confiance, est très bien
placé dans votre maison[^1].
C’est même un officier distingué, qui serait utile dans votre
état-major ou dans votre génie, ces services ayant de l’analogie ;
mais il n’a jamais mené au feu même une compagnie de voltigeurs.
Un parfait honnête homme et un homme d’honneur
pourrait-il désirer d’être grand maréchal d’un prince qui a
détrôné sa famille ? Il peut désirer d’être colonel ou
général, vous ayant reconnu ; il pourra être avec honneur le
grand-maréchal de votre fils, mais pas le vôtre. Supposez une
défaite, la marche de l’Électeur sur Cassel : dans ce cas,
pourriez-vous vous défendre d’un sentiment d’effroi de trouver à
vos côtés un homme qui aurait tant de liens par lesquels on
peut le saisir ? Quant à la régence que vous voulez laisser
chez vous en cas d’absence, je vois bien que Siméon mérite toute
confiance pour l’administration ; je suppose que le chef de
votre gendarmerie, Bongars, resterait en Westphalie ; mais il
faudrait encore un général de quelque distinction qui pût se
porter à la tête des troupes partout où il serait nécessaire.</p><p>Vous avez
dix-huit bataillons et huit escadrons en ligne. Il vous faudrait
soixante pièces de canon. Le moins possible serait quarante-huit
pièces, savoir : douze pièces de régiment ; deux
batteries à pied, chacune de six pièces de 6 et deux obusiers,
seize pièces ; deux batteries à cheval de quatre pièces de 6
et deux obusiers, douze pièces ; une batterie de réserve de
six pièces de 12 et deux obusiers, huit pièces ; total,
quarante-huit pièces.</p><p>Pour le service de
vos trente-six pièces de réserve, il faut 200 voitures, car il faut
avoir 400 coups à tirer par pièce. Ces 200 voitures exigeraient
1 000 chevaux : vous n’en avez que 600, c’est-à-dire
que vous ne pouvez atteler que 120 voitures avec votre train. Il
faudrait donc que les 80 autres voitures fussent attelées, au moment
de la guerre, par une levée de chevaux de réquisition. Vos
trente-six pièces de réserve se trouveraient marcher naturellement,
savoir : seize avec l’infanterie, ce qui fera vingt-huit avec les
douze pièces régimentaires ; les huit pièces de la
batterie de réserve avec la Garde ; les douze de deux batteries
à cheval, l’une avec la Garde, l’autre avec la brigade de
cuirassiers.</p><p>C’est là la
moindre organisation que vous puissiez avoir, et encore n’aurez-vous
que la moitié de l’organisation actuelle de mes troupes, et moins
que n’ont les troupes étrangères.</p><p>Vos compagnies
d’artillerie à pied pour servir huit pièces doivent être de
120 hommes. Les deux compagnies à cheval et les six compagnies
à pied que vous avez me paraissent suffisantes : trois de ces
dernières serviront l’artillerie des divisions et trois seront au
parc.</p><p>Dix-huit bataillons,
représentant 12 000 baïonnettes, doivent avoir 60 cartouches
par homme dans les caissons, outre celles des gibernes. Il vous
faudrait 48 caissons à cartouches ; vous en avez 18 avec
les régiments : il en resterait donc 30 avec la réserve. Ces
30 caissons marcheraient, savoir : 18 avec l’infanterie et 12 avec
le parc ou la Garde. Mais les caissons d’infanterie entrent dans
l’évaluation des 200 voitures.</p><p>Je passe au génie.
Ce n’est pas avoir une armée que de ne pas pouvoir se retrancher.
Vous avez une compagnie de sapeurs ; il faudrait la porter à
120 hommes au moins. Il faudrait avoir une demi-compagnie du
génie organisée comme elles le sont en France. Cette demi-compagnie
servirait 25 voitures portant 3 000 outils à pionniers, des
cordages et autres objets nécessaires pour réparer les ponts et
aider à passer une petite rivière.</p><p>Vivres. Pour faire
la guerre dans le pays où votre corps d’armée servira, vous avez
besoin d’avoir du pain pour quinze jours, en transportant du
biscuit et de la farine. Je suppose que votre corps se montera à
18 000 bouches ; pour quinze jours, c’est l’emploi de
270 000 rations de farine ou de grains. En ayant de grosses
voitures portant chacune quatre milliers, vous auriez besoin de 40 ou
50 chariots.</p><p>Souliers. Il est
nécessaire que chaque homme partant de Cassel ait une paire de
souliers aux pieds, deux paires dans le sac et une paire portée dans
des voitures, afin qu’une campagne d’été puisse se faire sans
que le soldat vienne à être nu-pieds.</p><p>Tous les préparatifs
se font ici comme si la guerre était certaine. J’ai dans mes
équipages 2 000 voitures de gros modèle portant 4 milliers, et
4 000 voitures d’artillerie attelées par 20 000 chevaux.
Ma Garde seule a deux cents pièces de canon attelées, avec 600
caissons de transport, etc. L’armée française a seule huit cents
pièces de canon.</p><p>Vous serez toujours
prévenu quinze jours d’avance. Tâchez que votre armée soit munie
de tout, surtout d’artillerie et de moyens de transport pour les
vivres.[^2]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3>
[^1]: Voir CG11-29381.
[^2]: <span></span> Copie d’expédition, Archives nationales, 400 AP 89 (minute, Archives nationales, AF IV 895, décembre 1811, n° 123). [<i>C</i> 18377]</body> |
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