CG11-29266.md

identifiantCG11-29266.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1811/12/05 00:00
titreNapoléon au maréchal Davout, commandant le corps d’observation de l’Elbe et gouverneur général des villes Hanséatiques
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG11</i> - 29266. - </b><span style="font-variant: normal">Au maréchal Davout, commandant le corps d’observation de l’Elbe et gouverneur général des villes Hanséatiques</span></h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 5 décembre 1811</h2><p>Mon cousin, je reçois votre lettre sur les travaux de Modlin.</p><p>Puisque la couronne A ne peut pas être achevée cette année, on doit finir la lunette n° 19 et la mettre en état de défense ; elle ne se trouvera qu’à 300 toises de la flèche n° 27 et à 100 toises de la rivière. L’ennemi ne pourra donc s’en emparer qu’en y ouvrant la tranchée, et il ne pourra le faire qu’après que son équipage de siège sera arrivé et mis en mesure pour cette opération. Il est fort intéressant d’être maître de ce point n° 19 aussi longtemps qu’il sera possible, puisque par cette position on est maître aussi du pont de la Vistule. Donnez donc des ordres pour que l’ouvrage n° 19, avec un bon blockhaus à la gorge, capable de tenir 100 hommes, soit fait sans délai et armé.</p><p>Ensuite, le plus tôt possible, on doit finir la couronne A, car il faut, avant tout, s’assurer le pont, puisque c’est le principal but de toute la place de Modlin.</p><p>On voit par le profil général que la gorge de la place domine de plus de 60 pieds l’ouvrage de Kazun ; il n’est donc pas probable que l’ennemi se loge dans cet ouvrage, sous le feu de toute la gorge de la place. D’ailleurs, rien n’empêchera d’établir un avant-fossé, large et plein d’eau, qui offre un obstacle à l’assaut qu’on voudrait donner à cette tête de pont.</p><p>Je vois avec plaisir que la place est approvisionnée ; elle doit l’être pour six mois. 3 à 4 000 hommes de garnison m’y paraissent suffisants, savoir : un régiment entier, 2 compagnies de sapeurs, 4 compagnies d’artillerie, un escadron de cavalerie, et enfin une compagnie de dépôt de chaque régiment, ce qui fera 1 500 hommes de dépôt ; en tout 4 000 hommes.</p><p>Le service ne doit pas se faire par des gardes qui se relèvent, mais par des bataillons ou compagnies qui restent à poste fixe dans les bastions, demi-lunes et contre-gardes ; c’est la méthode turque ; elle est la meilleure pour la défense et la plus économique en hommes. Ainsi, par exemple, on chargerait un demi-bataillon de la défense de la couronne C ; il s’y établirait, aurait toujours là la moitié ou le tiers de son monde de service ; le jour, tous ces hommes travailleraient à fortifier le poste qu’ils auraient à défendre et le mettraient avec empressement dans le meilleur état possible ; la nuit, tout le monde serait encore là. </p><p>L’infanterie fournirait d’ailleurs le nombre d’hommes nécessaire pour servir l’artillerie de cette partie de la place. Vous comprenez les avantages que doit avoir ce service sur la méthode ordinaire, où les postes se relèvent toutes les 24 heures ; ce qui fait que le soldat s’établit mal et ne porte aucun intérêt à fortifier le poste où il se trouve. Vous devez donc donner pour instruction que, si le siège venait à avoir lieu, on eût à charger de la défense de chaque front un officier et une portion de la garnison qui baraquerait là ; les soldats y resteraient toujours. Comme il y a une grande quantité de bois à Modlin, on laisserait les soldats maîtres de se faire eux-mêmes des blindages, en appuyant le bois contre le talus intérieur du rempart ; ce qui fera des baraques faciles à construire, parfaitement à l’abri de la bombe, et dans lesquelles les soldats pourront coucher en cas de bombardement. Les casernes resteront disponibles pour les hôpitaux et la réserve.</p><p>Par ce moyen, au lieu de 300 travailleurs par jour pour le génie, nombre que l’on voit porté dans le mémoire, il y en aurait par jour 3 000 ; car, hormis les sentinelles et quelques grand’gardes, tout le monde travaillerait ; de même, au lieu de 200 servants pour l’artillerie, il y en aurait 3 000 ; car tout le monde s’exercerait à servir les pièces qui doivent défendre la portion de la place qui leur sera confiée. </p><p>Donnez donc une instruction en conséquence et redressez toutes ces idées.</p><p>Comme le livret de l’artillerie n’était pas joint à l’état, je ne puis juger de sa situation ; mais donnez ordre que les pièces de 24 qui sont inutiles à Varsovie soient envoyées à Modlin ; qu’on ne laisse à Prague que le plus petit nombre de pièces nécessaires, et qu’on arme Modlin de pièces de 24, de 12 et d’obusiers ; qu’on y transporte les cartouches, les armes, etc. ; qu’on mette un général pour y commander, des officiers du génie, d’artillerie, des commissaires des guerres ; enfin, qu’on mette en tout point la place dans le meilleur état de défense, sans attendre au dernier instant.[^1]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Np</i></h3> [^1]: <span></span> Expédition, Archives nationales, 398 Mi 2 [384 AP 251-252 : fonds Suchet d’Albufera]. [<i>C</i> 18308]</body>