| identifiant | CG11-29017.md |
|---|
| fait partie de | correspondance |
|---|
| est validé | oui |
|---|
| date | 1811/11/06 00:00 |
|---|
| titre | Napoléon au général Clarke, ministre de la Guerre |
|---|
| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG11</i> - 29017. - </b><span style="font-variant: normal">Au
général Clarke, ministre de la Guerre</span></h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Cologne, 6 novembre 1811</h2><p>Monsieur le duc de
Feltre, vous trouverez ci-joint des notes que j’ai dictées sur la
place de Cologne ; donnez-en connaissance au comité des
fortifications, pour que le travail que je demande me soit présenté
aux conseils de décembre.[^1]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3><p>Note dictée par sa
Majesté sur Cologne.</p><p>1°</p><p>De Wezel à Mayence,
il y a 60 à 70 lieues, sans aucune place forte.</p><p>Une armée qui
voudrait envahir la Belgique, d’accord avec une expédition
anglaise, se porterait sur Cologne ; de Cologne sur Juliers,
Aix-la-Chapelle, Liège d’où elle arriverait à Bruxelles et de là
à Anvers ; cette armée serait obligée de masquer Wesel,
Juliers et peut-être Maastricht. Il faudrait qu’elle masquât
aussi Givet ; et il est probable qu’elle jugerait devoir
s’emparer au moins de Juliers et peut-être de Maastricht avant de
passer la Meuse. Mayence se trouve tellement loin qu’elle ne peut
exercer aucune influence sur cette opération, en supposant que
l’armée ennemie vienne par Cassel ou par Lippstadt ou par la route
de Siegen.</p><p>Si l’on avait à
Bonn une place forte, l’ennemi serait aussi obligé de masquer
Bonn. Toutes les troupes de l’Alsace, au 1<sup>er</sup> mouvement
de l’ennemi, se réuniraient sur Bonn, tandis que les troupes de
Hollande se grouperaient sur Wesel et Venlo. Il serait donc difficile
de penser que l’ennemi pût continuer sa route sans prendre Bonn et
Juliers.</p><p>2° Ces idées
avaient fait penser à fortifier Bonn, qui se trouve à peu près à
mi-chemin, entre Wesel et Mayence. Mais les fortifications de Bonn
offrent quelques difficultés. La ville est environnée de montagnes
qu’il faudrait occuper.</p><p>D’ailleurs Bonn
est au débouché des montagnes ; la plaine qui s’étend
depuis la mer, c’est-à-dire, depuis Ostende, Flessingue et le
Zuiderzee et qui embrasse les embouchures de la Meuse et du Rhin,
finit à Bonn. L’emplacement de la place à l’extrémité de
cette plaine pourrait avoir des inconvénients et sans contredit la
place serait mieux située à Cologne où elle pourrait exercer une
plus grande influence sur la plaine.</p><p>3°Si une place
forte existait à Cologne, il serait impossible à l’ennemi de
passer le Rhin entre Cologne et les places de Wesel, Clèves, Venlo,
Juliers et Maastricht. Il lui serait également difficile de prendre
Bonn pour point d’appui sur le Rhin, car de Bonn, il faudrait qu’il
longeât la plaine et vînt passer à 2 lieues de Cologne pour
arriver soit à Aix-la-Chapelle soit à Juliers. Il passerait donc
tout à fait sur la ligne d’influence de la place ; ainsi, il
faudrait qu’indépendamment du corps d’observation qu’il aurait
devant Wesel, il en eut un autre pour bloquer Cologne, ce qui ne le
dispenserait pas d’avoir un 3<sup>e</sup> corps pour observer ce
qui viendrait de Mayence sur Bonn. Cette opération peut être
considérée comme impraticable, et avec une place à Cologne, on
aurait toute sûreté qu’une opération ne saurait être tentée
sur la Belgique sans qu’au préalable l’ennemi ne se fût emparé
de cette place.</p><p>4°La population de
Cologne est de 40 000 âmes. Metz en a 45 000 ;
Strasbourg, Mayence, Lille sont plus considérables. Cette population
n’a donc rien qui puisse effrayer, d’autant moins que ce pays est
géographiquement français, et que les habitants ne peuvent nourrir
aucun souvenir ni aucun regret qui les fasse aspirer à un changement
d’ordre des choses.</p><p>L’étendue de la
ville est à peu près de 2 200 toises, cela ne dépasse pas les
bases ordinaires. Mayence et Strasbourg ont une étendue beaucoup
plus grande. En disant 2 000 toises, on ne comprend pas le
segment du côté du Rhin, puisque ce côté fermé par une muraille,
au pied de laquelle coule le fleuve est déjà à l’abri de toute
attaque. Les fortifications actuelles constituent dans Cologne un
très bon camp retranché. Une bonne muraille, ayant un bon fossé,
met l’enceinte à l’abri d’un coup de main. La propriété de
cette muraille est telle qu’il n’est plus question désormais
pour faire de Cologne une place convenable, que de la couvrir
d’ouvrages en terre, et des masses de terre très considérables
sont déjà une avance pour ces travaux.</p><p>5°Mayence et Wesel
sont deux débouchés suffisants pour le nord de l’Allemagne.
Cologne pourrait donc être considérée comme place purement
défensive et n’occuper la rive droite que par un ouvrage avancé
placé là comme en vedette. On remettrait à un temps plus éloigné
d’étendre les ouvrages de la rive droite de manière à conserver
sur ce point la possession d’un grand pont.</p><p>6°Cologne exigera
sans doute au moins 13 000 hommes de garnison et un
matériel d’artillerie considérable ; mais la place ne
pouvant s’aider d’aucune inondation ni d’aucun moyen
extraordinaire ne pourra offrir qu’une résistance simple.</p><p>On demande :
quelle serait la défense de la ligne magistrale actuelle,
perfectionnée, rétablie et tous les points faibles renforcés, de
manière à mettre tout le pourtour actuel en équilibre ? La
durée de cette défense ne peut pas être telle qu’il soit
convenable d’y exposer une garnison de 12 000 hommes, un
matériel et des approvisionnements de vivres aussi considérables ;
et l’on proposera de couvrir l’enceinte actuelle par des
couronnes afin de donner à la place 3 mois de résistance, tous
nécessaire pour venir à son secours. Or sur un pourtour de 2 à
3 000 toises. Il faut au moins 5 couronnes, ce qui présente le
double inconvénient d’une augmentation de dépense hors de
proportion avec le résultat, et d’une augmentation de garnison
également hors de proportions convenables. Cet aperçu ferait
bientôt renoncer à l’idée de fortifier une place de cette
étendue.</p><p>Le problème se
trouve donc tracé dans les limites suivantes : rétablir
l’enceinte actuelle en la perfectionnant et en la mettant en
équilibre dans toutes ses parties ; et arriver à lui donner
une résistance de 3 mois sans cependant augmenter des ouvrages déjà
trop considérables et une garnison déjà trop forte.</p><p>7°La solution de ce
problème est dans une citadelle qui serait établie soit en aval
soit en amont. Cette citadelle appuyée sur le Rhin, afin que le côté
de trapèze se trouve hors d’attaque, pourrait se réduire à 3
fronts, qui fortifiés avec toutes les ressources de l’art,
offriraient une longue résistance.</p><p>La ville prise,
après la résistance qu’elle doit offrir, le matériel, les
vivres, la garnison se retireraient dans la citadelle, y
soutiendraient un 2<sup>nd</sup> siège qui donnerait le temps
d’accourir et d’obliger l’armée assiégeante à repasser le
Rhin, ou du moins donnerait le temps de défendre la Meuse et ferait
échouer l’ennemi dans son principal projet.</p><p>8°Cela posé, on
désire qu’on présente aux conseils de décembre prochain, un
tracé exact avec profil, de l’enceinte actuelle. 1° Que faut-il
pour rendre la muraille entièrement défensive et la couvrir de
manière qu’elle ne puisse pas être aperçue de la campagne ?
2° Pour détruire les maisons dans les bastions et rétablir les
murailles qui en ferment la gorge ? 3° Pour rétablir les
fossés, les chemins couverts, les parapets, les places d’armes,
glacis et toutes les masses du système existant ? 4° Dans
cette situation, quelles sont les parties faibles et que coûteraient
les lunettes ou contre-gardes à y établir pour retrouver
l’équilibre ? 5° La place ainsi rétablie, combien de jours
pourrait-elle se défendre ? Quelle armée faudrait-il pour en
faire l’investissement ? Quelle garnison faudrait-il pour la
défendre ? 6° Enfin où conviendrait-il de placer la
citadelle ? Que coûterait-elle et combien de jours
pourrait-elle se défendre ?</p><p>9°Les choses ainsi
réalisées, on aurait réuni tous les avantages. On aurait une place
forte de 1<sup>er</sup> ordre qui en cas d’événement serait mise
à l’abri d’un coup de main même par 2 000 hommes.</p><p>On aurait une
citadelle qui maintiendrait les habitants et améliorerait leurs
dispositions ; on occuperait le véritable point sur le Rhin qui
peut le mieux garantir la Belgique et qui influe le plus sur la
plaine ; on se conserverait maître de cette immense plaine dont
les ressources de toute espèce entreraient pour quelque chose dans
les calculs de l’ennemi ; enfin la dépense resterait en
proportion avec l’objet qu’on se propose, et l’on aurait un
immense casernement capable de contenir tout ce qui serait nécessaire
à une armée.</p><p>(Nota) On ne parle
pas ici des ouvrages sur la rive droite. Il est hors de doute qu’il
en faut ne serait-ce qu’une tête de pont. Mais ces ouvrages ne
tiennent pas au but ; quand ils seraient pris, l’ennemi
n’aurait rien, cette place n’étant pas considérée comme
offensive mais seulement comme défensive. Sa véritable défense est
le fossé du Rhin et la muraille existante, qui suffisent pour la
mettre à l’abri d’un coup de main.[^2]</p>
[^1]: <span></span> Copie d’expédition, S.H.D., Guerre, 17 C 325 (minute, Archives nationales, AF IV 895, novembre 1811, n° 53). Extrait [catalogue de vente], <i>J. Sammlung, Harry Ruhé,</i><i>Cat.
Wertvolle Bücher und Autog. Des 15-20</i>, Amsterdam, 19-20 novembre 2003, p. 179, n° 932.
[^2]: <span></span> Copie d’expédition, S.H.D., Guerre, 17 C 325 (minute, Archives nationales, AF IV 895, novembre 1811, n° 53). Extrait [catalogue de vente], J. Sammlung, Harry Ruhé, <i>Cat. Wertvolle
Bücher und Autog. Des 15-20</i>, Amsterdam, 19-20 novembre 2003, p. 179, n° 932.</body> |
|---|
| |