CG11-29006.md

identifiantCG11-29006.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1811/11/03 00:00
titreNapoléon à Maret, ministre des Relations extérieures
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG11</i> - 29006. - </b><span style="font-variant: normal">À Maret, ministre des Relations extérieures</span></h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Düsseldorf, 3 novembre 1811</h2><p>Monsieur le duc de Bassano, les affaires de Suède méritent de fixer sérieusement mon attention. Je suppose que M. Alquier<sup>[^1]</sup> sera à Copenhague ; que vous lui avez envoyé ses lettres de créance pour résider en cette cour, et que je n’ai plus à Stockholm qu’un chargé d’affaires[^2].</p><p>Je désire que vous me fassiez un rapport général sur la conduite de la Suède depuis deux mois, et que vous rédigiez un projet de note très modérée, mais très ferme, que ce chargé d’affaires remettra[^3]. </p><p>Si mes corsaires ne sont pas relâchés sans délai, s’il ne m’est pas donné satisfaction pour les insultes faites dans la Poméranie suédoise, où le sang français a coulé, enfin si le gouvernement suédois ne renonce pas au système de faire escorter par ses bâtiments armés les bâtiments que le commerce anglais couvre sous le pavillon américain, vous donnerez ordre à ce chargé d’affaires de quitter Stockholm avec toute la légation.</p><p>Il est nécessaire que la note qu’il remettra soit très détaillée et en même temps très précise, pour qu’elle puisse, le cas arrivant, servir au besoin de manifeste. Il faut y parler de la paix ; que je ne l’aurais pas faite si la Suède n’avait pas accédé à notre système ; y parler de la déclaration de guerre de la Suède à l’Angleterre, qui, au détriment du respect que les nations se doivent, n’a été qu’une comédie ; parler du commerce de Gothembourg[^4] ; que je ne nie pas que la Suède n’ait le droit de faire ce qui lui convient, mais que le droit de tromper et de manquer à sa dignité n’appartient à aucune nation ; parler des trois scènes qui ont eu lieu ces trois dernières années dans la Poméranie suédoise ; parler de la direction que toutes les lettres de l’Europe pour l’Angleterre ont pu prendre par la Poméranie et par Gothembourg, et cependant la Suède est en guerre avec l’Angleterre ! Parler enfin des insultes faites à mes corsaires et de la prétention d’escorter par des bâtiments suédois armés les bâtiments anglais prétendus américains ; que ce serait donner par là le spectacle, jusqu’à présent inconnu, d’une nation en guerre qui escorte les bâtiments de son ennemi ; que, si la Suède ne se désiste pas de ce droit d’escorter les bâtiments américains violant les décrets de Berlin et de Milan<sup>[^5]</sup>, et conserve la prétention d’attaquer mes corsaires avec ses bâtiments de guerre, le chargé d’affaires quittera Stockholm ; que je désire conserver la paix avec la Suède ; que ce désir est palpable ; mais que je préfère être en guerre à un pareil état de paix.</p><p>Vous préviendrez ce chargé d’affaires qu’avant de demander ses passeports il doit faire venir à lui tous les consuls de France qui sont en Suède, afin que les Français soient prévenus et reviennent.</p><p>Vous ferez connaître au chargé d’affaires, dans ses instructions, que je lui défends de parler au prince royal<sup>[^6]</sup> ; que, si le prince l’envoie chercher, il doit répondre que c’est avec le ministre qu’il est chargé de traiter. Il doit garder avec le prince royal le plus absolu silence, ne pas même ouvrir la bouche. Seulement, si le prince se permettait de s’échapper en menaces contre la France, comme cela lui est déjà arrivé, le chargé d’affaires doit dire alors qu’il n’est pas venu pour écouter de pareils outrages et qu’il se retire ; mais, en général, il doit éviter toute entrevue avec le prince royal.[^7]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Np</i></h3> [^1]: Ministre plénipotentiaire à Stockholm depuis le 11 mars 1810, il vient d’être nommé à Copenhague. [^2]: Sabatier de Cabre. [^3]: <span></span> L’escalade entre la Suède et la France aboutira à la reprise des hostilités. Voir le volume XII de la présente <i>Correspondance générale</i>. [^4]: Göteborg. [^5]: Le décret de Berlin (21 novembre 1806) puis celui de Milan (17 décembre 1807) instaurent et organisent le Blocus continental. [^6]: Bernadotte. [^7]: <span></span> Expédition, Archives du ministère des Affaires étrangères, M.D, France, vol. 1789, fol. 117. [<i>C</i> 18233]</body>