| identifiant | CG11-28751.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1811/09/30 00:00 |
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| titre | Napoléon au général Savary, ministre de la Police générale |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG11</i> - 28751. - </b><span style="font-variant: normal">Au
général Savary, ministre de la Police générale</span></h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Anvers, 30 septembre 1811</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Vous ne devez vous
mêler en rien de ce qui regarde la reine de Naples[^1].
Laissez-la faire ce qu’elle veut. Moins vous causerez avec elle,
mieux cela vaudra ; les conversations avec elle seraient
mauvaises, puisque vous ne savez pas mon but. Montrez-lui donc les
égards convenables, et restez tranquille. En général, toutes les
conversations diplomatiques sont très nuisibles : vous en avez
eues avec Campochiaro[^2] ;
à quoi cela a-t-il abouti ? Il eut mieux valu n’en avoir pas
du tout, ou du moins de très légères. Que cela vous serve de
règle. Moins vous causerez avec les ministres étrangers, moins vous
aurez d’ambassadeurs à votre table, mieux cela vaudra.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je crois vous avoir
mandé que vous aviez mal fait d’écrire en Suisse pour le comte de
Gottorp[^3].
Vous ne savez pas mes intentions ; je ne vous les ai pas dites ;
vous vous êtes donc exposé à donner à mon ministre des
instructions opposées à celles du ministre des Relations
extérieures[^4].
Du moment que le comte de Gottorp était hors de France, cela ne vous
regardait pas. Vous pouviez prévenir le ministre des Relations
extérieures ; mais vous ne deviez rien prendre sur vous.
Lorsqu’un ministre se mêle de ce qui ne le regarde pas, il
bouleverse l’administration. Il n’est pas dans la règle que vous
donniez une seule instruction à mes ministres étrangers.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je suis instruit que
madame de Chevreuse a traversé Paris[^5].
Je ne puis pas concevoir comment on a contrevenu ainsi à mes ordres,
qui portent que cette dame restera éloignée à 40 lieues de Paris,
et comment vous avez souffert un pareil manquement. Je désire que
cela n’arrive plus. Je vous ai fait connaître que mon système à
l’égard des exilés est de ne plus s’occuper d’eux et de ne
pas leur donner d’importance en se mêlant sans cesse de leurs
affaires.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Quant aux licences, je
suis très persuadé que vous êtes dupé par des intrigants. C’est
à quoi tendent mes ministres, lorsqu’ils ont affaire à cette
espèce d’agents qui déshonorent l’administration. Il faut
renoncer à tout cela, puisque, de la manière dont cela se fait, il
y a plus d’inconvénients que d’avantages.</p><p style="margin-bottom: 0cm">J’ai reçu le rapport
que vous m’avez envoyé du commissaire de police à Boulogne[^6]
sur Dunkerque. Ce commissaire de police est un homme si bavard et si
présomptueux que je n’en ai pas vu de pareil. Il a été plus
d’une heure chez moi, me donnant des leçons de finances, de
change, d’administration générale, et voyant tout de travers. Un
agent de cette espèce est loin des Villiers[^7]
et des véritables agents de police. Du bavardage et de la
présomption sont les qualités les plus opposées à celles d’un
bon commissaire de police. Je lui crois d’ailleurs du zèle ;
mais il fait mal son affaire. Les smogglers ne sont pas surveillés à
Dunkerque ; ils se répandent dans la ville. C’est ce
commissaire qui en a la police ; mais je ne sais quel bavardage
il m’a fait pour me faire entendre que mes ordres à cet égard ne
devaient point être exécutés. Ce commissaire est si borné que,
pendant que j’étais en rade à Boulogne, il laissait sortir les
smogglers de Wimereux. Lui ayant fait des observations là-dessus, il
m’a dit des choses fort bêtes. Donnez ordre qu’aucun smoggler de
Wimereux ne parte, sans qu’on n’en ait prévenu le contre-amiral
Baste[^8].
Le commissaire de police à Boulogne a beaucoup d’autorité ;
il faut là un homme qui réunisse une grande prudence à une grande
dextérité, qualités tout opposées à celles du commissaire
actuel.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le commissaire de
police de Flessingue est, je crois, un parent de Réal[^9].
Il est fort jeune, et tout le monde s’accorde sur l’inutilité
dont il est par son peu de savoir et d’activité.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Remontez la police de
Paris. Elle est très mal faite, et, dans le public, on s’aperçoit
que l’activité de Dubois[^10]
manque. Les filles de joie inondent les carrefours, et de nouvelles
maisons de prostitution ont été ouvertes. Réprimez l’audace de
ces misérables, et faites en sorte que le mal, au lieu d’augmenter,
diminue. Ne dissimulez pas à Pasquier que le bruit public à Paris
est que la police est moins bien montée que sous son prédécesseur.
Il est inutile de lui dire que c’est mon opinion ; ce serait
décourager ce magistrat, pour lequel j’ai de l’estime ;
mais il faut cependant que vous le préveniez pour qu’il donne de
l’énergie à ses mesures.[^11]</p>
[^1]: Caroline Murat est à Paris.
[^2]: Ambassadeur de Naples à Paris.
[^3]: Gustave-Adolphe IV, ex-roi de Suède, détrôné le 13 mars 1809.
[^4]: Maret.
[^5]: <span></span> Elle est exilée loin de la capitale depuis 1808. Voir <i>Correspondance générale</i>, vol. VIII, n° 18103.
[^6]: Martin.
[^7]: Villiers du Terrage, directeur de la police en Hollande.
[^8]: Commandant la flottille de Boulogne.
[^9]: Conseiller d’État chargé du premier arrondissement de police.
[^10]: Ancien préfet de Police, remplacé par Pasquier.
[^11]: <span></span> Minute, Archives nationales, AF IV 894, septembre 1811, n° 276. [<i>LEC</i> 877]</body> |
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