CG11-28744.md

identifiantCG11-28744.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1811/09/30 00:00
titreNapoléon à Bigot de Préameneu, ministre des Cultes
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG11</i> - 28744. - </b><span style="font-variant: normal">À Bigot de Préameneu, ministre des Cultes</span></h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Anvers, 30 septembre 1811</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Monsieur le comte Bigot de Préameneu, je vous renvoie l’original du bref du Pape[^1]. Gardez-le, sans le communiquer à qui que ce soit, jusqu’à mon retour. Mon ministre secrétaire d’État[^2] vous a fait connaître mes intentions pour le renvoi des évêques dans leurs diocèses, afin de ne pas attendre la saison où des vieillards ne sauraient passer les Alpes sans de graves inconvénients.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je vous ai également fait mander d’écrire aux évêques députés à Savone[^3] de revenir, en apportant avec eux l’institution de tous les évêques nommés aux sièges vacants. Je désire qu’ils se trouvent à Paris à mon arrivée, afin de voir le parti qu’il y aura à prendre.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il me semble que le meilleur serait celui-ci : regarder le bref comme non avenu (puisqu’il est adressé aux évêques, cela ne me concerne pas), et publier comme loi de l’État le premier décret du concile national, par lequel il se déclare compétent, et le second, en ordonnant leur insertion au Bulletin des lois pour les rendre obligatoires. Quant au bref, il serait envoyé aux évêques pour leur gouverne, sans lui donner aucune publicité.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Cependant un bref ne peut pas être envoyé sans avoir été enregistré au Conseil d’État. Il faut donc que le Conseil enregistre celui-ci. Il fera, s’il y a lieu, les réserves nécessaires pour conserver les privilèges de l’Église gallicane. Mais puisque le Pape, au lieu de ratifier purement et simplement le décret du concile, a fait un bref comme il l’a voulu, il me semble que je dois y ajouter ce qui me convient. Ainsi je publie un décret, rendu en Conseil d’État, où sera rapporté, mot pour mot, le décret du concile, dans lequel on ne fera point mention qu’il doit être soumis au Pape[^4]. Quant à l’enquête à faire par le métropolitain pour s’assurer des bonnes mœurs et de la foi de l’évêque à instituer, on dira que cette enquête sera faite par le métropolitain, mais qu’il ne pourra point l’envoyer à la cour pontificale, et que, s’il en résultait que l’individu n’eût point la foi ou les caractères nécessaires, le métropolitain en ferait son rapport au ministre des cultes ; qu’enfin, si le métropolitain, sans avoir rien à objecter contre l’individu, se refusait au bout de six mois à donner l’institution, sous prétexte de défenses secrètes ou par tout autre motif, il serait traduit devant les tribunaux comme rebelle aux lois de l’État et de l’Église, comme voulant mettre le désordre dans la société, en inquiétant les consciences des citoyens, et condamné à la perte de ses fonctions épiscopales, à la privation des droits de citoyen et à la réclusion pour sa vie. Sans ce moyen on ne sera sûr de rien ; car les papes, par des lettres secrètes, défendront de donner l’institution aux évêques nommés.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il est aussi convenable que ces maximes s’étendent à tous les pays réunis à l’Empire, et que le Pape, par aucun acte patent ou secret, ne puisse ni priver le métropolitain de son droit, ni le dispenser de l’obligation de conférer l’institution.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il est convenable que vous m’écriviez sur ce projet ; surtout il faut le tenir secret et gagner du temps jusqu’à mon arrivée. J’attends que le Pape fasse des démarches ultérieures[^5]. Vous pourrez cependant montrer le bref à la commission, après lui avoir fait jurer le secret, afin qu’elle puisse faire des recherches et préparer le travail.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je pense qu’il est convenable de dire dans le considérant que le Pape a refusé deux fois de donner l’institution canonique aux évêques, ainsi qu’il l’avait fait en Allemagne, ce qui y a fait périr l’épiscopat ; que nous étions résolu de revenir au droit commun de l’Église, qui accorde ce droit aux métropolitains et aux synodes provinciaux ; mais que les prélats de notre Empire, réunis en concile national, ayant pris le décret suivant, nous avons voulu, par amour pour la paix et dans l’espérance que ce décret mettrait un terme aux prétentions de la cour pontificale de détruire l’épiscopat pour gouverner les diocèses par des vicaires apostoliques, ordonner la publication de ce décret du concile et son exécution comme loi de l’État ; de là toutes les modifications et précautions prises pour maintenir les dispositions de ce décret.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il faudrait aussi finir par déclarer que, si jamais, pour quelque cause que ce puisse être, le décret ne produisait pas ce résultat efficace d’assurer le remplacement des évêques dans l’espace d’un an, nous entendons rentrer dans le droit commun de l’Église, tel qu’il était avant l’existence du Concordat.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Voilà les idées principales sur lesquelles vous aurez à faire rédiger le projet.[^6]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3> [^1]: Le 20 septembre, Pie VII a signé le bref validant les décisions du concile national. Napoléon l’a appris deux jours plus tôt. Voir CG11-29092. [^2]: Daru accompagne l’empereur dans sa tournée des départements du nord. [^3]: Lattier de Bayanne, Ruffo, Dugnani, Della Rovere, Dufour de Pradt, Duvoisin, Buonsignori, Mannay, Bourlier, Barral, Bertalozzi. [^4]: Bigot de Préameneu publiera en effet les décrets du concile sans aucune référence au bref. [^5]: Pie VII fera en effet connaître le 17 octobre qu’il n’a pas l’intention de procéder auxdites investitures. [^6]: <span></span> Copie d’expédition, bibliothèques et archives du Conseil d’État, fonds Nougarède du Fayet (minute, Archives nationales, AF IV 894, septembre 1811, n° 270). [<i>C</i> 18155]</body>