CG1-1741.md

identifiantCG1-1741.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1797/06/30 00:00
titreNapoléon au Président du Directoire exécutif
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 1741. - </b>Au Président du Directoire exécutif</h1><p><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Mombello, 12 messidor an V [30 juin 1797]</h2><p><br/> </p><p>Je reçois à l’instant, citoyen Directeur, la motion d’ordre de Dumolard[^1].</p><p>J’y trouve la phrase suivante :</p><p>« Que plusieurs écrivains aient, depuis, élevé des doutes sur les causes et la gravité de ces violations criminelles du droit des gens, l’homme impartial ne fera point un reproche au Corps législatif d’avoir accordé sa croyance à des déclarations aussi précises, aussi solennelles, et garanties avec autant d’éclat par la puissance exécutive. » </p><p>Cette motion a été imprimée par l’ordre de l’Assemblée ; il est donc clair que cette phrase est toute contre moi.</p><p>J’avais le droit, après avoir conclu cinq paix et donné le dernier coup de massue à la coalition, sinon à des triomphes civiques, au moins à vivre tranquille, et à la protection des premiers magistrats de la République : aujourd’hui je me vois dénoncé, persécuté, décrié par tous les moyens, bien que ma réputation appartienne à la patrie.</p><p>J’aurais été indifférent à tout ; mais je ne puis pas l’être à cette espèce d’opprobre dont cherchent à me couvrir les premiers magistrats de la République.</p><p>Après avoir mérité d’avoir un décret d’avoir bien mérité de la patrie, je n’avais pas le droit de m’entendre accuser d’une mesure aussi absurde qu’atroce ; je n’avais pas le droit d’attendre qu’un manifeste inspiré par un émigré et soldé par l’Angleterre[^2] acquit au conseil des Cinq-Cents plus de créance que le témoignage de 80 000 hommes, que le mien.</p><p>Eh quoi ! nous avons été assassinés par des traîtres, plus de 400 hommes ont péri[^3], et dans la première magistrature de la République on s’excuse de l’avoir cru un moment !</p><p>L’on a traîné dans la boue et autour d’une grande ville plus de 400 Français ; l’on est venu les assassiner à la vue des gardes du fort ; on les a percés de mille coups de stylets pareils à celui que je vous envoie ; et des représentants du peuple français font imprimer « que, s’ils crurent ceci un instant, ils étaient excusables ! » </p><p>Que des hommes lâches et qui sont morts au sentiment de l’amour de la patrie et de la gloire l’aient dit, je ne m’en plaindrais pas, je n’y eusse pas fait attention ; je sais bien qu’il y a des sociétés où l’on dit : Ce sang est-il donc si pur ![^4] mais j’ai le droit de me plaindre de l’avilissement dans lequel les premiers magistrats de la République traînent ceux qui ont agrandi, après tout, la gloire du nom français.</p><p>Je vous réitère, citoyen Directeur, la demande que je vous ai faite de m’accorder ma démission. J’ai besoin de vivre tranquille, si les poignards de Clichy[^5] veulent me laisser vivre.</p><p style="text-align: left">Vous m’aviez chargé des négociations, j’y suis peu propre.[^6]</p><p><br/> </p> [^1]: Le député Dumolard a présenté aux Cinq-Cents une motion relative aux événements de Venise et de Gênes, qui met en cause Bonaparte. Cette motion a été imprimée par ordre de l’assemblée. [^2]: Partisan de la monarchie, Dumolard avait émigré en Suisse après le 10 août et est rentré en France peu avant Thermidor. [^3]: Allusion aux « Pâques véronaises ». [^4]: Allusion au mot de Danton après les massacres de Septembre. [^5]: Le club royaliste de Clichy tient ses réunions au domicile du député Gibert-Desmolières, rue de Clichy. Ses partisans ont été confortés par les élections de l’an V. [^6]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 1970, d’après une minute autographe, Archives de l’Empire.</body>