CG11-26701.md

identifiantCG11-26701.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1811/04/16 00:00
titreNapoléon à Frédéric-Auguste 1er, roi de Saxe
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG11</i> - 26701. - </b>À Frédéric-Auguste 1<sup>er</sup>, roi de Saxe</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 16 avril 1811</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Monsieur mon frère, je suis fort dans l’obscur sur les dispositions des Russes[^1]. Leur langage est tranquillisant, mais les mouvements qu’ils font faire à leurs divisions de Moldavie portent à penser qu’ils en veulent au grand-duché. Dans cette circonstance, Votre Majesté peut avoir besoin de direction, et c’est l’objet de cette lettre.</p><p style="margin-bottom: 0cm"><br/> </p><p style="margin-bottom: 0cm"><span style="font-variant: small-caps">Places fortes</span></p><p style="margin-bottom: 0cm">Je ne connais pas la place de Zamosc. Si cette place peut se défendre ; il faut l’armer, l’approvisionner pour six mois et y mettre la garnison la plus faible possible ; mais, si elle n’est pas en état de se défendre assez longtemps pour qu’on puisse venir à son secours, il paraît convenable d’en évacuer l’artillerie sur Varsovie, et de la faire sauter. Cette place est hors de la ligne d’opérations. Le pays étant pour nous, une petite forteresse y est assez inutile ; une grande forteresse ou place de dépôt peut seule être importante dans le grand-duché, et cette place, c’est Modlin. Il faut donc que Votre Majesté charge le prince Poniatowski et les généraux de voir combien de mois de siège Zamosc peut soutenir. Je suppose qu’il faut que cette place se défende au moins trois mois à partir du premier mois de l’invasion. Il est à présumer que dans ce premier mois le siège n’aura pas commencé. C’est donc à peu près pendant deux mois de siège que la place doit résister.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Sierock, Prague et Modlin ne sont que des têtes de pont d’un camp retranché ; ils ne peuvent donc servir qu’à appuyer les mouvements d’une armée ; et, si Modlin est, comme je le suppose, hors d’état de se défendre, on ne doit pas exposer une garnison pour garder ce point. D’ailleurs ce sont des places de campagne. On décidera au dernier moment ce qu’on devra en faire. Les approvisionnements qu’on y réunira seront pour la garnison, et, dans le cas contraire, pour l’armée.</p><p style="margin-bottom: 0cm"><br/> </p><p style="margin-bottom: 0cm"><span style="font-variant: small-caps">Artillerie</span></p><p style="margin-bottom: 0cm">Dans le cas où l’on garderait Zamosc, il faut n’y laisser que l’artillerie nécessaire. Il suffit pour la défense de cette place de pièces de 12 et de 16. On doit garder les pièces en fer pour l’armement de Prague, de Modlin et de la Vistule aux environs de Varsovie. On peut même garder huit pièces de 24 pour protéger Prague de la rive gauche, du côté de Varsovie. Enfin il faut garder les poudres et les boulets nécessaires pour cette défense. On gardera à Varsovie toute l’artillerie de campagne et les caissons qu’on peut atteler et qui doivent servir au mouvement de l’armée, et, à mesure qu’on croira qu’on est davantage menacé, on évacuera une partie de ces munitions par échelons entre Varsovie et l’Oder ; de manière qu’à mesure que l’armée se retirera elle puisse rencontrer des munitions suffisantes. Il sera donc nécessaire de former ainsi sur la route des magasins pour les munitions. On pourra prendre des églises, etc., il sera nécessaire que je connaisse l’emplacement de ces magasins. On laissera une partie de l’artillerie nécessaire à Thorn, tout le reste de l’artillerie quelconque, à l’exception des fusils, sera embarqué sur la Vistule, sous prétexte d’une destination pour l’armement de Thorn. Ces bateaux partiront ensemble ; ils pourront être expédiés peu de jours après l’ordre qui en sera donné, et de Thorn on pourra ensuite les diriger sur Dantzig, où ils seront en dépôt dans une place forte. Cette mesure est d’autant plus importante que l’appât de prendre cette artillerie pourrait porter les Russes à tenter un coup de main sur Varsovie, qu’ils n’en auront plus l’idée lorsque l’artillerie n’y sera plus. Quant aux huit pièces en bronze qui seront laissées à Varsovie et à celles en fer qui seront à Modlin, on les évacuera à mesure que les choses se prononceront, ou, au dernier moment, on brûlera les affûts et on mettra les pièces hors de servir, si on n’a pu les transporter.</p><p style="margin-bottom: 0cm"><br/> </p><p style="margin-bottom: 0cm"><span style="font-variant: small-caps">Armes à feu</span></p><p style="margin-bottom: 0cm">Les armes que j’ai envoyées dernièrement de France doivent être retenues à Dresde, à Glogau et à Custrin, selon l’endroit où elles se trouvent. Quant aux armes qui sont dans le duché, on peut en garder 4 000 à Varsovie, soit pour les gardes nationales, soit pour l’armée, soit pour les recrues. Le reste devra être dirigé, comme les munitions, en échelons sur la route de Posen. Au moment d’une attaque sérieuse, on évacuerait ces armes sur Glogau et Custrin. On peut même en évacuer 5 à 6 000 sur Dantzig.</p><p style="margin-bottom: 0cm"><br/> </p><p style="margin-bottom: 0cm"><span style="font-variant: small-caps">Armée</span></p><p style="margin-bottom: 0cm">Les semestriers[^2] doivent être rappelés et les corps réunis, sous prétexte d’en passer la revue. Tout doit être rassemblé du côté de Pultusk et de Varsovie. La cavalerie doit être sur les avant-postes, et placée en échelons, de manière à retarder la marche de l’ennemi et à préserver Varsovie d’une invasion. Des chevaux doivent être levés de tous côtés pour remonter la cavalerie, et pour atteler les soixante et douze pièces de campagne nécessaires à l’armée polonaise. Des pièces de régiment doivent être données à chaque corps. Des magasins de biscuit et de vivres doivent être formés sur la ligne d’opération entre l’Oder et Varsovie. L’armée doit être chargée de défendre aussi longtemps qu’elle le pourra la Vistule, et, lorsque cela ne sera plus possible, de manœuvrer toujours lentement sur l’Oder. Les hôpitaux doivent, en général, être évacués du côté de Kalisz. Il est probable que, si l’on en venait à cette extrémité, l’armée serait rencontrée sur l’Oder par l’armée française. Ce n’est pas le moment où Votre Majesté doit regarder à un million. Je pense qu’elle doit donner des ordres pour que tous les chevaux d’artillerie soient levés, pour que son artillerie soit attelée, les semestriers rappelés, et enfin son corps d’armée mis dans le meilleur état possible. Si la Russie n’avait à faire qu’au grand-duché, je suppose qu’elle pourrait se divertir d’un coup de main ; mais, dans l’état actuel des choses, elle doit voir cette entreprise sous un point de vue plus sérieux, et je doute encore qu’elle en ait le projet. Cependant les faits parlent ; ses divisions quittent le Danube et se portent sur la frontière du grand-duché. Les bruits de Varsovie à cet égard ne sont plus des bruits isolés ; ils sont confirmés par tous les avis qu’on reçoit de Stockholm et de Bucarest. Il faut donc se mettre en mesure, et c’est le but de l’instruction contenue dans la présente lettre. Le grand-duché n’a sans doute pas à craindre une invasion ; mais enfin tout doit être prévu, et dans ce cas, l’art consiste à ne perdre ni ses canons, ni ses munitions, ni armes, ni magasins. C’est ce que la Bavière a fait constamment dans les dernières invasions qu’elle a éprouvées. Toute son artillerie, tous ses magasins avaient été évacués sur Lindau, sur Augsbourg et sur Ulm. Or, la place de Dantzig est ici d’un grand avantage pour le duché, puisqu’on peut tout charger sur des bateaux qui, en huit ou dix jours, seront en sûreté dans cette place et pourront remonter ensuite, quand le danger sera passé. Ces dispositions pour le grand-duché font assez connaître à Votre Majesté ce qu’elle doit faire pour la Saxe, puisque, le cas arrivant, il serait assez convenable que l’armée saxonne pût aller au-devant de celle du grand-duché. Je pense donc qu’il faut donner des pièces aux régiments, et, sous prétexte de revues, rassembler les divisions, remonter la cavalerie et mettre tout en état. On ne peut pas parler ici de ce que les Prussiens feront en cas de guerre. Comme les protestations de la Russie sont très pacifiques, quoique en contradiction avec leurs mouvements de troupes, qui peut-être sont le résultat de la peur, on n’a pu que pressentir que la Prusse désirait un rapprochement, sans cependant avoir encore une idée diplomatique à cet égard.[^3]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Napoléon</i></h3> [^1]: Frédéric-Auguste est aussi, nominalement, grand-duc de Varsovie. [^2]: Militaires bénéficiant d’un congé de semestre. [^3]: <span></span> Expédition, Sächsisches Hauptstaatsarchiv (Dresde), 10026GK2760. [<font size="2" style="font-size: 10pt"><i>C</i></font><font size="2" style="font-size: 10pt"> 17612]</font></body>