CG11-26555.md

identifiantCG11-26555.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1811/04/06 00:00
titreNapoléon à Alexandre 1er, empereur de Russie
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG11</i> - 26555. - </b>À Alexandre 1<sup>er</sup>, empereur de Russie</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 6 avril 1811</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Monsieur mon frère, aussitôt que j’ai appris par le duc de Vicence[^1] que le choix du comte Lauriston était agréable à Votre Majesté Impériale, je lui ai donné l’ordre de partir. Je n’envoie pas à Votre Majesté un homme consommé dans les affaires, mais un homme vrai et droit, comme les sentiments que je lui porte. Et cependant, je reçois chaque jour des nouvelles de Russie qui ne sont pas pacifiques. Hier, j’ai appris de Stockholm que les divisions russes de la Finlande étaient parties pour s’approcher des frontières du grand-duché. Il y a peu de jours, j’ai été instruit de Bucarest que cinq divisions ont quitté les provinces de Moldavie et de Valachie pour se rendre en Pologne, et qu’il ne reste plus que quatre divisions des troupes de Votre Majesté sur le Danube. Ce qui se passe est une nouvelle preuve que la répétition est la plus puissante figure de rhétorique. On a tant répété à Votre Majesté que je lui en voulais, que sa confiance en a été ébranlée. Les Russes quittent une frontière où ils sont nécessaires, pour se rendre sur un point où Votre Majesté n’a que des amis. Cependant, j’ai dû penser aussi à mes affaires, et j’ai dû me mettre en mesure. Le contrecoup de mes préparatifs portera Votre Majesté à accroître les siens ; et ce qu’elle fera, retentissant ici, me fera faire de nouvelles levées : et tout cela pour des fantômes. Ceci est la répétition de ce que j’ai vu en 1807 en Prusse, et en 1809 en Autriche. Pour moi, je resterai l’ami de la personne de Votre Majesté, même quand cette fatalité qui entraîne l’Europe devrait un jour mettre les armes à la main à nos deux nations. Je ne me réglerai que sur ce que fera Votre Majesté. Je n’attaquerai jamais, et mes troupes ne s’avanceront que lorsque Votre Majesté aura déchiré le traité de Tilsit. Je serai le premier à désarmer et à tout remettre dans la situation où étaient les choses il y a un an, si Votre Majesté veut revenir à la même confiance. A-t-elle jamais eu à se plaindre de la confiance qu’elle m’a témoignée ?</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je charge bien spécialement le comte Lauriston de lui dire combien je lui désire de bonheur, combien je suis contrarié de m’imaginer qu’elle éprouve des embarras et de la peine par les fausses notions qu’elle s’est laissé donner de ma politique et de mes sentiments, et combien je serais heureux de la voir replacée dans la même route qu’à Tilsit et à Erfurt. Je prie Votre Majesté d’accorder une foi entière au comte Lauriston quand il lui dira que je veux la paix, que je n’envie rien à la prospérité de son empire ; et qu’au contraire, je me complaisais à penser qu’elle s’était agrandie et avait retiré des avantages de mon alliance.[^2]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Napoléon</i></h3> [^1]: Caulaincourt. [^2]: <span></span> Expédition, Archives des Affaires étrangères de l’Empire russe (AVPRI), fonds chancellerie, inv. 468, année 1811, d. 6049, p. 3. [<font size="2" style="font-size: 10pt"><i>C</i></font><font size="2" style="font-size: 10pt"> 17579]</font></body>