| identifiant | CG11-26542.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1811/04/05 00:00 |
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| titre | Napoléon à Champagny, ministre des Relations extérieures |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG11</i> - 26542. - </b>À Champagny, ministre des Relations extérieures</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 5 avril 1811</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Monsieur le duc de
Cadore, je vous renvoie le travail que vous avez fait préparer pour
le comte Lauriston[^1].
Il ne faut pas appeler cela <i>Instructions</i>, mais <i>Exposé</i>
de ce qui s’est passé. Quant aux instructions, vous lui donnerez
les suivantes :</p><p style="margin-bottom: 0cm">« Dans les
conférences avec M. de Roumianstev[^2]
et avec l’empereur[^3],
leur parler toujours clair, mais ne parler ainsi qu’à eux et que
là. Dans ces conférences, après avoir laissé parler longtemps,
demander la permission de répondre franchement, en se servant de la
formule : <u>Voilà comme on voit à Paris.</u></p><p style="margin-bottom: 0cm">Je ne ferai pas la
guerre pour la Pologne, quoique cependant je ne veuille pas souffrir
qu’il ne soit fait aucun empiétement sur le Grand-Duché, ni qu’il
lui soit fait aucun tort. Je ne ferai pas la guerre pour le tarif des
douanes, quoique le dernier oukase[^4]
soit contraire au traité de Tilsit, et que l’idée de brûler des
marchandises d’une puissance amie et alliée paraisse impliquer
contradiction avec les idées d’amitié et d’alliance ;
mais, quelque graves que soient ces griefs, je ne ferai la guerre que
dans le cas où la Russie voudrait autre chose que la rive gauche du
Danube, ou bien dans le cas où cette puissance, déchirant le traité
de Tilsit, ferait sa paix avec l’Angleterre.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Cet ultimatum ne doit
jamais être prononcé ; mais, si cela était important et que
cela devînt nécessaire, dans les conversations confidentielles avec
M. de Roumianstev et l’empereur, le comte Lauriston pourrait être
autorisé à le leur laisser entrevoir.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Dans tous les cas, soit
avec les aides de camp de l’empereur, soit avec les militaires,
soit avec le prince Tolstoï, soit avec les ministres étrangers,
quelques choses que le cabinet russe fasse, l’ambassadeur doit
toujours rester dans les termes d’une amitié parfaite, dans les
idées d’alliance, et ne pas laisser supposer qu’il existe le
moindre nuage, ni le moindre sujet de désunion.</p><p style="margin-bottom: 0cm">L’Empereur fait ainsi
connaître ses intentions à son ambassadeur pour que celui-ci sache
quels sont les points auxquels on attache de l’importance et puisse
diriger sa conduite en conséquence, sans cependant se compromettre
en rien ; car, ferait-on la paix avec l’Angleterre ?
Marcherait-on sur Constantinople ? L’ambassadeur doit
seulement prévenir et ne faire aucune démarche qu’il n’y soit
spécialement autorisé.</p><p style="margin-bottom: 0cm">La continuation de la
guerre entre la Russie et la Turquie serait sans doute une chose
avantageuse à la France, sans cependant qu’on la désire. Si la
Russie parvenait à faire sa paix avec la Turquie et à garder la
Moldavie et la Valachie, elle ne devrait rien conserver sur la rive
droite, ni aucune influence sur la Serbie, qui ne doit jamais être
gouvernée par un prince grec. La Russie voudrait faire pour la
Serbie ce qu’elle a fait pour la Moldavie et la Valachie, la mettre
d’abord sous la protection d’un prince grec, qui serait nommé
par La Porte, pour insensiblement y étendre son influence et
arriver, par les Monténégrins et par la Morée, sur la
Méditerranée.</p><p style="margin-bottom: 0cm">À cela, l’Empereur
est décidé à s’opposer. Il sera nécessaire que le comte
Lauriston prenne des informations pour connaître indirectement quels
sont les projets sur la Serbie ; mais ces insinuations ne
seraient nécessaires que dans le cas où il y aurait des ouvertures
de paix avec La Porte. Alors il serait bon de laisser entrevoir
l’intérêt que la France prend à empêcher que la Russie n’étende
son influence du côté de la Dalmatie, et, s’il est question d’un
prince grec en Serbie, de ne pas dissimuler qu’il ne saurait
convenir à la France de voir un prince grec venir s’établir ainsi
sur ses frontières.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Quant à la Moldavie et
à la Valachie, on peut dire que la Russie tiendra ces deux provinces
de la France. Actuellement la politique de l’Empereur est de ne pas
s’en mêler ; mais il ne faut pas faire de déclarations, car,
si les affaires continuaient à se brouiller entre les deux
puissances, il serait probable que la Russie finirait par ne pas
conserver ces deux provinces.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Quant à l’Angleterre,
il faut, par insinuation et par tous les moyens possibles, empêcher
le commerce anglais ; avoir à ce sujet des correspondances
suivies avec nos consuls et instruire de tout ce qui est relatif à
ce point. Il est probable que la moindre apparence d’une paix avec
l’Angleterre sera le signal de la guerre, à moins que des
circonstances imprévues ne fassent penser à l’Empereur qu’il
soit préférable de gagner du temps. Mais il est important que la
Russie comprenne les conséquences de la démarche qu’elle ferait.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Quant à la Pologne, il
faut présenter la question sous ce point de vue ; que
l’Empereur a fait l’impossible pour ôter tout soupçon de ce
côté, et empêcher que les ennemis des deux empires n’aient aucun
prétexte pour troubler l’harmonie ; réitérer ces assurances
et employer toutes les formes pour prouver que la politique de la
France n’est pas là, et a pour but unique l’Angleterre. »[^5]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Nap</i></h3>
[^1]: Nommé ambassadeur à Saint-Pétersbourg.
[^2]: Ou Romanzov, ministre des Affaires étrangères de Russie.
[^3]: <span></span> Alexandre I<sup>er</sup>.
[^4]: Oukase du 31 décembre 1810 qui renchérit les droits d’entrée des marchandises françaises. Voir nos commentaires, CG11-26492.
[^5]: <span></span> Expédition, Archives du ministère des Affaires étrangères, M.D., France, vol. 1788, fol. 133 à 136. [<font size="2" style="font-size: 10pt"><i>C</i></font><font size="2" style="font-size: 10pt"> 17571]</font></body> |
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