| identifiant | CG1-1527.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1797/05/03 00:00 |
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| titre | Napoléon au Directoire exécutif |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 1527. - </b>Au Directoire exécutif</h1><p style="text-align: center"><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Palma Nova, 14 floréal an V
[3 mai 1797]</h2><p><br/>
</p><p>Je reçois dans l’instant des nouvelles de Vérone. Vous
trouverez ci-joint les rapports du général de division Balland[^1],
du général Kilmaine et du chef de brigade Beaupoil.</p><p>Dès l’instant que j’eus passé les gorges de la Carinthie,
les Vénitiens crurent que j’étais enfourné en Allemagne, et ce
lâche et vil gouvernement médita des Vêpres siciliennes[^2].
Dans la ville de Venise et dans toute la Terre ferme, on courut aux
armes. Le Sénat exhorta les prédicateurs, déjà assez portés par
eux-mêmes à prêcher la croisade contre nous. Une nuée
d’Esclavons, une grande quantité de canons, et plus de 150 000
fusils furent envoyés dans la Terre ferme ; des commissaires
extraordinaires, avec de l’argent, furent envoyés de tous côtés
pour enrégimenter les paysans. Cependant M. Pesaro, sage-grand, me
fut envoyé à Goritz, afin de chercher à me donner le change sur
tous ces armements. J’avais des raisons de me méfier de leur
atroce politique, que j’avais assez appris à connaître : je
déclarai que si cet armement n’avait pour but que de faire rentrer
des villes dans l’ordre, il pouvait cesser, parce que je me
chargeais de faire rentrer les villes dans l’ordre, moyennant
qu’ils me demanderaient la médiation de la République ; il
me promit tout et ne tint rien. Il resta à Goritz et à Udine assez
de temps pour être persuadé par lui-même que j’étais passé en
Allemagne, et que les marches rapides que je faisais tous les jours
donneraient le temps d’exécuter les projets qu’on avait en vue[^3].</p><p>Le 30 germinal, des corps de troupes vénitiens considérables,
augmentés par une grande quantité de paysans, interceptèrent les
communications de Vérone à Mantoue, de Vérone à Peschiera et de
Vérone à Porto Legnago. Plusieurs de mes courriers furent
sur-le-champ égorgés et les dépêches portées à Venise. Plus de
2 000 hommes furent arrêtés dans différentes villes de la Terre
ferme et précipités sous les Plombs de Saint-Marc ; c’étaient
tous ceux que la farouche jalousie des inquisitions soupçonnait de
nous être favorables. Ils défendirent à Venise que le canal où
ils ont coutume de noyer les criminels d’état fût nettoyé. Eh !
qui peut calculer le nombre des Vénitiens que ces monstres ont
sacrifiés ?</p><p>Cependant, au premier vent que j’eus de ce qui se tramait, j’en
sentis la conséquence. Je donnai au général Kilmaine le
commandement de toute l’Italie. J’ordonnai au général Victor de
se porter avec sa division, à marches forcées, dans le pays
vénitien. Les divisions du Tyrol s’étant portées sur l’armée
active, cette partie-là devenait plus découverte ; j’y
envoyai sur-le-champ le général Baraguey. Cependant le général
Kilmaine réunit des colonnes mobiles de Polonais, de Lombards et de
Français qu’il avait à ses ordres, et qu’il avait remis sous
ceux du général Chabran[^4]
et du général Lahoz. À Padoue, à Vicence et sur toute la route,
les Français étaient impitoyablement assassinés. J’ai plus de
cent procès-verbaux qui tous démontrent la scélératesse du
gouvernement vénitien.</p><p>J’ai envoyé à Venise mon aide de camp Junot, et [j’ai écrit]
au Sénat la lettre dont je vous ai envoyé copie.</p><p>Pendant ce temps, ils étaient parvenus à rassembler à Vérone
40 000 Esclavons, paysans ou compagnies de citadins, qu’ils avaient
armés, et, au signal de plusieurs coups de la grande cloche de
Vérone et de sifflets, on court sur tous les Français, qu’on
assassinat : les uns furent jetés dans l’Adige ; les autres,
blessés et tout sanglants, se sauvèrent dans les forteresses que
j’avais dès longtemps eu soin de réparer et de munir d’une
nombreuse artillerie.</p><p>Vous trouverez ci-joint le rapport du général Balland ;
vous y verrez que les soldats de l’armée d’Italie, toujours
dignes d’eux, se sont, dans cette circonstance, comme dans toutes
les autres, couverts de gloire. Enfin, après six jours de siège,
ils furent dégagés par les mesures que prit le général Kilmaine
après les combats de Desenzano, de Valeggio et de Vérone. Nous
avons fait 3 500 prisonniers et avons enlevé tous leurs canons. À
Venise, pendant ce temps, on assassinait Laugier[^5],
on maltraitait tous les Français et on les obligeait à quitter la
ville. Tant d’outrages, tant d’assassinats ne resteront pas
impunis ; mais c’est à vous surtout et au Corps législatif
qu’il appartient de venger le nom français d’une manière
éclatante. Après une trahison aussi horrible, je ne vois plus
d’autre parti que celui d’effacer le nom vénitien de dessus la
surface du globe. Il faut le sang de tous les nobles vénitiens pour
apaiser les mânes des Français qu’ils ont fait égorger.</p><p>J’ai écrit à des députés que m’a envoyés le Sénat la
lettre ci-jointe ; [j’ai écrit au citoyen Lallement la lettre
aussi ci-jointe][^6].
Dès l’instant où je serai arrivé à Trévise, j’empêcherai
qu’aucun Vénitien ne vienne en Terre ferme, et je ferai travailler
à des radeaux, afin de pouvoir forcer les lagunes et chasser de
Venise même ces nobles, nos ennemis irréconciliables et les plus
vils de tous les hommes. Je vous écris à la hâte, mais, dès
l’instant que j’aurai recueilli tous les matériaux, je ne
manquerai pas de vous faire passer, dans le plus grand détail,
l’histoire de ces conspirations, aussi perfides que les Vêpres
siciliennes.</p><p>L’évêque de Vérone a prêché, la semaine sainte et le jour
de Pâques, que c’était une chose méritoire et agréable à Dieu
que de tuer les Français. Si je l’attrape, je le punirai
exemplairement.[^7]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Bonaparte</i></h3>
[^1]: Antoine Balland (1751-1821), général de division (1793), nommé à
l’armée d’Italie en septembre 1796, il prend le commandement de
Porto-Legnago, le 18 décembre. Il sert sous Rey et Kilmaine avant
de commander à Vérone (mars 1797) où il réprime les Pâques
véronaises. Il commande ensuite à Brescia, Bologne et Venise.
[^2]: Rappel du massacre des Français en Sicile, le 13 mars 1282.
[^3]: <span></span>S’il est établi que certains administrateurs vénitiens ont eu
des contacts avec le général autrichien Lougon afin qu’il
soutienne le soulèvement du lundi de Pâques, Bonaparte n’est pas
fondé à accuser<i>le gouvernement</i>de Venise d’avoir fomenté
l’émeute. Le chiffre de 150 000 fusils, par exemple, est
invraisemblable. Ce rapport n’est destiné qu’à mettre le
Directoire devant le fait accompli tout en justifiant d’avoir agi
sans attendre son autorisation.
[^4]: Joseph
Chabran (1763-1843), adjudant général chef de brigade (1795) à la
division Masséna (1796), général de brigade le 4 septembre 1796.
[^5]: <span></span>Le commandant de l’aviso<i>Le Libérateur de l’Italie</i>.
[^6]: <span></span>Cette phrase ne figure pas dans la minute, mais a été ajoutée
dans la<i> </i><i>Correspondance</i>(n° 1766), d’après la
Collection Napoléon.
[^7]: Minute, Archives du ministère des Affaires étrangères,
Correspondance politique, Milan, 1795-1797, vol. 55.</body> |
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