| identifiant | CG1-1526.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1797/05/02 00:00 |
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| titre | Napoléon au général Berthier, chef de l’État-Major général de l’armée d’Italie |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 1526. - </b>Au général Berthier, chef de l’État-Major général de l’armée d’Italie</h1><p style="text-align: center"><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Palma Nova, 13 floréal an V
[2 mai 1797]</h2><p><br/>
</p><p>Je vous envoie ci-joint, mon cher général, un manifeste relatif
aux Vénitiens. Vous voudrez bien faire en sorte qu’il y en ait
mille exemplaires imprimés dans la nuit. Vous en enverrez une copie
à la Congrégation de Milan pour qu’elle la fasse traduire en
italien, et qu’elle la fasse imprimer et répandre partout.</p><p><br/>
</p><p style="text-align: center; font-variant: small-caps">Manifeste</p><p style="text-align: center; font-variant: small-caps"><br/>
</p><p>Pendant que l’armée française est engagée dans les gorges de
la Styrie, et a laissé loin derrière elle l’Italie et les
principaux établissements de l’armée, où il ne reste qu’un
petit nombre de bataillons, voici la conduite que tient le
gouvernement de Venise :</p><p>1° Il profite de la semaine sainte pour armer 40 000 paysans, y
joint dix régiments d’Esclavons, les organise en différents corps
d’armée, et les porte aux différents points pour intercepter
toute espèce de communication entre l’armée et ses derrières.</p><p>2° Des commissaires extraordinaires, des fusils, des munitions de
toute espèce, une grande quantité de canons sortent de Venise même
pour achever l’organisation des différents corps d’armée.</p><p>3° On fait arrêter en Terre ferme tous ceux qui nous ont
accueillis ; l’on comble de bienfaits et de toute la confiance
du gouvernement tous ceux en qui l’on connaît une haine furibonde
contre le nom français, et spécialement les quatorze conspirateurs
de Vérone que le provéditeur Priuli[^1]
avait fait arrêter, il y a trois mois, comme ayant médité
l’égorgement des Français.</p><p>4° Sur les places, dans les cafés et autres lieux publics de
Venise, l’on insulte et accable de mauvais traitements tous les
Français, les dénommant du nom injurieux de jacobins, régicides,
athées ; les Français doivent sortir de Venise, et, peu après,
il leur est même défendu d’y entrer.</p><p>5° L’on ordonne au peuple de Padoue, Vicence et Vérone, de
courir aux armes, de seconder les différents corps d’armée, et de
commencer enfin de nouvelles Vêpres siciliennes[^2].
Il appartenait au lion de Saint-Marc, disent les officiers vénitiens,
de vérifier le proverbe, que l’Italie est le tombeau des Français.</p><p>6° Les prêtres en chaire prêchent la croisade, et les prêtres,
dans l’État de Venise, ne disent jamais que ce que veut le
gouvernement. Des pamphlets, des proclamations perfides, des lettres
anonymes sont imprimés dans les différentes villes et commencent à
faire fermenter toutes les têtes ; et, dans un État où la
liberté de la presse n’est pas permise, dans un gouvernement aussi
craint que secrètement abhorré, les imprimeurs n’impriment, les
auteurs ne composent que ce que veut le Sénat.</p><p>7° Tout sourit d’abord aux projets perfides du gouvernement. Le
sang français coule de toutes parts ; sur toutes les routes on
intercepte nos convois, nos courriers et tout ce qui tient à
l’armée.</p><p>8° À Padoue, un chef de bataillon et deux autres Français sont
assassinés ; à Castiglione di Mori, nos soldats sont désarmés
et assassinés ; sur toutes les grandes routes, de Mantoue à
Legnago, de Cassano à Vérone, nous avons plus de deux cents hommes
assassinés.</p><p>9° Deux bataillons français, voulant rejoindre l’armée,
rencontrent à Chiari une division de l’armée vénitienne qui veut
s’opposer à leur passage ; un combat opiniâtre d’abord
s’engage, et nos braves soldats se font un passage en mettant en
déroute ces perfides ennemis.</p><p>10° À Valeggio, il y a un autre combat ; à Desenzano, il
faut encore se battre ; les Français sont partout peu nombreux,
mais ils savent bien qu’on ne compte pas le nombre des bataillons
ennemis, lorsqu’ils ne sont composés que d’assassins.</p><p>11° La seconde fête de Pâques, au son de la cloche, tous les
Français sont assassinés dans Vérone ; l’on ne respecte ni
les malades dans les hôpitaux, ni ceux qui, en convalescence, se
promènent dans les rues, et qui sont jetés dans l’Adige ou
meurent percés de mille coups de stylet ; plus de quatre cents
Français sont assassinés[^3].</p><p>12° Pendant huit jours, l’armée vénitienne assiège les trois
châteaux de Vérone ; les canons qu’ils mettent en batterie
leur sont enlevés à la baïonnette ; le feu est mis dans la
ville, et la colonne mobile qui arrive sur ces entrefaites met ces
lâches dans une déroute complète, en faisant trois mille hommes
d’infanterie de ligne prisonniers, parmi lesquels plusieurs
généraux vénitiens.</p><p>13° La maison du consul français de Zante est brûlée dans la
Dalmatie.</p><p>14° Un convoi de guerre vénitien prend sous sa protection un
convoi autrichien et tire plusieurs boulets contre la corvette <i>la
Brune.</i></p><p>15° Le <i>Libérateur de l’Italie,</i> bâtiment de la
République, ne portant que trois à quatre pièces de canon, et
n’ayant que quarante hommes d’équipage, est coulé à fond dans
le port même de Venise, et par les ordres du Sénat ; le jeune
et intéressant Laugier, lieutenant de vaisseau, commandant ledit
bâtiment, dès qu’il se voit attaqué par le feu du fort et de la
galère amirale, n’étant éloigné de l’un et de l’autre que
d’une portée de pistolet, ordonne à son équipage de se mettre à
fond de cale ; lui seul, il monte sur le tillac, au milieu d’une
grêle de mitraille, et cherche, par ses discours, à désarmer la
fureur de ses assassins ; mais il tombe roide mort ; son
équipage se jette à la nage et est poursuivi par six chaloupes
montées par des troupes soldées par la République de Venise, qui
tuent à coups de hache plusieurs qui cherchent leur salut dans la
haute mer ; un contre-maître, blessé de plusieurs coups,
affaibli, faisant sang de tous côtés, a le bonheur de prendre terre
à un morceau de bois touchant au château du port ; mais le
commandant lui-même lui coupe le poignet d’un coup de hache.</p><p>Vu les griefs ci-dessus, et, autorisé par le titre XII, article
328 de la Constitution de la République[^4],
et vu l’urgence des circonstances :</p><p>Le général en chef requiert le ministre de France près la
République de Venise de sortir de ladite ville ;</p><p>Ordonne aux différents agents de la République de Venise dans la
Lombardie et dans la Terre ferme de Venise de l’évacuer sous
vingt-quatre heures ;</p><p>Ordonne aux généraux de division de traiter en ennemis les
troupes de la République de Venise, et de faire abattre, dans toutes
les villes de la Terre ferme, le lion de Saint-Marc.</p><p>Chacun recevra, à l’ordre du jour de demain, une instruction
particulière pour les opérations militaires ultérieures.[^5]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Bonaparte</i></h3>
[^1]: Podestat de Vérone jusqu’au 16 février 1797.
[^2]: En référence au massacre des Français en Sicile, le 13 mars 1282.
[^3]: Beaucoup d’entre eux étaient des malades assassinés dans
l’hôpital de la ville.
[^4]: Cet article qui oblige le Directoire à répondre aux menaces de
guerre – tout en prévenant rapidement les conseils législatifs.
[^5]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée
par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 1765, d’après le
dépôt de la Guerre.</body> |
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