| identifiant | CG5-9996.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1805/05/08 00:00 |
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| titre | Napoléon au vice-amiral Decrès, ministre de la Marine et des Colonies |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG5</i> - 9996. - </b>Au vice-amiral Decrès, ministre de la Marine et des Colonies</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Pavie, 18 floréal an XIII [8 mai 1805]</h2><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Monsieur
Decrès, j’ai reçu votre lettre du 14. Magon est parti<sup>[^1]</sup> ;
cette nouvelle m’est bien précieuse ; dès lors toutes les
hypothèses sur Santiago sont à bas, et il est de toute évidence
que l’amiral Villeneuve se dirigera sur le Ferrol. Si la frégate
<i>La Didon</i> n’est pas partie, vous la chargerez de
modifications aux instructions dont le général Magon est porteur,
et vous lui ordonnerez, au lieu de rester trente-cinq jours, de ne
rester qu’un mois. Si <i>La Didon</i> était partie, faites alors
partir <i>La Topaze</i>. Vous ferez connaître, par cette frégate,
l’état des choses à l’amiral Villeneuve ; vous lui direz
que mon intention n’est pas qu’il reste en Amérique plus d’un
mois après l’arrivée de l’amiral Magon ; que, si l’amiral
Ganteaume<sup>[^2]</sup>
peut sortir avant le 1<sup>er</sup> prairial, il sortira ; que,
passé le 1<sup>er</sup> prairial, il ne sortira plus et l’attendra
de pied ferme.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Ainsi donc,
au plus tard, le 10 messidor, Villeneuve doit marcher et arriver
comme un trait sur le Ferrol. Quant à Ganteaume, si, au 30 floréal,
il n’est pas parti, mon intention est qu’il ne sorte plus, mais
qu’il reste cependant toujours embarqué, toujours en haleine,
toujours bien approvisionné. Vous lui ferez connaître alors le plan
de campagne ; mais, pour qu’il se tienne plus sur ses gardes,
vous lui annoncerez que Villeneuve doit paraître devant Brest du 20
au 30 messidor. Je pense qu’il est assez utile que vous fassiez
mettre dans les journaux de Hollande qu’une nouvelle escadre, sous
les ordres de l’amiral Magon, forte de 3 vaisseaux et de 4
frégates, est partie de Rochefort, qu’elle a à bord cet officier
que devait amener Lauriston, que vous nommerez, et qu’on dira avoir
été prisonnier à Sainte-Hélène tant de temps. En définitive, je
tiens invariablement à ce système : Ganteaume doit sortir, s’il
le peut, jusqu’au 30 floréal, à minuit. Au moment du lever du
soleil du 1<sup>er</sup> prairial, aurait-il toutes les occasions
possibles, il attendra de pied ferme à Brest, et ne sortira plus.
L’amiral Villeneuve sera instruit de ces dispositions par <i>La
Topaze</i> ; il aura l’ordre, le 10 messidor, de partir ;
<i>Le Président</i> partira de Lorient le 1<sup>er</sup> prairial ;
il fera connaître à Villeneuve que Ganteaume n’est pas parti,
qu’il ne doit plus perdre une heure, qu’il est inutile qu’il
attende davantage. À cet effet, vous ordonnerez à Ganteaume, si le
30 floréal à minuit il n’est pas parti, d’expédier aussitôt
un courrier au commandant du <i>Président</i><sup>[^3]</sup>
pour le faire partir sur-le-champ. Par ce moyen, on épargnera
beaucoup de jours. Le paquet aura été envoyé d’avance au
commandant du <i>Président</i>. Au 25 messidor je serai sur la côte,
et, au 10 thermidor, j’attendrai le retour de mes escadres.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Quant au
<i>Régulus</i> et à <i>La Cybèle</i>, si je pouvais les envoyer au
Sénégal ravager les colonies anglaises d’Afrique, cela obligerait
les Anglais à y envoyer 2 vaisseaux ; si cela n’est pas
possible, faites-les armer promptement, et je les combinerai avec
l’escadre de Missiessy, dont le retour me paraît imminent<sup>[^4]</sup>.
Quant au Ferrol, faites armer les 5 vaisseaux. Quand le 1<sup>er</sup>
prairial sera arrivé, j’écrirai en Espagne pour que tous les
efforts soient dirigés sur ce port ; j’ai la confiance que
j’y aurai 10 vaisseaux espagnols ; Villeneuve aura alors 19
vaisseaux français et 16 espagnols ; total 35 vaisseaux. Il
sera facile de faire que l’ennemi n’en ait devant Brest que 18 ;
il n’y aura qu’à faire grand bruit de 2 vieux vaisseaux de
l’escadre, et les faire rentrer dans le port ; mais il faut
d’abord gagner l’époque du 1<sup>er</sup> prairial. Tâchez donc
de faire armer <i>L’Océan</i>, si vous pouvez, ne serait-ce que
pour le combat de Brest. Il y aurait tout le temps de faire à
Bertheaume<sup>[^5]</sup>
toutes les batteries qu’on voudrait. Donnez l’ordre à l’amiral
Ganteaume et au préfet maritime<sup>[^6]</sup>
de les faire faire sur-le-champ par la marine. Il me semble qu’il
peut y avoir tel cas où une forte protection bien assurée là peut
être très importante. Je pense aussi que vous ferez armer toutes
les chaloupes canonnières qui sont à Brest, ne fût-ce qu’avec
des ouvriers et les mouvements du port. Ce seront des ressources
précieuses au mois de messidor et au moment du combat ; mais
nous avons le temps de penser à tout cela. Pressez l’armement du
<i>Régulus</i><sup>[^7]</sup>
et des vaisseaux du Ferrol. Écrivez à M. Schimmelpenninck<sup>[^8]</sup>
pour faire armer les 2 autres vaisseaux qu’on a, afin qu’on les
envoie au Texel, pour obliger l’ennemi à renforcer sa croisière
d’Yarmouth.</font></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Je vous
recommande les vivres ; que j’en aie à Cherbourg, à Brest, à
Boulogne ; que l’amiral Missiessy, quelque part qu’il se
présente, ne soit pas arrêté d’une heure ; enfin il me faut
des vivres partout ; arrangez-vous en conséquence. Donnez ordre
au contre-amiral Gourdon<sup>[^9]</sup>
de vous envoyer des courriers, tous les cinq jours, pour vous
instruire du mouvement des croisières ; cela est nécessaire
pour les opérations de Missiessy.<sup>[^10]</sup></font></p><p><br/>
</p><p><br/>
</p>
[^1]: <span></span> Le 1<sup>er</sup> mai de Rochefort.
[^2]: Commandant l’escadre de Brest.
[^3]: Gallier-Labrosse.
[^4]: Il rejoindra son port d’attache de Rochefort le 20 mai.
[^5]: Ce fort construit par Vauban sert à surveiller l’entrée du goulet de la rade de Brest.
[^6]: Louis Marie Joseph Caffarelli du Falga.
[^7]: Vaisseau de 74, lancé à Lorient le 12 avril.
[^8]: Chef du Gouvernement de la République batave (avec le titre de Grand Pensionnaire).
[^9]: Commandant l’escadre du Ferrol.
[^10]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée
par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 8699, d’après l’expédition communiquée par la duchesse Decrès. Minute, Archives nationales, AF IV 866, floréal an XIII, n° 108.</body> |
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