CG5-9937.md

identifiantCG5-9937.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1805/04/30 00:00
titreNapoléon au vice-amiral Decrès, ministre de la Marine et des Colonies
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG5</i> - 9937. - </b>Au vice-amiral Decrès, ministre de la Marine et des Colonies</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Asti, 10 floréal an XIII [30 avril 1805]</h2><p style="margin-right: 0.01cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Monsieur Decrès, j’ai relu avec attention les instructions données à l’amiral Villeneuve. Je suppose qu’il arrivera à la Martinique le 15 de ce mois ; que dès lors il en partira pour se rendre, par Santo-Domingo, dans la baie de Santiago<sup>[^1]</sup>, le 25 prairial, y restera vingt jours, et après entrera à Cadix. Si l’amiral Magon<sup>[^2]</sup> part avant le 20 ou le 25 floréal, il lui porte l’ordre d’attendre trente-cinq jours, et après de se rendre, par le plus court chemin, devant le Ferrol<sup>[^3]</sup>. L’amiral Magon n’arrivera pas avant le 20 ou le 25 prairial, et l’amiral Villeneuve<sup>[^4]</sup> devra attendre jusqu’au 1<sup>er</sup> thermidor ; il ne serait alors rendu devant le Ferrol que le 1<sup>er</sup> fructidor. Ainsi donc l’amiral Villeneuve est parti le 9 germinal ; lorsqu’il arrivera devant le Ferrol, il y aura cinq mois qu’il sera parti, et il n’aura plus qu’un mois de vivres, en supposant que, pendant son séjour à la Martinique, il ait consommé les vivres de son escadre, ce qui n’est pas probable, surtout pour son biscuit. Toutefois, dans cette hypothèse, qui est la plus désavantageuse, il aurait encore les vivres nécessaires pour achever sa mission. Mais quarante et trente-cinq jours font soixante et quinze jours ; l’amiral aura donc séjourné deux mois et demi aux Antilles. Les Anglais ne seront certains de la marche du général Villeneuve que lorsqu’il sera arrivé, c’est-à-dire le 20 prairial. L’amiral restera donc trente-cinq jours depuis que les Anglais auront la nouvelle de son arrivée à la Martinique ; cela est, je crois, trop au moins de quinze jours. Il faut donc que, si l’amiral Magon n’est point encore parti, vous écriviez à l’amiral Villeneuve que, dans la lettre que lui porte l’amiral Magon, il est dit qu’il restera trente-cinq jours, mais qu’on avait espéré que le général<sup>[^5]</sup> Magon serait parti quinze jours plus tôt ; que mon intention est donc qu’il ne reste à la Martinique que jusqu’au 15 messidor. Mais, si le général Magon n’est point parti au 20 floréal, et que vous n’ayez expédié aucun bâtiment à cette époque au général Villeneuve pour lui dire d’attendre, il sera à penser que le général ne rencontrera plus le général Villeneuve, qui, selon moi, partira le 20 ou le 25 prairial ; et alors il n’y aura plus de possibilité de le joindre que dans la rade de Santiago. Je pense qu’il sera alors convenable que l’amiral Magon se rende dans cette rade pour porter l’ordre au général Villeneuve de se porter sur-le-champ sur le Ferrol. Quant aux mouvements de l’escadre de Brest, ils dépendent des mouvements de l’escadre de Rochefort. Si l’amiral Magon est parti avant le 20 floréal, et que l’amiral Ganteaume<sup>[^6]</sup> ne soit pas parti au 1<sup>er</sup> prairial, il ne reste plus à l’amiral Ganteaume que d’attendre tranquillement à être débloqué. Mais si, au contraire, l’amiral Magon, partant après le 20 floréal, se dirige sur Santiago, je pense que l’amiral Ganteaume doit se rendre également dans cette rade avec l’escadre du Ferrol. L’amiral Villeneuve n’arrivera point à Santiago avant le 10 ou le 15 messidor ; l’amiral Ganteaume peut donc se rendre à Santiago, quand il ne partirait pas avant le 15 prairial. L’amiral Villeneuve, suivant ses premières instructions, arrivera donc à Santiago le 10 ou le 15 messidor ; il aura donc encore près de trois mois de vivres, dans cette hypothèse ; l’escadre de Brest sera d’ailleurs dans le cas de lui en donner. Ainsi donc il convient aujourd’hui de bien déterminer ce que nous avons à faire. Si le général Magon part avant le 20 floréal, et que Ganteaume parte avant le 1<sup>er</sup> prairial, mon armée peut encore se réunir à la Martinique ; elle serait rassemblée avant le 1<sup>er</sup> messidor, et serait de retour avant le 15 fructidor. Si, au contraire, le général Magon part avant le 20 floréal, et qu’au 1<sup>er</sup> prairial Ganteaume n’ait pas pu sortir, il faut qu’il ne parte plus et attende l’arrivée de l’armée qui doit le débloquer. Enfin, si le général Magon n’est point parti au 20 floréal, il convient qu’au lieu de se diriger sur la Martinique il se dirige sur Santiago, pourvu qu’il parte avant le 15 prairial ; et mes escadres pourraient alors se réunir dans les quinze premiers jours de messidor dans la baie de Santiago.</font></p><p style="margin-right: 0.01cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Il est certain que je préfère à tout la réunion à la Martinique ; que je préfère même la réunion de Santiago au déblocus de Brest, afin d’éviter toute espèce de combat. Dans tous les cas, il est nécessaire que vous me fassiez un rapport détaillé sur toutes ces questions ; que vous me donniez les noms des bricks, goélettes ou frégates que vous aurez expédiés ; que, sans attendre d’autres ordres, vous écriviez au général Magon que, s’il n’est pas à la voile le 25 floréal au matin, il attende de nouveaux ordres pour partir. Je suppose que vous n’ayez expédié aucun bâtiment ni frégate à l’amiral Villeneuve pour le prévenir d’attendre : il faut que vous écriviez une nouvelle dépêche à l’amiral Magon en cas qu’il parte avant le 23, et que vous prescriviez au général Villeneuve qu’au plus tard le 15 messidor il soit à la voile pour opérer son retour sur le Ferrol ; et qu’enfin vous fassiez connaître au général Magon, dans une dépêche cachetée, qu’arrivé à la Martinique et en trouvant l’amiral Villeneuve parti depuis quelques jours, il doit se diriger en droite ligne sur Santiago, parce que, l’amiral Villeneuve devant passer devant Santo Domingo et rester vingt jours à Santiago, il aura le temps de l’atteindre à cette baie, et que, dès le moment de sa jonction avec cet amiral, il doit lui remettre l’ordre de se rendre devant le Ferrol et de ne plus attendre l’escadre de Brest.</font></p><p style="margin-right: 0.01cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Quant au général Ganteaume, vous devez toujours l’encourager à partir jusqu’au 5 prairial, si le général Magon est parti.</font></p><p style="margin-right: 0.01cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Je crois avoir prescrit au général Villeneuve, dans les instructions que lui porte le général Magon, de se rendre par le plus court chemin au Ferrol et de ne point passer par la Jamaïque, parce que c’est pour cette île que seront alarmés les Anglais, dès qu’ils le sauront aux Antilles. J’imagine que l’amiral Missiessy, dans quelque port qu’il arrive, trouvera ses vivres prêts. J’imagine que, s’il pouvait se rendre à Santiago, ses 5 vaisseaux pourraient aussi jouer leur rôle.</font></p><p style="margin-right: 0.01cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">En cas que Ganteaume ne soit point encore parti au moment où vous recevrez cette lettre, envoyez-moi des projets d’instructions pour le général Magon et pour le général Ganteaume, dans l’hypothèse que l’amiral Villeneuve suivra ses premières instructions et que la jonction de mes escadres doive se faire à Santiago.</font></p><p style="margin-right: 0.01cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Missiessy a dû partir le 22 mars ; il devrait être de retour en Europe dans la première quinzaine de mai<sup>[^7]</sup> ; il ne devrait donc pas être loin. S’il arrivait à Rochefort, et que l’amiral Magon ne fût pas parti, il y aurait possibilité de les faire repartir sur-le-champ ensemble pour Santiago ; il faudrait pour cela que les vivres pussent être prêts à Rochefort.</font></p><p style="margin-right: 0.01cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">L’amiral Missiessy a emporté des vivres pour six mois ; il est parti le 22 nivôse ; au 22 messidor il y aura six mois qu’il sera en mer ; mais les hommes de passage ont dû lui manger un mois de vivres ; s’il n’en a pas reçu à la Martinique, il n’en doit plus avoir que jusqu’au 22 prairial ; raison de plus pour calculer sur sa prochaine entrée.</font></p><p style="margin-right: 0.01cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Dans tous les cas, je pense que l’amiral Magon ne doit pas emmener tant d’hommes ; qu’il complète ses équipages avec de bonnes troupes, et qu’il embarque seulement une centaine de Piémontais sur chaque vaisseau ; qu’il épargne ses vivres, non pour lui, mais pour pouvoir en donner à l’amiral Villeneuve ; il pourrait en donner trois mois pour 2 vaisseaux, ce qui ferait un mois pour 6 vaisseaux et dix jours pour toute l’escadre de l’amiral Villeneuve ; c’est un secours qui n’est pas à dédaigner.</font></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3><p style="margin-right: 0.01cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Je vous recommande <i>Le Régulus</i><sup>[^8]</sup> ; ce bâtiment peut très bien être armé, et prêt à partir pour le 20 prairial : et cela étant, il peut entrer dans nos combinaisons et figurer d’une manière bien avantageuse.</font></p><p style="margin-right: 0.01cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">La saison étant déterminée pour les jours de départ et d’arrivée, vous êtes plus à même de les juger. Faudra-t-il à l’amiral Magon plus ou moins d’un mois pour arriver à la Martinique ? S’il ne lui faut qu’un mois, il est clair qu’en partant le 20 il y a toute probabilité qu’il joindra l’amiral Villeneuve. J’ai mis que l’amiral Magon pourrait partir le 25 ; comme cela dépend d’une manière de voir, vous pouvez ne mettre que le 20, si vous craigniez que l’amiral ne soit déjà parti.<sup>[^9]</sup></font></p><p style="margin-right: 0.01cm"><br/> </p> [^1]: La baie de Santiago de Cuba. [^2]: La division navale du contre-amiral Magon, partie de Rochefort (île d’Aix), rejoindra Villeneuve aux Antilles le 4 juin. [^3]: Au Ferrol sont concentrés les vaisseaux français de Gourdon et les vaisseaux espagnols de Grandallana. [^4]: Il atteindra la Martinique le 14 mai. [^5]: Napoléon utilise indifféremment le grade d’amiral ou de général pour ses commandants d’escadre à la mer. [^6]: Commandant l’escadre de Brest. [^7]: Il sera de retour à Rochefort le 20 mai. [^8]: Mis à flot à Lorient le 12 avril. [^9]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 8659, d’après l’expédition communiquée par la duchesse Decrès. Minute, Archives nationales, AF IV 866, floréal an XIII, n° 67.</body>