| identifiant | CG5-9835.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1805/04/13 00:00 |
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| titre | Napoléon au vice-amiral Decrès, ministre de la Marine et des Colonies |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG5</i> - 9835. - </b>Au vice-amiral Decrès, ministre de la Marine et des Colonies</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Lyon, 23 germinal an XIII [13 avril 1805]</h2><p style="margin-right: 0.01cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Monsieur
Decrès, l’escadre de l’amiral Cochrane<sup>[^1]</sup>
était devant Lisbonne le 4 mars. Elle a dû d’abord aller au Cap
Vert, et perdre un jour pour envoyer à terre et prendre langue au
port. L’amiral Missiessy<sup>[^2]</sup>
est trop habile pour s’être laissé voir de ces îles. Si donc
l’amiral anglais ne trouve pas là des renseignements, il ira à
Madère ; et si à Madère il ne trouve point de renseignements,
il ira aux Grandes Indes<sup>[^3]</sup> ;
c’est tout ce qu’un amiral et un officier général sensé doit
faire dans sa position. La saison, la circonstance, tout indique que
l’escadre de Missiessy est destinée pour les Indes orientales. Si
l’amiral Cochrane reçoit des renseignements et va à la
Martinique, il doit d’abord, s’il est sage, atterrir sur Surinam.
Je pense donc qu’il n’arrivera devant la Martinique que du 1<sup>er</sup>
au 10 avril ; s’il en est autrement, l’amiral anglais ne
sait pas son métier ; car une fois certain que Missiessy va en
Amérique, rien ne peut lui prouver que sa destination n’est point
pour Surinam. Nous étions maîtres de l’île au 22 février ;
j’espère être maître de la mer quarante-cinq à cinquante jours.
L’amiral Cochrane n’a point de troupes à bord. Je ne puis mettre
en doute que les petits forts de la baie du Prince-Rupert<sup>[^4]</sup>
ne soient soumis. Le général Lagrange a 3 000 hommes. L’amiral
anglais ne se hasardera point à débarquer les troupes qui sont à
La Barbade pour reconquérir la Dominique ; il attendra le
secours de Londres ; d’ailleurs, l’île ne lui importe pas ;
son affaire est de suivre l’escadre française. Il ira à la
Jamaïque, et de là à Terre-Neuve, et les Anglais tiendront les
mers de la Martinique avec deux seuls vaisseaux et quelques frégates.
Les Anglais vont expédier 5 à 6 000 hommes à La Barbade ;
ils n’étaient point partis au 5 avril ; ils ne seront point
arrivés avant le 15 mai ; le général Lagrange ne sera point
attaqué avant le 1<sup>er</sup> juin ; il aura donc eu trois
mois pour se préparer à la défense. Mais les Anglais
attaqueront-ils au mois de juin, au milieu de la saison des fièvres
? Je ne le pense pas ; ils n’ont pas de troupes. Il paraît
qu’ils envoient décidément 5 à 6 000 hommes aux Grandes
Indes avec Cornwallis. Mon opinion est qu’ils enverront 3 000
hommes à La Barbade et 3 000 à la Jamaïque, et que le
gouverneur général de La Barbade aura l’autorisation de
réattaquer au mois d’octobre, s’il le juge convenable. L’amiral
Villeneuve est parti le 1<sup>er</sup> avril ; il sera le 15 mai
à la Martinique<sup>[^5]</sup>.
En cas de nécessité, il peut y débarquer plus de 5 000
hommes, compris les Espagnols ; il a de 18 à 20 vaisseaux de
guerre ; l’escadre anglaise ne sera pas forte de la moitié.
Si Sainte-Lucie n’est pas prise, il la prendra, et ces quatre îles<sup>[^6]</sup>
se trouveront dans un parfait état de défense. Si l’amiral
Ganteaume y arrive, il peut y débarquer, si cela est nécessaire,
plus de 5 000 hommes. Dans cet état de choses, je penserais
qu’il faudrait faire partir le général Magon<sup>[^7]</sup> ;
sa mission aurait deux buts : 1° prévenir l’amiral Villeneuve
qu’au moment de son départ l’amiral Ganteaume n’était point
encore parti, mais était en appareillage ; 2° renforcer
l’escadre du général Villeneuve, et lui porter l’ordre
d’attaquer une autre île anglaise, s’il jugeait en avoir le
temps.</font></p><p style="margin-right: 0.01cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Un
autre but qu’aurait l’envoi du général Magon serait que si, par
des événements qui ne sont pas calculables, l’amiral Villeneuve
n’arrivait pas, il pût jeter ses 800 hommes dans les îles et même
se rétablir maître de la mer pendant une quinzaine de jours, si les
Anglais n’y avaient qu’un vaisseau. Ainsi, si l’on suppose que
l’amiral Villeneuve doive arriver à la Martinique, il n’y a
aucun inconvénient à faire partir sur-le-champ le général Magon.
Si l’on suppose que le général Villeneuve ne doive point arriver,
il est nécessaire de faire partir le général Magon pour porter
secours à nos trois îles<sup>[^8]</sup>,
puisque des secours y sont nécessaires dès le moment qu’on a pris
la Dominique. Enfin je pense que les frégates <i>La Didon</i> et <i>La
Cybèle</i><sup>[^9]</sup>
doivent être prêtes à partir pour porter 300 hommes de troupes, si
l’amiral Villeneuve n’arrive point à la Martinique, ou pour
porter d’autres instructions à l’amiral Villeneuve, lorsqu’il
sera décidé que l’amiral Ganteaume ne part point, et que nous
aurons cependant des nouvelles de nos flottes de Cadix et du nombre
de vaisseaux espagnols qui s’y seront réunis ; dès lors,
nous saurons ce que nous avons à la Martinique.</font></p><p style="margin-right: 0.01cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Je
renonce donc à l’expédition de la Perse<sup>[^10]</sup> ;
j’y ai envoyé deux ministres par terre<sup>[^11]</sup>.
D’ailleurs, 2 frégates me sont trop nécessaires, puisque
l’escadre de Brest n’en a que 5. Quant à la frégate <i>Le
Président</i><sup>[^12]</sup>,
il faut qu’elle soit prête à partir aussi. Si l’amiral
Villeneuve est arrêté en chemin et n’arrive point à la
Martinique, cette frégate partira avec <i>La Cybèle</i> et <i>La
Didon</i> pour porter 150 hommes de plus. Si, au contraire, l’amiral
Villeneuve arrive, et que <i>La Cybèle</i> et <i>La Didon</i>
partent sans troupes et pour porter des ordres, la frégate <i>Le
Président</i> sera en réserve pour en porter après. J’ai reçu
beaucoup de lettres d’hommes que j’entretiens à Londres ;
leur opinion est que, si j’avais 6 000 hommes dans le golfe de
Cambaye<sup>[^13]</sup>,
les Anglais seraient dans un péril imminent.</font></p><p style="margin-right: 0.01cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Quant
aux instructions à donner à l’amiral Villeneuve par les frégates
<i>La Cybèle</i> et <i>La Didon</i>, dans le cas que l’amiral
Ganteaume ne pût pas partir, on ne peut fixer ses idées que
lorsqu’on saura de combien de vaisseaux se compose l’escadre de
l’amiral Villeneuve. Voilà quatorze jours qu’elle est partie ;
je la suppose bien près du détroit.</font></p><p style="margin-right: 0.01cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">En
résumé, il faut aujourd’hui faire partir le contre-amiral Magon
le plus tôt possible ; qu’il porte 800 hommes, et, s’il est
possible, sans que cela le retarde, il faut lui confier une flûte
chargée de vivres, ne fût-ce même que de farine. Comme le général
Magon sera instruit de ce qui se passe sur le théâtre où il va, il
aura soin d’aborder avec précaution la Guadeloupe ou sur tout
autre point que vous jugerez le plus convenable, afin qu’il puisse
être informé de ce qui se passe. Donnez aussi l’ordre au général
Magon de faire remplir ses soutes de poudre ; il serait possible
que le fort Rupert<sup>[^14]</sup>
en coûtât une certaine quantité, quoiqu’il soit probable que le
général Lagrange en aura trouvé au fort du Roseau<sup>[^15]</sup>
suffisamment pour le siège. Cependant cette précaution n’est pas
inutile.</font></p><p style="margin-right: 0.01cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Quant
aux lettres que le général Magon doit porter au général
Villeneuve, vous lui direz que voilà tant de jours écoulés depuis
son départ, et que Ganteaume n’a pu encore partir ; qu’il
est sorti plusieurs fois, qu’il est en très bon état, et qu’il
y a lieu d’espérer qu’au premier coup de vent il sera dehors<sup>[^16]</sup> ;
qu’il ne doit pas s’impatienter ; il doit regarder ces
dix-huit jours, dans ses instructions, comme non avenus, et se
concerter avec le général Lauriston<sup>[^17]</sup>
et les différents capitaines généraux pour faire tout le mal
possible à l’ennemi pendant le temps qu’ils seront maîtres de
la mer, sans cependant s’éloigner assez pour que l’amiral
Ganteaume, arrivant, fût obligé d’attendre longtemps pour se
réunir ; que je ne doute pas que Sainte-Lucie ne soit à nous.<sup>
</sup></font>
</p><p style="margin-right: 0.01cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Vous
trouverez ci-joint une lettre adressée au ministre de la Guerre ;
vous la remettrez à celui qui est chargé d’expédier les ordres
au ministre de la Guerre, et vous vous chargerez d’en faire
transmettre le résultat à Rochefort.</font></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3><p style="margin-right: 0.01cm"><br/>
</p><p style="margin-right: 0.01cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">24
germinal. [14 avril]</font></p><p style="margin-right: 0.01cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Comment
arrive-t-il que <i>La Topaze</i><sup>[^18]</sup>
ne soit pas encore rendue à Rochefort ? Elle pourrait être très
utile à l’escadre du contre-amiral Magon.</font></p><p style="margin-right: 0.01cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Cette
lettre est déjà bien longue. Je viens de traverser la ville de Lyon
en grande pompe pour aller voir les manufactures, ce qui ne m’a pas
empêché de songer à nos affaires. Cette idée m’est venue, dont
vous pourrez toujours instruire l’amiral Villeneuve par l’amiral
Magon, en lui annonçant que 3 frégates et 3 bricks, prêts à
partir, lui porteront définitivement des nouvelles de l’amiral
Ganteaume ; que si, cependant, rien de tout cela n’arrivait,
et qu’il jugeât son retour imminent, mon intention est, s’il a
sous son commandement au moins 20 vaisseaux de ligne, compris les
espagnols, qu’il vienne au Ferrol, où il trouvera certainement 15
vaisseaux français et espagnols ; et, avec ces 35 vaisseaux,
qu’il se présente devant Brest, où, sans entrer, il sera joint
par l’amiral Ganteaume ; et, avec les 56 vaisseaux que lui
formera cette jonction, qu’il entre dans le canal ; mais qu’il
doit attendre à la Martinique plus de temps que ne le portent ses
instructions, parce que voilà vingt jours qui sûrement sont perdus.
Comme cette dépêche est de la plus grande importance, j’ai dû
l’écrire moi-même : vous la trouverez ci-jointe, faites-la partir
immédiatement pour Rochefort<sup>[^19]</sup>.<sup>
[^20]
</sup></font>
</p><h4>Napoléon</h4><p style="margin-right: 0.01cm"><br/>
</p>
[^1]: À la poursuite de Missiessy aux Antilles.
[^2]: L’amiral Missiessy est reparti des Antilles le 22 mars mais n’atteindra Rochefort que le 20 mai 1805.
[^3]: C’est-à-dire aux Indes orientales.
[^4]: La baie du prince Rupert forme un port naturel abrité des vents au nord-ouest de la Dominique.
[^5]: Villeneuve est parti le 30 mars. Il atteindra la Martinique le 14 mai.
[^6]: Du Nord au Sud : la Guadeloupe, la Dominique, la Martinique et Sainte-Lucie.
[^7]: <span></span><span lang="it-IT">
Il partira le 1</span><sup><span lang="it-IT">er</span></sup><span lang="it-IT">
mai.</span>
[^8]: La Guadeloupe, la Dominique et la Martinique.
[^9]: Basées à Lorient.
[^10]: <span></span> Napoléon avait d’abord ordonné à Decrès le 3 avril 1805 d’envoyer les frégates <i>La Cybèle</i> et <i>La Didon</i> dans le détroit d’Ormuz.
[^11]: Romieu et Jaubert. Voir CG5-9798 et 9799.
[^12]: Basée à Lorient.
[^13]: Le golfe de Cambay est situé au nord-ouest de la péninsule indienne.
[^14]: Le fort Rupert, qui domine cette baie, n’a pu être enlevé par les troupes de Lagrange en février 1805, faute de matériel de siège.
[^15]: Fort qui domine la ville de Roseau, principal port de la Dominique.
[^16]: Ganteaume attend toujours qu’une tempête disperse l’escadre britannique bloquant Brest pour pouvoir rejoindre les Antilles.
[^17]: Commandant des troupes embarquées sur l’escadre de Villeneuve.
[^18]: Cette frégate de 44 est en cours d’armement à Nantes.
[^19]: Cette dernière dépêche, qui modifie les instructions précédentes, parviendra à Villeneuve le 4 juin à Fort-de-France par l’intermédiaire de Magon. La flotte remettra le cap sur l’Europe le 9 juin.
[^20]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée
par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 8582, d’après l’expédition communiquée par la duchesse Decrès. Minute, Archives nationales, AF IV 866, germinal an XIII, n° 91.</body> |
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