| identifiant | CG5-9753.md |
|---|
| fait partie de | correspondance |
|---|
| est validé | oui |
|---|
| date | 1805/03/30 00:00 |
|---|
| titre | Napoléon à Feth-Ali, shah de Perse |
|---|
| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG5</i> - 9753. - </b>À Feth-Ali, shah de Perse</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 9 germinal an XIII [30 mars 1805]</h2><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Je dois
croire que les génies qui président à la destinée des États
veulent que je seconde les efforts que tu fais pour assurer la
puissance de ton empire, car, dans le même temps, nos esprits ont
été frappés de la même pensée. Les agents porteurs de nos
lettres se sont rencontrés à Constantinople ; et, pendant que
ton gouverneur de Tauris liait une correspondance avec mon
commissaire d’Alep, celui-ci recevait de moi l’ordre d’établir
des communications avec les vizirs des frontières de la Turquie.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Il faut se
laisser aller aux inspirations du ciel, car il a établi les princes
pour rendre les peuples heureux ; et lorsque, de siècle en
siècle, il fait apparaître quelques grands hommes, il leur impose
la loi de s’entendre, pour que le bon accord de leurs desseins
donne plus d’éclat à leur gloire et plus de force à la volonté
qu’ils ont de bien faire.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Quelle
autre vue pourrions-nous avoir ? La Perse est la plus noble contrée
de l’Asie ; la France est le premier empire de l’Occident.
Régner sur des peuples et des pays que la nature se plaît à
embellir, à enrichir des plus abondantes productions, commander aux
hommes industrieux, spirituels et braves qui les habitent, n’est-ce
pas la plus belle de toutes les destinées ?</font></p><p> <font size="3" style="font-size: 12pt">Mais il y
a sur la terre des empires où la nature ingrate et stérile ne
produit qu’à regret ce qui est nécessaire à la subsistance des
peuples. Dans ces pays les hommes naissent inquiets, avides,
envieux ; et malheur aux contrées que le ciel favorise, si, en
les comblant de biens, il ne leur donne pas aussi des princes
vigilants et courageux, qui puissent les défendre contre les
entreprises de l’ambition, de la rapacité et de la misère !</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Les Russes,
ennuyés de leurs déserts, empiètent sur les plus belles parties de
l’empire ottoman ; les Anglais, relégués dans une île qui
ne vaut pas la plus petite province de ton empire, excités par la
soif des richesses, établissent dans l’Inde un pouvoir qui devient
tous les jours plus redoutable. Voilà des États qu’il faut
surveiller et craindre, non pas parce qu’ils sont puissants, mais
parce qu’ils ont un besoin et une passion extrêmes de le devenir.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Un de mes
serviteurs<sup>[^1]</sup>
a dû te porter les premiers témoignages de mon amitié. Celui que
je t’envoie aujourd’hui<sup>[^2]</sup>
est particulièrement chargé de s’informer de tout ce qui
intéresse ta gloire, ta puissance, tes besoins, tes intérêts, tes
dangers. C’est un homme de courage et de jugement. Il verra ce qui
manque à tes peuples, pour que leur intrépidité naturelle soit
secondée par le secours de ces arts mal connus en Orient et dont
l’état des nations du Nord et de l’Occident rend la connaissance
indispensable à tous les peuples du monde.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Je connais
le caractère des Persans, et je sais qu’ils apprendront avec joie
et facilement tout ce qu’il importe à leur gloire et à leur
sûreté qu’ils apprennent. Aujourd’hui une armée de 25 000
étrangers ravagerait et peut-être subjuguerait la Perse. Mais,
quand tes sujets sauront fabriquer des armes, quand tes soldats
seront formés à se diviser et se réunir dans un ensemble de
mouvements rapides et bien ordonnés, quand ils auront appris à
seconder une vigoureuse attaque par les foudres d’une artillerie
mobile, quand enfin tes frontières seront garanties par des
forteresses nombreuses, et que la mer Caspienne verra flotter sur ses
vagues les pavillons d’une flottille persane, tu auras un empire
inattaquable et des sujets invincibles.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Je désire
toujours entretenir avec toi des liaisons utiles. Je te prie de bien
accueillir le serviteur que je t’envoie. Je recevrai avec
bienveillance ceux que tu enverras à ma cour impériale, et je te
souhaite de nouveau les bénédictions du ciel, un règne long et
prospère et une fin heureuse.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Écrit en
mon palais des Tuileries, à Paris, le neuvième germinal an XIII (30
mars 1805), de mon règne le premier.<sup>[^3]</sup></font></p><p><br/>
</p>
[^1]: Jaubert qui sera retardé. Voir n° 9566 et 9704.
[^2]: Romieu, commissaire général des Relations commerciales et chargé d’affaires à Corfou, qui obtiendra sa première audience le 25 septembre 1805.
[^3]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée
par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 8502, d’après l’expédition communiquée par le général Ferrier. Minute, Archives nationales, AF IV 866, germinal an XIII, n° 21.</body> |
|---|
| |