| identifiant | CG1-1499.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1797/04/09 00:00 |
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| titre | Napoléon à Lallement, ministre plénipotentiaire de la République française à Venise |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 1499. - </b>À Lallement, ministre plénipotentiaire de la République française à Venise</h1><p style="text-align: center"><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Judenburg, 20 germinal an V
[9 avril 1797]</h2><p><br/>
</p><p>Enfin nous n’en pouvons plus douter, citoyen ministre, le but de
l’armement des Vénitiens est de couper les derrières de l’armée
française. Certes, il m’était difficile de concevoir comment
Bergame, qui, de toutes les villes de l’État de Venise, est celle
qui était le plus aveuglément dévouée au Sénat, ait été la
première à s’ameuter contre lui ; il est encore plus
difficile de concevoir comment, pour apaiser cette légère émeute,
on a besoin de 25 000 hommes, et pourquoi M. Pesaro, lors de notre
conférence à Goritz, a refusé l’offre que je lui faisais de la
médiation de la République pour faire rentrer ces places dans
l’ordre.</p><p>Tous les procès-verbaux qui ont été faits par les différents
provéditeurs de Brescia, de Bergame et de Crema, où ils attribuent
l’insurrection de ces pays aux Français, sont une série
d’impostures dont le but serait inexplicable, si ce n’était de
justifier aux yeux de l’Europe la perfidie du Sénat de Venise.</p><p>On a habilement profité du temps où l’on pensait que j’étais
embarrassé dans les gorges de la Carinthie, ayant en tête l’armée
du prince Charles, pour faire cette perfidie sans exemple, si
l’histoire ne nous avait transmis celle contre Charles VIII[^1]
et les Vêpres siciliennes[^2].
On a été plus habile que Rome, en saisissant un moment où l’armée
était plus occupée ; mais sera-t-on plus heureux ? Le génie
de la République française, qui a lutté contre l’Europe entière,
serait-il venu échouer dans les lagunes de Venise ?</p><p>1° Un vaisseau de guerre vénitien a attaqué et maltraité la
frégate L<i>a Brune,</i> en prenant sous sa protection un convoi
autrichien.</p><p>2° La maison du consul de Zante a été brûlée ; le
Gouvernement a vu avec plaisir insulter l’agent de la République
française.</p><p>3° Dix mille paysans armés et soudoyés par le Sénat ont
assassiné plus de cinquante Français sur la route de Milan à
Bergame.</p><p>4° La ville de Vérone, celles de Venise et de Padoue sont
pleines de troupes ; on s’arme de tous côtés, contre ce que
m’avait promis M. Pesaro, sage-grand de la République de Venise.</p><p>5° Tout homme qui a prêté assistance à la France est arrêté
et emprisonné ; les agents de l’Empereur sont fêtés et sont
à la tête des assassinats.</p><p>6° Le cri de ralliement de tous côtés est : « <i>Mort aux
Français !</i> » de tous côtés, les prédicateurs, qui ne
prêchent que ce que le Sénat veut, font retentir des cris de fureur
contre la République française.</p><p>7° Nous sommes donc, dans le fait, en état de guerre avec la
République de Venise, qui le sait si bien qu’elle n’a trouvé
d’autre moyen, pour masquer son mouvement, que de désavouer en
apparence des paysans qu’elle arme et solde réellement.</p><p>En conséquence, vous demanderez au Sénat de Venise une
explication catégorique, sous douze heures, savoir, si nous sommes
en paix ou en guerre, et, dans le dernier cas, vous quitterez
sur-le-champ Venise ; dans le premier cas, vous exigerez :</p><p>1° Que tous les hommes arrêtés pour opinion, et qui ne sont
nullement coupables que d’avoir montré de l’attachement pour la
France, soient sur-le-champ mis en liberté ;</p><p>2° Que toutes les troupes, hormis les garnisons ordinaires qui
existaient il y a cinq mois dans les places de la Terre ferme,
évacuent la Terre ferme ;</p><p>3° Que tous les paysans soient désarmés, comme ils l’étaient
il y a un mois ;</p><p>4° Que le Sénat prenne des mesures pour maintenir la
tranquillité dans la Terre ferme, et ne pas concentrer toute sa
sollicitude dans les lagunes ;</p><p>5° Quant aux troubles de Bergame et de Brescia, j’offre, comme
je l’ai déjà fait à M. Pesaro, la médiation de la République
française pour tout faire rentrer dans l’état habituel ;</p><p>6° Que les auteurs de l’incendie de la maison du consul de
Zante soient punis, et sa maison rétablie aux frais de la
République ;</p><p>7° Que le capitaine de vaisseau qui a tiré sur la frégate <i>la
Brune</i> soit puni, et que la valeur du convoi que, contre la
neutralité, il a protégé, soit remboursée.[^3]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Bonaparte</i></h3>
[^1]: Voir ci-dessus, n° 1495.
[^2]: Vêpres siciliennes : nom donné au massacre des Français de
Sicile, le 13 mars 1282.
[^3]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er </i></sup><i>publiée
par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 1714, d’après la
Collection Napoléon.</body> |
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