| identifiant | CG1-1496.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1797/04/09 00:00 |
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| titre | Napoléon au Directoire exécutif |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 1496. - </b>Au Directoire exécutif</h1><p style="text-align: center"><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Judenburg, 20 germinal an V
[9 avril 1797]</h2><p><br/>
</p><p>La réunion des assemblées primaires dans le département du Golo
y occasionne des troubles qui alièneront un grand nombre de citoyens
et seront un germe de de mécontentement ; la faute en est tout
entière aux ambitieux qui veulent forcer les suffrages en leur
faveur. Les assemblées primaires dans le département du Liamone se
sont faites avec beaucoup plus de tranquillité[^1].
Je suis fâché que le citoyen Miot ait quitté dans un moment où il
était le plus nécessaire[^2].</p><p>J’ai rappelé tous les officiers de ces deux départements qu’on
y avait envoyés au moment où les Anglais les ont abandonnés.</p><p>J’ai donné le commandement de la division de Corse au général
Vaubois[^3],
et j’ai mis sous ses ordres le général de brigade Lafont[^4].</p><p>Les fonds qui ont été envoyés en Corse ont été mal
administrés ; le commissaire ordonnateur en chef rappelle le
citoyen Savi, qui y remplissait les fonctions d’ordonnateur.</p><p>Le citoyen Giverreau, sous-chef de l’administration de la
marine, est une espèce de fou qui s’est couvert de ridicule dans
le pays, et qui y est tellement mal vu, qu’il est à craindre que
le caractère dont il est revêtu ne se trouve compromis. Je lui
écris pour qu’il se rende à Toulon prendre les ordres de
l’ordonnateur de la marine, et j’écris à celui-ci pour qu’il
envoie en Corse un homme d’un esprit sage, et qui, dans les
premiers moments, puisse remplir les fonctions de sa place sans se
compromettre.</p><p>Les officiers d’artillerie et du génie sont arrivés ; ils
s’occupent dans ce moment-ci à organiser la direction. J’y fais
passer quelques canonniers, et j’y envoie un bataillon de la 19<sup>e</sup>
demi-brigade qui est à Livourne.</p><p>Il y a en Corse une artillerie très respectable ; j’ai
donné les ordres pour son approvisionnement.</p><p>Il y a cinq places fortifiées. Celles de Bastia et d’Ajaccio ne
sont susceptibles d’aucune espèce de défense ; on ne doit
les considérer que comme pouvant être défendues par leurs
habitants ou par la garnison, s’il s’en trouvait une, contre
l’insurrection des montagnards.</p><p>La place de Bonifacio est dans le cas de se défendre ; mais
sa défense, comme son occupation, n’aurait presque aucun but,
étant pour ainsi dire étrangère à l’île et n’ayant point de
port.</p><p>La place de Corte est également sans utilité comme sans moyens
de défense réelle.</p><p>La place de Calvi est donc la seule qui, dans ce moment-ci, soit
susceptible de nous offrir un point d’appui pour la défense de
l’île ; je viens en conséquence d’ordonner de la réparer
et de l’approvisionner pour trois mois.</p><p>J’ai ordonné à Ajaccio la démolition d’un vieux bastion ;
la vente du terrain qu’il occupait sera une petite ressource, et la
ville et le faubourg gagneront beaucoup en salubrité.</p><p>L’île de Corse a deux ports qui peuvent donner refuge à une
escadre : ce sont ceux de Saint-Florent et d’Ajaccio.</p><p>Celui de Saint-Florent est défendu par différentes batteries
dont je viens d’ordonner l’augmentation. Je vous ai déjà fait
connaître mon opinion sur la défense de la Corse : elle consiste à
concentrer toute la défense de l’île dans le point de
Saint-Florent, et à y construire en conséquence une place
raisonnable.</p><p>On a objecté que l’air de Saint-Florent était très mauvais ;
mais son insalubrité ne tient qu’à l’existence d’un marais
que l’on devrait nécessairement dessécher pour l’établissement
des fortifications. On se servirait de ses eaux pour la défense de
la place, ce qui ferait que le dessèchement de ce marais, qui,
calculé isolément, est porté à 80 000 livres, ne coûterait pas
le tiers de cette somme, le reste devant rentrer dans la dépense
qu’exige l’établissement de la place.</p><p>Le golfe d’Ajaccio peut également contenir une escadre ;
il est défendu par une petite citadelle fort bonne du côté de la
mer, mais dominée de trop près du côté de la terre. Je vais
ordonner que l’on construise deux batteries pour la défense du
golfe, afin que nos vaisseaux puissent trouver protection contre une
force supérieure.</p><p>Je vous propose donc de prendre un arrêté qui ordonne : 1°
l’établissement d’une place importante à Saint-Florent ;
2° la défense de rien dépenser aux places de Bastia, Ajaccio,
Corte et Bonifacio ; 3° d’entretenir comme elle se trouve la
place de Calvi, la citadelle d’Ajaccio et un seul des forts de
Bastia ; 4° de démolir à Ajaccio, Corte, Bonifacio et Bastia,
tout ce qui est inutile, en vendre les matériaux pour en affecter le
produit à la construction de la place de Saint-Florent. En attendant
que cette place soit construite, renfermer dans Calvi la plus grande
partie de l’artillerie et des munitions de guerre de toutes les
autres places ; car rien n’est plus nuisible que d’avoir de
l’artillerie sur des points qui ne sont pas susceptibles de
défense ; l’ennemi débarque, fait comme il a déjà fait, il
s’empare de tous les moyens de défense, qui deviennent, dans ses
mains, des moyens d’attaque contre le point le plus important. On
pourra, pour l’exécution de votre arrêté, faire passer un
millier de prisonniers de guerre pour commencer le déblayement
préliminaire des travaux de Saint-Florent.</p><p>Il est indispensable que la marine tienne quatre felouques armées
pour la police des côtes, et que l’on organise la correspondance
de manière qu’il parte au moins un bâtiment toutes les décades.</p><p>La gendarmerie fixée par les dernières lois n’est pas
suffisante pour les deux départements de la Corse : il en faut le
double.</p><p>Dès l’instant que la situation des affaires permettra d’y
faire passer la 19<sup>e</sup>, j’ordonnerai la levée de la
réquisition faite à plusieurs compagnies de gardes nationales, qui
aujourd’hui sont soldées.</p><p>Enfin, pour que la Corse soit irrévocablement attachée à la
République, il faut : 1° y maintenir toujours deux départements ;
2° n’employer dans les places à la disposition du Gouvernement
aucun Corse ; 3° choisir une cinquantaine d’enfants et les
répartir dans les différentes maisons d’éducation à Paris : ce
dernier moyen, qui est très peu coûteux, doit être considéré
comme très essentiel. Il ne manque pas à Paris, indépendamment de
deux ou trois institutions nationales, un grand nombre de pensions
particulières où, dans toutes, ils recevront une meilleure
éducation que dans leur pays, et où surtout ils puiseront
l’attachement le plus exclusif pour la France.[^5]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Bonaparte</i></h3>
[^1]: Golo (au Nord) et Liamone (au Sud) sont les deux départements
corses.
[^2]: Miot, quoique nommé ministre à Turin le 23 octobre 1796 a été
envoyé en Corse en qualité de commissaire extraordinaire. Il a
quitté l’île le 28 mars 1797.
[^3]: En janvier 1797.
[^4]: Elie Lafont (1740-1810), chef de brigade d’infanterie de ligne
puis général de brigade (décembre 1796) à l’armée d’Italie,
il est envoyé en Corse par Bonaparte en avril 1797 et y commande le
département du Liamone.
[^5]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er </i></sup><i>publiée
par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 1711, d’après la
Collection Napoléon.</body> |
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