| identifiant | CG1-1495.md |
|---|
| fait partie de | correspondance |
|---|
| est validé | oui |
|---|
| date | 1797/04/08 00:00 |
|---|
| titre | Napoléon au Directoire exécutif |
|---|
| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 1495. - </b>Au Directoire exécutif</h1><p><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Judenburg, 19 germinal an V
[8 avril 1797]</h2><p><br/>
</p><p>J’ai eu l’honneur de vous envoyer la lettre que j’avais
écrite au prince Charles[^1],
et sa réponse.</p><p>Vous trouverez ci-joint :</p><p>1<sup>o</sup> Copie de la lettre qu’il m’a écrite de nouveau,
en date du 6 avril ;</p><p>2<sup>o</sup> La note qui m’a été remise par MM. les généraux
Bellegarde et Merveldt ;</p><p>3<sup>o</sup> La réponse que je leur ai faite[^2] ;</p><p>4<sup>o</sup> Une seconde lettre du prince Charles, et enfin les
conditions de la suspension d’armes de cinq jours que nous avons
conclue[^3].
Vous y remarquerez, par la ligne de démarcation, que nous nous
trouvons avoir occupé Gratz, Bruck et Rottenmann, que nous
n’occupions pas encore.</p><p>D’ailleurs, mon intention était de faire reposer deux ou trois
jours l’armée ; cette suspension dérange donc fort peu les
opérations militaires.</p><p>Ces généraux sont sur-le-champ repartis pour Vienne, et le
plénipotentiaire de S. M. l’Empereur doit être arrivé au
quartier général, avec des pleins pouvoirs pour une paix séparée,
avant l’expiration de la suspension d’armes, que j’ai fait
grande difficulté de leur accorder, mais qu’ils ont jugée
indispensable.</p><p>Je leur ai dit que toute clause préliminaire à la négociation
de paix devait être la cession jusqu’au Rhin. Ils m’ont demandé
une explication sur l’Italie, à laquelle je me suis refusé. Ils
m’ont, de leur côté, déclaré que, si S. M. l’Empereur devait
tout perdre, elle sortirait de Vienne et s’exposerait à toutes les
chances. Je leur ai fait observer que, lorsque je m’expliquais
d’une manière définitive sur les limites du Rhin, et que je me
taisais sur l’Italie, c’était faire entendre qu’on admettait
la discussion sur cette clause essentielle.</p><p>On m’a paru ne pas approuver les principes de Thugut[^4]
[^5],
et que même l’Empereur commençait à s’en apercevoir.</p><p>Nos armées n’ont pas encore passé le Rhin, et nous sommes déjà
à vingt lieues de Vienne ; l’armée d’Italie est donc seule
exposée aux efforts d’une des premières puissances de l’Europe.</p><p>Les Vénitiens arment tous leurs paysans, mettent en campagne tous
leurs prêtres, et secouent avec fureur tous les ressorts de leur
vieux gouvernement pour écraser Bergame et Brescia. Le gouvernement
vénitien a en ce moment 20 000 hommes armés sur mes derrières.</p><p>Dans les États du Pape même, des rassemblements considérables
de paysans descendent des montagnes et menacent d’envahir toute la
Romagne.</p><p>Les différents peuples d’Italie, réunis par l’esprit de
liberté, et agités en différents sens par les passions les plus
actives, ont besoin d’être contenus et surveillés.</p><p>Vous trouverez ci-joint la situation des troupes que j’ai avec
moi et de celles que j’ai en Italie.</p><p>Tout me porte à penser que le moment de la paix est arrivé, et
que nous devons la faire dans un moment où nous pouvons en dicter
les conditions, pourvu qu’elles soient raisonnables.</p><p>Si l’Empereur nous cède ce qui lui appartient du côté de la
rive gauche du Rhin, comme prince de la Maison d’Autriche, et si,
comme chef de l’Empire, il reconnaît les limites de la République
au Rhin ; s’il cède à la République cispadane le duché de
Modène et Carrare ; s’il nous donne Mayence dans l’état où
elle se trouve, en échange contre Mantoue, je crois que nous aurons
fait une paix beaucoup plus avantageuse que ne le portent les
instructions que m’a communiquées le général Clarke. Nous
restituerons, il est vrai, toute la Lombardie et tous les pays que
nous occupons dans ce moment-ci ; mais n’aurons-nous pas tiré
de nos succès tout le parti possible, lorsque nous aurons le Rhin
pour limite, et que nous aurons institué dans le cœur de l’Italie
une république de deux millions d’habitants, qui, par Carrare, se
trouvera près de nous, nous donnera le commerce du Pô, de
l’Adriatique, et s’agrandira à mesure que le Pape se détruira ?</p><p>Je viens d’expédier un courrier au général Clarke, pour que,
de Turin, il se rende en toute diligence ici. Il est porteur de vos
instructions et a des pleins pouvoirs pour finir cette négociation[^6].
J’espère qu’il arrivera à temps pour ne pas perdre le moment,
qui est tout dans les négociations de cette nature.</p><p>Si, contre mon attente, la négociation ne réussissait pas, je me
trouverais embarrassé sur le parti que j’aurais à prendre ;
je chercherais néanmoins à attirer l’ennemi dans une affaire, à
le battre, à obliger l’Empereur à abandonner Vienne ; après
quoi je serais obligé de rentrer en Italie, si les armées du Rhin
restaient dans l’inaction où elles se trouvent encore.</p><p>J’espère, quelque parti que je me trouve obligé de prendre,
mériter votre approbation. Je me suis trouvé, depuis le
commencement de la campagne passée, à chaque pas dans une position
neuve, et j’ai toujours eu le bonheur de voir la conduite que j’ai
tenue répondre à vos intentions.[^7]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Bonaparte</i></h3>
[^1]: Ci-dessus, n° 1482.
[^2]: Voir ci-dessus.
[^3]: La convention, signée par Bonaparte avec Merveldt et Bellegarde
prévoit un arrêt des hostilités jusqu’au 13 avril au soir, afin
de « faciliter les négociations de paix qui vont survenir ».
[^4]: Jean Amédée François de Paule, baron Thugut (1736-1818), disciple
de Kaunitz, adversaire résolu de la Révolution française, il
devient ministre des Affaires étrangères de l’Autriche à partir
du 13 juillet 1794, fonction qu’il occupera jusqu’en 1801.
[^5]: Ministre des Affaires étrangères de l’Empereur.
[^6]: C’est en effet Clarke qui dispose du pouvoir de négocier, raison
pour laquelle le Directoire l’a envoyé en Italie.
[^7]: Minute, Archives du ministère des Affaires étrangères,
Correspondance politique, Vienne, vol. 367, fol. 130.</body> |
|---|
| |