| identifiant | CG5-9535.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1805/01/30 00:00 |
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| titre | Napoléon à Lacépède, grand chancelier de la légion d’honneur |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG5</i> - 9535. - </b>À Lacépède, grand chancelier de la légion d’honneur</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 10 pluviôse an XIII [30 janvier 1805]</h2><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Voici des
notes dont je désire que vous fassiez usage le plus tôt possible,
afin que le résultat en soit porté, par un courrier extraordinaire,
demain. N’écrivez ni ne signez rien, mais dictez<sup>[^1]</sup>.<sup>[^2]</sup></font></p><p><br/>
</p><p style="font-variant: small-caps"><font size="3" style="font-size: 12pt">Notes</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Voyez
l’agent du prince de la Paix<sup>[^3]</sup>
et dites-lui qu’il n’y a aucune espèce de crainte ; que
j’ai lu ses dépêches, mais à la hâte ; que cependant j’en
ai assez compris pour pouvoir y faire une première réponse dès
aujourd’hui ; que l’ambassadeur que j’ai nommé au
Portugal, le général Junot, qui a été mon aide de camp, a toute
ma confiance, et que le prince peut lui dire, sur l’intérieur et
l’extérieur, tout ce qu’il voudra, que ce sera comme s’il me
l’eût dit à moi-même ; qu’il partira sous quinze jours ;
que la reine de Naples, ayant écrit à l’empereur de France, en a
reçu la réponse ci-jointe, qui est pour lui seul ; qu’il y
verra combien l’Empereur est indisposé contre cette princesse, et
qu’il la connaît bien ;</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Que
l’Empereur vient d’autoriser l’exportation des grains par le
canal de Vanlerberghe et d’Ouvrard<sup>[^4]</sup>,
comme le cabinet l’a désiré ; que les bois de construction
demandés seront fournis, autant que possible, ainsi que
l’approvisionnement des corsaires, dans les ports de France, en
munitions de guerre et de toute espèce ; que le prince ne doit
avoir aucune crainte sur la guerre continentale ; que même les
affaires de Russie s’arrangent par l’intermédiaire de la
Prusse ; que si la guerre avait lieu, l’empereur d’Allemagne
serait perdu, car l’armée française n’a jamais été si
nombreuse et si animée ; qu’il y a même eu des pourparlers
et des démarches conciliatoires avec l’Angleterre ; que
jusque-là elles ne paraissent pas devoir rien produire, mais qu’il
a paru toutefois de l’adoucissement et une certaine crainte de la
part du cabinet de Londres ; que l’on peut donc attendre une
paix assez prompte, si une fois les escadres espagnoles sont en état
et que l’Angleterre voie les ressources de la France
considérablement augmentées ;</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Que
l’escadre de Rochefort, composée de vaisseaux tout neufs et ayant
4 000 hommes de bonnes troupes, a mis à la voile ; qu’elle
fera du tort aux Anglais dans le lieu ou elle se rend : ce que le
général Junot sera chargé de confier au prince de la Paix seul ;
que les expéditions contre l’Angleterre vont prendre une telle
activité, qu’elle n’osera pas éloigner un seul de ses hommes
pour une autre partie du monde ; qu’il doit être facile à
l’Espagne d’approvisionner les escadres qui lui sont demandées
de vin, de viande et d’un ou deux mois de biscuit ; qu’on
considérera, dans les opérations, la pénurie de l’Espagne en
blé, et qu’on tâchera que les vaisseaux français puissent, le
plus tôt possible,leur en procurer ;</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Que, quant
au Portugal il faut absolument et entièrement exiger qu’il se
déclare avec l’Espagne et la France ; que l’Empereur a vu
que des plaintes avaient été portées contre des relations existant
entre l’ex-général Moreau<sup>[^5]</sup>
et le capitaine général Solano<sup>[^6]</sup> ;
qu’elles sont inconvenantes ; qu’il faut insinuer à ce
général de se rendre en Amérique, sa destination ; qu’il
faut que l’Espagne mette de l’énergie à se procurer de
l’argent, seul moyen d’avoir des matelots et de mettre en état
ses escadres ; que cela ne va pas aussi vite que cela pourrait
aller ; que, comme l’Empereur compte sur la stricte exécution
de la convention passée avec l’amiral Gravina<sup>[^7]</sup>,
il espère aussi beaucoup pour l’exécution des projets
militaires ; que le moyen d’acquérir sa confiance et son
estime est que cela ait lieu ; car, s’il n’y a point
d’escadre à Cadix ni au Ferrol, il n’aura point pour le prince
l’estime qu’il est porté à lui accorder ; enfin que
l’Empereur a lieu d’espérer beaucoup de son zèle, et que, dans
deux ou trois mois, lui, prince de la Paix, peut acquérir la
protection, l’appui et l’estime de l’Empereur, ou se perdre
entièrement dans son esprit ; qu’il faut qu’il ait des
matelots, et qu’ils soient soldés ; et que le prince aura,
dans tous les temps, appui contre ses ennemis intérieurs et
extérieurs.</font></p><p><br/>
</p>
[^1]: Lacépède entretient une correspondance active avec des dignitaires et des scientifiques espagnols dans le cadre de ses travaux. Son principal correspondant est Izquierdo.
[^2]: Minute, Archives nationales, AF IV 866, pluviôse an XIII, n° 13.
[^3]: Eugène Izquierdo, agent secret de Godoy et naturaliste, et à ce titre ami de Lacépède qui sert d’intermédiaire officieux avec Napoléon.
[^4]: <span></span> Protégé par Cambacérès, Vanlerberghe est associé dans les opérations financières d’Ouvrard. Ce dernier a eu l’idée d’obtenir le monopole du transfert des piastres du Mexique et du Pérou et même de l’ensemble du commerce de l’Empire espagnol en Amérique. En contrepartie, l’association ravitaille le Royaume en blé ainsi que les armées en matériel et subsistances. Cette partie politico-financière, où se mêlent le Trésor français, l’Espagne et l’Angleterre, s’achèvera par le renvoi de Barbé-Marbois, la mise à l’écart d’Ouvrard puis son incarcération, de même que celle de Vanlerberghe (affaire des <i>Négociants Réunis</i>).
[^5]: Moreau séjournera longuement à Cadix avant de s’embarquer pour les États-Unis. L’épidémie de fièvre jaune en sera le prétexte.
[^6]: Solano, gouverneur de Cadix, a servi comme volontaire à l’armée du Rhin (1796-1797), service qu’il a quitté suite à la disgrâce de Moreau, alors accusé d’avoir couvert les liaisons de Pichegru avec les royalistes.
[^7]: Voir n° 9488.</body> |
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