CG5-9486.md

identifiantCG5-9486.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1805/01/02 00:00
titreNapoléon à Charles IV, roi d’Espagne
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG5</i> - 9486. - </b>À Charles IV, roi d’Espagne</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 12 nivôse an XIII [2 janvier 1805]</h2><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Monsieur mon frère, j’ai reçu la lettre de Votre Majesté. J’attendais, pour y répondre, que je connusse le parti définitif qu’elle avait pris. J’y répondrai avec toute la franchise de mon caractère. J’eusse conçu un souverain mépris pour le cabinet espagnol s’il se fût prêté à un accommodement ignominieux après l’outrage que l’Espagne a reçu de l’Angleterre<sup>[^1]</sup>, et je n’aurais pu que déplorer la bassesse de ceux qui le lui auraient conseillé. Votre Majesté a pris le vrai parti<sup>[^2]</sup> : ce n’est que par les armes qu’on repousse des affronts aussi sanglants ; mais aussi c’est ici que commence le devoir de Votre Majesté. Qu’elle manifeste la volonté de défendre son trône ; qu’elle fasse armer ses vaisseaux ; qu’elle exige de ses ministres cette activité et cette énergie d’exécution qui seule peut sauver votre empire et le montrer avec gloire aux yeux de la postérité. Votre Majesté a trente vaisseaux ; qu’elle les fasse armer. Il ne lui manque point de matelots ; il ne lui manque que de l’argent ; elle peut facilement en trouver ; puisqu’elle a réuni à sa couronne les biens de l’ordre de Malte, qu’elle les fasse vendre ; qu’elle exige du clergé et des ordres de l’État des contributions et des dons patriotiques.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">L’Espagne a essuyé de grands maux ; le ciel a voulu éprouver Votre Majesté. Que Votre Majesté, que la reine<sup>[^3]</sup> son épouse, que les princes, les princesses, les grands de l’État soient les premiers à faire des sacrifices. Le peuple espagnol est fier, généreux et brave. Il répondra à la voix de son souverain. Quant aux opérations de la guerre, je verrai avec plaisir que Votre Majesté charge le prince de la Paix<sup>[^4]</sup> de s’entendre directement avec la France, sans le concours des ministres, afin que le secret soit mieux gardé et l’exécution plus rapide. L’Europe regarde Votre Majesté. Si elle laisse manquer ses ports d’argents ; si les forces de l’Espagne ne sont pour rien dans la balance de la guerre ; si de petites intrigues ou des ministres ineptes paralysent ses opérations ou trompent Votre Majesté, elle peut s’attendre à perdre les Amériques. Car, enfin, il n’est pas juste ni conséquent que l’Espagne possède les meilleures colonies de l’Europe si elle ne veut ni montrer de l’énergie, ni mettre en état ses escadres. Que Votre Majesté chasse tous les ministres qui ne font que se plaindre et déplorer les malheurs de l’Espagne ; ce sont des remèdes qu’il faut apporter, des ressources qu’il faut réunir, et le courage de ses peuples qu’il faut ranimer.<sup>[^5]</sup></font></p> [^1]: Le 5 octobre 1804, sans déclaration de guerre préalable, une escadre anglaise avait capturé un convoi de 4 frégates espagnoles transportant un chargement d’or et d’argent en provenance de Montevideo. [^2]: La déclaration de guerre de l’Espagne à l’Angleterre, le 8 décembre 1804. [^3]: Marie-Louise. [^4]: Godoy. [^5]: Minute, Archives nationales, AF IV 866, nivôse an XIII, n° 22.</body>