CG5-11148.md

identifiantCG5-11148.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1805/12/05 00:00
titreNapoléon à Frédéric II, électeur de Wurtemberg
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG5</i> - 11148. - </b>À Frédéric II, électeur de Wurtemberg</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Austerlitz, 14 frimaire an XIV [5 décembre 1805]</h2><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Mon frère, je reçois votre lettre du 27 novembre. L’empereur de Russie est environné d’une vingtaine de polissons qui le perdront ; et cependant il est d’un caractère si heureux et rempli de si grandes qualités, que je pense que quelques avis donnés par vous, par l’entremise de votre sœur<sup>[^1]</sup>, ne pourront qu’être utiles.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">J’ai envoyé près de lui mon aide de camp Savary, avec la lettre dont je joins copie<sup>[^2]</sup> ; il m’a répondu par cette lettre. Mon aide de camp a été enchanté des bonnes manières, des bons propos de l’empereur ; ce qui m’a porté à lui demander une entrevue à ses avant-postes. Il m’envoya le prince Dolgorouki<sup>[^3]</sup>, et j’eus avec ce freluquet une conversation dans laquelle il me parla comme il aurait pu parler à un boyard qu’on voudrait envoyer en Sibérie. Croiriez-vous qu’il me proposait de mettre ma couronne de fer<sup>[^4]</sup> sur la tête du roi de Sardaigne ; de renoncer à la Belgique, qui, réunie à la Hollande, serait donnée à un prince de Prusse ou d’Angleterre ? Ce jeune homme est d’ailleurs de la plus excessive arrogance ; il a dû prendre mon extrême modération pour une marque de grande terreur ; ce que je désirais sous le point de vue militaire, et ce qui a donné lieu à la bataille d’Austerlitz, où, en vérité, ils se sont conduits avec une ignorance et une présomption qu’on a peine à concevoir. Cela a fait ouvrir les yeux à l’empereur de Russie, et je sais, par l’entrevue que j’ai eue avec l’empereur d’Allemagne, qu’il désire se raccommoder et ne plus se mêler d’affaires qui ne le regardent point.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Faites passer ces renseignements à sa mère ; dites, de plus, que les entours de l’empereur de Russie lui font perdre l’amour de ses soldats, qu’ils traitent avec impertinence. S’il fût venu me trouver, il eût pu faire la paix, et jouer le plus beau rôle que prince eût jamais joué sur la terre, puisqu’il eût fait la paix à la tête de son armée. Elle s’est médiocrement battue ; d’ailleurs je l’ai prise en flagrant délit et dans un faux mouvement, elle a perdu ses drapeaux, ses canons, 36 000 prisonniers et 20 000 morts. Ainsi a péri une armée de 80 000 Russes, belle et bonne.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">L’empereur est mal entouré ; son cabinet ne fait que des sottises ; son conseil de guerre, mal composé. Il faut que les deux puissances puissent se connaître. La Russie est sans doute la Russie ; mais la France est la France. Quand on envoie quelqu’un à un souverain, on envoie des hommes sages et modérés. Ce polisson de Dolgorouki, qui tranchait sur tout, ne connaissait point la situation de l’Europe. Ce que j’en dis là à Votre Altesse, elle doit bien comprendre que ce n’est que par intérêt pour un prince dont tous les entours sont vendus à l’Angleterre ; car les propos que m’a tenus son aide de camp sont le contraire de ceux que l’empereur a tenus à mon aide de camp Savary. Toutefois leur chimère a disparu, et ils en ont pour trente ans sans intervenir dans nos affaires.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Je n’ai pas vu M. Talleyrand depuis longtemps ; j’ignore les conditions dont il est convenu avec M. de Normann<sup>[^5]</sup>. Toutefois il est urgent de les arrêter définitivement, car je pense qu’avant huit jours la paix sera définitivement conclue.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Croyez que je me trouve heureux, dans cette circonstance où mes succès sont tels que je n’ai plus rien à ménager, de vous convaincre que mon amitié comme ma politique me portent à élever et à maintenir votre Maison à un haut degré de prospérité.<sup>[^6]</sup></font></p> [^1]: La mère d’Alexandre, connue en russe sous le nom de Maria Fedorovna. [^2]: Voir CG5-11133. [^3]: Aide de camp d’Alexandre. [^4]: De roi d’Italie. [^5]: ministre wurtembergeois. [^6]: Minute, Archives nationales, AF IV 867, frimaire an XIV, n° 13. Note sur la minute : « On ignore si elle a été envoyée. »</body>