CG5-11146.md

identifiantCG5-11146.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1805/12/04 00:00
titreNapoléon à Talleyrand, ministre des Relations extérieures
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG5</i> - 11146. - </b>À Talleyrand, ministre des Relations extérieures</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Austerlitz, 13 frimaire an XIV [4 décembre 1805]</h2><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Monsieur Talleyrand, l’empereur d’Allemagne m’a demandé une entrevue ; je la lui ai accordée ; elle a duré depuis deux heures jusqu’à quatre. Je vous dirai de vive voix ce que je pense de lui. Il aurait voulu conclure la paix sur-le-champ ; il m’a pris par les beaux sentiments ; je me suis défendu ; genre de guerre qui ne m’était pas, je vous assure, difficile. Il m’a demandé un armistice que je lui ai accordé ; cette nuit on doit venir en régler les conditions.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Il m’a demandé un armistice pour les Russes ; je l’ai accordé, à condition que, par journées d’étapes, les Russes évacueront l’Allemagne et la Galicie et retourneront chez eux ; ce qu’il m’a dit être dans les intentions de l’empereur de Russie. Cette nuit je dois avoir sa réponse ; mais on m’assure qu’il veut faire la paix sans les Anglais. De ses 80 000 hommes, 40 000 n’existent plus. Ses amis sont tués ; il est au désespoir. Ma générosité le tire encore d’embarras ; car je l’avais cerné, et il s’en serait tiré difficilement. Il est sans artillerie ni bagages.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Rendez-vous en toute diligence à Brünn ; dites aux négociateurs autrichiens que je suis convenu avec l’empereur que le centre des négociations serait établi à Nikolsburg.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Vous direz à M. de Haugwitz<sup>[^1]</sup> de m’attendre à Vienne. Je vous dirai à Brünn ce que je veux faire ; ne préjugez rien.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Dites aux Autrichiens que la bataille a changé la face des choses ; que, puisqu’on a voulu hasarder et tout perdre, il fallait s’attendre à des conditions plus dures ; que je me plains surtout de ce procédé de m’envoyer des négociateurs le jour où l’on veut m’attaquer, pour m’endormir.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Faites faire pour <i>Le Moniteur</i> une note sur l’armistice, sur la mauvaise position des Russes et sur l’ouverture des négociations réelles ; car les premières n’étaient que factices.<sup>[^2]</sup></font></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3> [^1]: Envoyé par le roi de Prusse pour apporter un ultimatum à Napoléon. [^2]: <span></span><span lang="de-DE"> Expédition, Wiener Staatsarchiv (August Fournier,</span><span lang="de-DE"><i> Zur Textkritik der Korresponsenz Napoleons I.,</i></span><span lang="de-DE"> Wien, 1903, n° 57). Copie d’expédition, Archives nationales, fonds Talleyrand, 215 AP 1. Extrait [catalogue de vente], Maggs Bros. Ltd., </span><span lang="de-DE"><i>Autograph letters and historical, documents (including Napoleonic items from Lord Rosebery’s Collection)</i></span><span lang="de-DE">, n° 591, Noël 1933, n° 98, p. 1427.</span></body>