CG5-11138.md

identifiantCG5-11138.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1805/11/30 00:00
titreNapoléon à Talleyrand, ministre des Relations extérieures
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG5</i> - 11138. - </b>À Talleyrand, ministre des Relations extérieures</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Au bivouac à deux lieues en avant de Brünn, 9 frimaire an XIV [30 novembre 1805], 4 heures du soir</h2><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Monsieur Talleyrand, je désire faire la paix promptement. Je ne serais point éloigné de laisser Venise à l’électeur de Salzburg<sup>[^1]</sup>, et Salzburg à la Maison d’Autriche. Je prendrai tout Vérone, tout Legnago avec 5 000 toises autour, et le <i>fort de la Chiusa,</i> pour le royaume d’Italie. Les troupes autrichiennes ne pourraient pas entrer dans l’État de Venise, et l’Électeur serait dans la plus grande dépendance ; cela pourrait s’appeler, si l’on veut, royaume de Venise. Parme, Plaisance et Gênes resteraient à la France. Point de difficultés pour la séparation des couronnes de France et d’Italie, mais après l’arrangement des affaires générales d’Europe, ou plus tard, mais pas plus tard qu’à ma mort. L’électorat de Bavière serait érigé en royaume ; on lui donnerait Augsbourg et Eichstätt, le Brisgau et l’Ortenau, la noblesse immédiate et le reste aux deux électeurs. On insérerait au traité l’acte de garantie que j’aurais fait aux trois électeurs. Il y aurait une manière adroite de faire entrer dans la rédaction la notification de cet acte. Je restituerai toute l’artillerie, tous les magasins, toutes les places fortes. Je ne lèverai plus aucune contribution, ni n’exigerai le paiement de celles que j’ai imposées. On me donnera cinq millions payables de différentes manières<sup>[^2]</sup>.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Vous aurez vu M. d’Haugwitz<sup>[^3]</sup>. Il a mis dans sa conversation avec moi beaucoup de finesse, je dirai même beaucoup de talent ; j’ai conservé l’idée, tant de la lettre du Roi que du discours de M. d’Haugwitz, qu’on était à Berlin très incertain du parti qu’on avait à prendre. Vous lui demanderez avant tout des explications sur l’entrée des troupes prussiennes à Hanovre. Il est convenu qu’il répondra qu’elles y sont entrées conformément aux principes du roi, qu’il m’a manifesté plusieurs fois qu’il ne voulait pas que la guerre s’établît dans le Nord, et que conséquemment à ces principes il empêchera l’armée russe, suédoise et anglaise de se porter par le Nord sur la Hollande.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Il y aura probablement demain une bataille fort sérieuse avec les Russes ; j’ai beaucoup fait pour l’éviter, car c’est du sang de répandu inutilement. J’ai eu une correspondance avec l’empereur de Russie, Savary a causé longuement avec lui : tout ce qu’il m’en est resté, c’est que c’est un véritablement brave et digne homme mais dont les entours sont vendus aux Anglais, mais tellement vendus qu’ils veulent m’obliger à donner Gênes au roi de Sardaigne et à restituer la Belgique. Vous allez tomber à la renverse quand vous saurez que le fameux chambellan Novosiltsov<sup>[^4]</sup> a proposé de réunir la Belgique à la Hollande. Aussi tous les gens raisonnables les ont jugés fous et ont dit : « Tout ce qui entoure l’empereur de Russie en est encore aux mêmes idées ! »</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Donnez des nouvelles à Maret. Écrivez à Paris ; ne parlez pas de la bataille, ce serait trop inquiéter ma femme<sup>[^5]</sup>. Ne vous alarmez pas ; je suis dans une très bonne et très forte position ; je regrette ce qu’il en coûtera, et cela presque sans but.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Écrivez au prince Joseph que, bivouaquant depuis quatre jours au milieu de mes grenadiers, je n’écris que sur mes genoux, et qu’ainsi je ne puis rien écrire à Paris, que du reste, je me porte très bien.<sup>[^6]</sup></font></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Napoléon</i></h3><p style="font-variant: small-caps"><br/> </p> [^1]: Ferdinand de Habsbourg. [^2]: <span></span><span style="text-transform: uppercase">à</span> comparer avec les exigences présentées au lendemain d’Austerlitz. [^3]: Envoyé du roi de Prusse. [^4]: L’un des jeunes amis d’Alexandre, membre du « cabinet secret ». [^5]: Joséphine. [^6]: Expédition, The Pierpont Morgan Library, H Nap. Ms 13.</body>