| identifiant | CG1-1476.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1797/03/25 00:00 |
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| titre | Napoléon au Directoire exécutif |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 1476. - </b>Au Directoire exécutif</h1><p style="text-align: center"><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Goritz, 5 germinal an V [25
mars 1797]</h2><p><br/>
</p><p>Je vous ai rendu compte, par mon dernier courrier, qu’une
colonne de l’armée du prince Charles était cernée entre la
division du général Masséna, qui était à Tarvis, et celle du
général Guieu, qui, arrivé à Caporetto, la poussait devant lui
dans les gorges.</p><p><br/>
</p><p style="text-align: center; font-variant: small-caps">Combat de Tarvis.</p><p style="text-align: center; font-variant: small-caps"><br/>
</p><p>Le général Masséna, arrivé à Tarvis, fut attaqué par une
division ennemie partie de Klagenfurt[^1],
et qui venait au secours de la division qui était cernée. Après un
combat extrêmement opiniâtre, il la mit en déroute, lui fit une
grande quantité de prisonniers[^2],
parmi lesquels trois généraux. Les cuirassiers de l’Empereur,
arrivant du Rhin, ont extrêmement souffert.</p><p style="font-variant: small-caps"><br/>
</p><p style="text-align: center; font-variant: small-caps">Affaire de La
Chiusa. Prise de ce poste.</p><p style="text-align: center"><br/>
</p><p>Cependant le général Guieu poussa la colonne qu’il avait
battue à Pulfero jusqu’à La Chiusa autrichienne, poste
extrêmement retranché, mais qui fut enlevé de vive force, après
un combat très opiniâtre, où se sont particulièrement distingués
les généraux Bon, Verdier et la 4<sup>e</sup> demi-brigade, ainsi
que la 43<sup>e</sup>. Le général Kœblœs défendait lui-même La
Chiusa avec 500 grenadiers. Par le droit de la guerre, les 500 hommes
devaient être passés au fil de l’épée ; mais ce droit
barbare a toujours été méconnu et jamais pratiqué par l’armée
française.</p><p>La colonne ennemie, voyant La Chiusa prise, activa sa marche et
tomba au milieu de la division du général Masséna, qui, après un
léger combat, la fit toute prisonnière : 30 pièces de canon, 400
chariots portant les bagages de l’armée, 5 000 hommes, 4 généraux
sont tombés en notre pouvoir. Je m’empresse de vous faire part de
cet événement, parce que, dans les circonstances actuelles, il est
indispensable que vous soyez prévenus sans retard de tout. Je me
réserve de vous rendre un compte plus détaillé de tous ces
événements, dès l’instant que j’aurai recueilli tous les
rapports et que les moments seront moins pressants.</p><p>La chaîne des Alpes, qui sépare la France et la Suisse de
l’Italie, sépare le Tyrol italien du Tyrol allemand, les États de
Venise des États de l’Empereur, et la Carinthie du comté de
Goritz et de Gradisca. La division Masséna a traversé les Alpes
Juliennes, et est venue occuper le débouché des Alpes Noriques. Nos
ennemis ont eu la maladresse d’engager tous leurs bagages et une
partie de leur armée par les Alpes Noriques, qui dès lors se sont
trouvés pris. Le combat de Tarvis s’est donné au-dessus des
nuages, sur une sommité qui domine l’Allemagne et la Dalmatie[^3].
Dans plusieurs endroits où notre ligne s’étendait, il y avait
trois pieds de neige, et la cavalerie, chargeant sur la glace, a
essuyé des accidents dont les résultats ont été extrêmement
funestes à la cavalerie ennemie.</p><p>Nous voici en Allemagne : il est donc indispensable que les armées
du Rhin y entrent également ; lorsque vous lirez cette lettre,
je ne mets aucun doute que la plus grande partie des forces que
l’Empereur a sur le Rhin ne soit déjà tournée contre nous.</p><p>Jusqu’à cette heure le prince Charles a plus mal manœuvré que
Beaulieu[^4]
et Wurmser[^5]
: il a fait des fautes à tous les pas, et d’extrêmement
grossières ; il lui en a coûté beaucoup, mais il lui en
aurait coûté bien davantage si la réputation qu’il avait ne m’en
avait imposé à un certain point, et ne m’avait empêché de me
convaincre de certaines fautes que j’apercevais, en les supposant
dictées par des vues qui, dans la réalité, n’existaient pas.[^6]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Bonaparte</i></h3>
[^1]: Commandée par Bayalisch.
[^2]: Entre 3 et 4 000 hommes. Les Français prennent aussi 25 canons et
500 voitures.
[^3]: On ne doit pas oublier qu’en raison du relief de l’ensemble du
théâtre de la campagne d’Italie, celle-ci peut être sans
exagérer le trait qualifié de « guerre de montagne ».
[^4]: Jean Pierre Beaulieu (1725-1820), général autrichien d’origine
belge, il s’est illustré, en 1792, en repoussant les Français
jusqu’à Valenciennes et, en 1794, en infligeant à Jourdan la
défaite d’Arlon. Il commande l’armée autrichienne pendant la
première phase de la campagne d’Italie.
[^5]: Dagobert-Sigismond de Wursmer (1724-1797), vieil officier de l’armée
autrichienne, vainqueur des armées françaises en Allemagne et pour
cela nommé feld-maréchal, il est, à 71 ans, nommé en Italie pour
remplacer Beaulieu (mai 1796), bouscule dans un premier temps
Bonaparte avant de connaître défaites sur défaites, jusqu’à la
capitulation de Mantoue (février 1797).
[^6]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er </i></sup><i>publiée
par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 1632, d’après la
Collection Napoléon.</body> |
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