CG5-11129.md

identifiantCG5-11129.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1805/11/22 00:00
titreNapoléon à Talleyrand, ministre des Relations extérieures
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG5</i> - 11129. - </b>À Talleyrand, ministre des Relations extérieures</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Brünn, 1<sup>er</sup> frimaire an XIV [22 novembre 1805]</h2><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Monsieur Talleyrand, je reçois votre dépêche du 29 brumaire<sup>[^1]</sup>. Je crois que je ne tarderai pas moi-même à me rendre à Vienne. Toutefois, si M. Haugwitz passe à Vienne avant que je n’y sois, il me semble qu’il se trouvera là plus à même de faire des affaires que près de moi, qu’il pourra à peine voir. Vous pouvez donc entamer la question avec lui et chercher à savoir ce qu’il veut. Parlez-lui de l’occupation du Hanovre (je vous envoie différentes petites pièces qui vous feront connaître comment on s’y comporte), du passage des Suédois et des Russes par le nord pour entrer en Hanovre et en Hollande ; non que je les craigne, puisque j’ai fait réunir dans le nord une armée assez puissante pour leur en imposer : mais enfin j’avais lieu de croire que les Prussiens entraient en Hanovre pour empêcher les Russes et les Suédois d’y pénétrer.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Touchez quelques mots du mauvais accueil et de l’insulte faite au général Duroc et à M. Laforest<sup>[^2]</sup>. Quels que soient les sujets de refroidissement, ce n’est pas toutefois une raison pour qu’on ne reçoive pas des ambassadeurs et qu’on n’écoute point ce qu’ils ont à dire. Demandez pourquoi l’on forme des armées que contre moi : on me menace donc ? La Prusse veut donc m’imposer des conditions ? Et si les trois puissances qui ont partagé la Pologne sont tellement d’accord pour faire la guerre contre moi, qu’y puis-je faire ? Quelle garantie aurai-je qu’une première condescendance ne m’obligera pas à une seconde ? Au milieu de tout cela, dites que vous ne m’avez pas vu depuis longtemps ? </font> </p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Enfin, essayez de toutes les manières à pénétrer ce que veut M. Haugwitz. Parlez d’une convention qui aurait été signée le 3 novembre<sup>[^3]</sup>, à ce que disent les Autrichiens, et qui serait pareille en tout à celle du partage de la Pologne. Mais la France n’est pas la Pologne ; cela mettra le continent en feu pour plusieurs années ; mais personne n’a le droit de calculer pour qui sera le succès. Bref, tâchez de démêler ce qu’il veut. Pour être médiateur, il faut être impartial : le roi de Prusse l’est si, laissant traverser ses États par les Russes, j’ai aussi la même faculté ; il l’est si, laissant traverser le nord à une armée suédoise, je puis aussi traverser le nord pour aller à sa rencontre. Faites-lui bien connaître que, s’il veut sincèrement la paix, la conduite de la Prusse l’éloigne. Enfin tâchez de vous mettre au fait et de pénétrer, s’il est possible, le système de la Prusse. Les nouvelles sont ici que l’empereur de Russie était à Olmutz il y a trois jours, et qu’il est parti pour la Russie.<sup>[^4]</sup></font></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Napoléon</i></h3> [^1]: Talleyrand annonçait l’arrivée de Haugwitz, diplomate prussien, et demandait des instructions pour le cas où il passerait par Vienne. [^2]: <span></span> Envoyés de Napoléon à la cour de Berlin.<b> </b> [^3]: Il s’agit du traité de Potsdam, dont le contenu n’est pas exactement connu de Napoléon. La Prusse s’était engagée à présenter une médiation favorable à la coalition. [^4]: Expédition, Archives du ministère des Affaires étrangères, Mémoires et documents, France, vol. 1776, fol. 59.</body>