CG5-11087.md

identifiantCG5-11087.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1805/11/12 00:00
titreNapoléon au maréchal Murat, commandant en chef de la réserve de la cavalerie de la Grande Armée
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG5</i> - 11087. - </b>Au maréchal Murat, commandant en chef de la réserve de la cavalerie de la Grande Armée</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Saint-Pœlten, 21 brumaire an XIV [12 novembre 1805], 5 heures du soir</h2><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Mon cousin, je reçois enfin des nouvelles du maréchal Mortier<sup>[^1]</sup> ; elles ne sont pas aussi mauvaises que je l’avais d’abord craint. Hier 20, à huit heures du matin, il s’est porté sur Stein, a enlevé le village de Leoben<sup>[^2]</sup> qui a été pris et repris trois fois, a fait à l’ennemi 800 prisonniers, lui a pris 5 pièces de canon et 4 drapeaux. Mais pendant ce temps-là, l’ennemi manoeuvrait : deux colonnes chacune de six mille hommes tournaient les montagnes, et à quatre heures après-midi débouchaient sur le village de Dürrenstein. L’ennemi débouchait en même temps de Stein avec toutes ses forces, et le maréchal Mortier a eu 25 000 Russes sur le corps. Heureusement qu’au même instant, la division Dupont arrivait, tombait sur les colonnes russes, faisait 200 prisonniers et prenait deux drapeaux, ceci se passa sur le derrière ; le maréchal Mortier n’en eut pas connaissance. Se voyant cerné, il prit le parti le plus sage, de se faire une route : il fit sa jonction avec la division Dupont. Le carnage de l’ennemi a été horrible. Le 4<sup>e</sup> régiment d’infanterie légère est celui qui a le plus souffert, les Russes montrant la plus grande barbarie contre les prisonniers qu’ils nous avaient faits. De notre côté, nous en avons <i>tué ou blessé les leurs</i>, il se trouve parmi eux un colonel russe. Le maréchal Mortier se trouve aujourd’hui en position entre Spitz et Weissenkirchen. Les Russes ne paraissaient point disposés à s’en aller. Vous avez dû passer le pont de Vienne ; si vous avez eu le bonheur de le trouver intact, ne perdez pas un moment pour passer le Danube avec une portion de votre cavalerie, les grenadiers et la division Suchet. Faites-vous suivre par les divisions Legrand et Vandamme<sup>[^3]</sup>. Cette armée russe peut se trouver par cette manoeuvre toute prise. Je viendrai moi-même vous joindre dans la journée de demain. Si au contraire il n’y a aucune possibilité de passer le Danube à Vienne, et qu’il soit plus facile de le passer à [Stadt] Tulln ou à Klosterneuburg, envoyez l’ordre qu’on le passe là.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">J’attendrai vos premiers rapports pour savoir si vous avez pu passer le Danube à Vienne pour faire une autre disposition. Envoyez l’ordre au maréchal Davout, afin que demain à la pointe du jour, il parte pour se rendre à Vienne.</font></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Napole</i></h3><p><br/> </p><p><font size="3" style="font-size: 12pt"><i>P.S.</i> Ayez soin que les petits postes de cavalerie que j’ai ordonnés de placer toutes les deux lieues sur la route de Vienne soient en activité et même qu’ils soient établis de même sur la route jusqu’à votre quartier général, et du moment que vous aurez passé le Danube, inondez le pays par votre cavalerie. Le maréchal Davout gardera le Danube, Vienne, et sa cavalerie, enverra de forts partis sur la rive droite du Danube sur les routes de Hongrie. Du reste, du moment que j’aurai reçu de vos nouvelles, je mettrai le maréchal Bernadotte tout entier sur Vienne<sup>[^4]</sup>. Le maréchal Mortier continuera à être corps d’observation sur la rive gauche, tâchez de communiquer avec lui, il fuira exprès devant l’ennemi pour tâcher de l’attirer devant lui. Le général Klein s’est jeté très au loin en Bohême.<sup>[^5]</sup></font></p><p><br/> </p> [^1]: <span></span><span lang="fr-FR">Le même jour, Napoléon sous le seing de Berthier fait parvenir à Mortier : « Votre aide de camp, M. le Maréchal, n'a pu arriver ici qu'à trois heures après midi, et l'Empereur attendait avec bien de l'impatience le rapport de votre engagement. Si les Russes restent dans la position où ils sont, ou s'ils marchent sur l'Inn, c'est une armée perdue. Le prince Murat, qui est aujourd'hui à Vienne, a l'ordre d'y passer le Danube pour se porter sur les derrières de l'armée russe. Quant à vous, M. le Maréchal, vous formez le corps d'observation de la rive gauche. Vous pouvez faire passer vos blessés, et tout ce qui peut vous embarrasser, sur la rive droite. Avec le reste de votre corps, bien réuni, vous devez toujours vous retirer devant l'ennemi supérieur, jusqu'au pont de Linz. Vous préviendrez le général Reille?, qui commande à Linz, de tous vos mouvements. Lorsque vous serez dans le cas de vous apercevoir que l'ennemi est attaqué par le prince Murat, alors vous marcherez sur lui de votre côté. Vous ne devez faire votre mouvement de retraite que devant des forces réelles, afin que l'ennemi ne vous mette pas à trois ou quatre marches de lui par un corps d'observation peu nombreux. L'Empereur est extrêmement satisfait de la brave conduite des troupes, ainsi que de la bonne contenance que vous avez faite, Monsieur le Maréchal. Prévenez fréquemment, par la rive droite, de tous vos mouvements et de tout ce qui se passera dans la journée de demain. J'ai établi une chaîne de postes de l'abbaye de Mœlk à Vienne, avec ordre de porter vos dépêches. Mettez-vous aussi en communication avec les postes qui sont sur la rive droite, afin d'avoir des nouvelles si l'ennemi évacuait cette nuit ; dans ce cas, vous vous mettriez à sa poursuite ; mais vous ne le feriez qu'avec toute la prudence nécessaire. Vous ne devez pas perdre de vue que vous n'êtes que corps d'observation. Il est arrivé sur un bateau à Mœlk 8 000 rations de pain, qui sont à votre disposition. Le maréchal Berthier, par ordre de l'Empereur. » </span><span lang="fr-FR"><i>Correspondance de Napoléon Ier publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III</i></span><span lang="fr-FR">, n° 9471, d’après le dépôt de la Guerre.</span> [^2]: Leobendorf. [^3]: <span></span> 3<sup>e</sup> et 2<sup>e</sup> divisions du corps Soult. [^4]: <span></span> Bernadotte reoit le 13 novembre les instructions suivantes : « M. le maréchal Bernadotte passera sur la rive gauche du Danube, s'emparera de Stein et de Krems, et suivra l'armée russe pour lui faire tout le mal qui sera possible, entamer son arrière-garde. Le prince Murat passe à Vienne et va chercher à déborder l'ennemi pour gagner, s'il est possible, sa tête, ou l'attaquer par ses flancs, ce qui dépendra des circonstances. L'ennemi ne peut prendre que trois partis : 1<sup>o</sup> Se rendre en Bohême ; 2<sup>o</sup> Ou en Moravie ; 3<sup>o</sup> Se concentrer à Krems. Ce dernier parti paraît si absurde, que l'on n'a voulu en parler uniquement que pour présenter tout ce qui est possible. Il n'y aurait pas de vivres, puisqu'il n'est pas maître du Danube ; il se trouverait cerné par toute l'armée française, dont il connaît bien la force. Mais toutes les probabilités sont que l'ennemi est déjà en ce moment en marche. Mais, si des considérations inconnues le portaient à attendre encore quelques jours dans la position de Stein ou de Krems, il faudrait se contenter de prendre vis-à-vis de lui une position sur la rive gauche, du côté de Spitz, et faire placer sur la rive droite du canon à Mautern ; avoir des postes de cavalerie le long du Danube jusqu'à Vienne, et attendre que le prince Murat eût passé le Danube et se trouvât à hauteur et à même d'attaquer de son côté. Si l'ennemi se rend en Moravie, il est probable qu'il sera débordé, au moins attaqué en flanc, par le prince Murat. L'intention de l'Empereur est que M. le maréchal Bernadotte le poursuive et lui fasse le plus de mal possible. Aussitôt que M. le maréchal Bernadotte aura coupé, c'est-à-dire traversé la première grande route de Vienne, il se trouvera, par cette route, en correspondance directe avec cette capitale. Si l'ennemi se rend en Bohême, M. le maréchal Bernadotte le poursuivra, et, aussitôt qu'il sera assez élevé et qu'il se trouvera à l'intersection des routes de Linz et de Vienne, il communiquera avec les deux villes ; il se fera alors joindre par le général Klein et sa division, qui se trouvera dans ce moment sur Freystadt et sur Linz. L'Empereur, qui d'ailleurs sera à Vienne, enverra à M. le maréchal Bernadotte, suivant les circonstances, de nouvelles instructions et des renforts. Je préviens M. le maréchal Bernadotte que je donne l'ordre au maréchal Mortier de reformer ses trois divisions et de servir de réserve à son corps d'armée ; en conséquence, il occupera Krems et Stein, pendant le temps que le maréchal Bernadotte, avec son armée, poussera en avant. Ainsi, si l'ennemi menaçait de se porter sur Linz, le maréchal Mortier y enverrait un renfort pour garder le pont. Enfin M. le maréchal Bernadotte aura soin de placer des petits postes de cavalerie depuis Mœlk jusqu'à Sieghartskirchen ; il donnera l'ordre au général Kellermann de laisser, de deux lieues en deux lieues, sur cette route, un maréchal des logis et huit hommes, dont les chevaux serviront à relayer les officiers porteurs de dépêches. Les hommes à cheval pourront même porter les lettres. Le maréchal Berthier, par ordre de l'Empereur » <i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 9474, d’après le dépôt de la Guerre. [^5]: Expédition, Archives nationales, fonds Murat, 31 AP 23, d. 425, p. 32.</body>