CG5-11069.md

identifiantCG5-11069.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1805/11/03 00:00
titreNapoléon à François II, empereur d’Allemagne
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG5</i> - 11069. - </b>À François II, Empereur D’allemagne</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Lambach, 12 brumaire an XIV [3 novembre 1805]</h2><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Monsieur mon Frère, l’entrée des Russes dans les États de Votre Majesté Impériale, l’entrée de son armée en Bavière, la lettre de M. de Cobenzl<sup>[^1]</sup>, par laquelle il était constant qu’on voulait m’obliger à recevoir la loi de l’Angleterre, ne m’ont pas laissé de choix sur le parti à prendre. Il m’a fallu, d’ailleurs, passer le Rhin pour repousser son armée déjà arrivée sur mes frontières. Cependant Votre Majesté pouvait, d’un mot, mettre un terme même à la guerre maritime. Assurée de ne pouvoir rallumer la guerre sur le continent, l’Angleterre eût senti la nécessité d’en revenir aux clauses du traité d’Amiens. Votre Majesté eût été le bienfaiteur du monde entier. Elle eût acquis des droits éternels à ma reconnaissance, à celle de mes peuples, et même de ceux d’Angleterre, qui sentent, aussi bien que les autres, le poids d’une longue guerre. Mais, quoi qu’il en soit, je suis prêt à oublier l’injustice de cette troisième agression, et à essayer encore si ce troisième traité tiendra davantage contre les intrigues et les efforts de l’Angleterre que les deux premiers. Par sa lettre, il paraît que Votre Majesté fait dépendre la paix d’une autre puissance. C’est à elle à voir si cette intervention étrangère est la plus propre à satisfaire ce que semble exiger le besoin de ses peuples, qui souffrent moins de la présence de mes armées que de celle des Russes.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Quel que soit le parti que prenne Votre Majesté, soit qu’elle négocie directement pour arriver à une prompte paix, soit qu’elle veuille attendre l’intervention d’autres puissances, ce qui retardera de beaucoup la conclusion, elle sentira qu’il est juste que je profite des chances qui m’ont été si favorables, et que les conditions de la paix m’offrent une garantie contre une quatrième coalition avec l’Angleterre. Il faut qu’il n’y ait plus entre nous aucun sujet de division, aucune chose qu’on puisse lui faire accroire que je désire avoir. C’est le moyen de ramener enfin, si cela est possible, Votre Majesté aux véritables idées que son ennemi naturel n’est point la France, qui n’a rien à lui envier.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Mon ambition est uniquement concentrée dans le rétablissement de mon commerce et de ma marine ; et, oppressivement, l’Angleterre s’oppose à l’un et à l’autre.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Je remplis un dernier devoir envers Votre Majesté, et le titre, quoique ennemis, qu’elle et moi prenons dans notre correspondance, semble m’y autoriser. Qu’elle ne se dissimule pas l’extrême mécontentement de ses sujets pour cette troisième guerre. Que Votre Majesté, qui a tant de titres pour être heureuse, qui a tant de vertus qui devraient la faire adorer de ses sujets, cesse de faire leur malheur et le sien propre.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Je prie Votre Majesté de ne voir dans la présente lettre rien qui lui soit désagréable, et de rester persuadée qu’elle a été écrite dans des sentiments tout contraires ; car je regarderai comme heureuses pour moi toutes les circonstances qui me mettront à même de concilier la sûreté de mes peuples avec son amitié, à laquelle je la prie de permettre que je prétende encore, malgré le nombre et la puissance de mes ennemis auprès d’elle.<sup>[^2]</sup></font></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3> [^1]: Louis de Cobenzl, principal ministre autrichien. [^2]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 9451, d’après l’expédition communiquée par l’empereur d’Autriche. Minute, Archives nationales, AF IV 867, brumaire an XIV, n° 26.</body>