| identifiant | CG5-11054.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1805/10/27 00:00 |
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| titre | Napoléon à Frédéric-Guillaume III, roi de Prusse |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG5</i> - 11054. - </b>À Frédéric-Guillaume III, roi de Prusse</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Munich, 5 brumaire an XIV [27 octobre 1805]</h2><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Monsieur
mon Frère, j’apprends que la lettre que j’ai écrite de
Ludwigsburg<sup>[^1]</sup>
à Votre Majesté ne lui a pas paru une suffisante satisfaction.
Cependant c’était la pure vérité. J’ignorais absolument que le
passage d’une partie de mes troupes sur le territoire d’Ansbach
pût être une question. Le traité de Bâle et l’exemple de deux
guerres qui ont eu lieu depuis m’avaient empêché de considérer
que ce passage pût être un sujet de difficultés. Lorsque
l’électeur de Bavière<sup>[^2]</sup>
m’en donna quelques soupçons, mes troupes étaient déjà sur les
marquisats. Ces pays ne tiennent pas à sa monarchie<sup>[^3]</sup>.
Il eût été difficile au prince Ferdinand de n’en point violer le
territoire dans les dernières circonstances où il s’est trouvé<sup>[^4]</sup>.
</font>
</p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Mais Votre
Majesté est maîtresse sans doute d’établir dans ses États,
quelle que soit leur situation, la police et la règle qu’il lui
plaît. Ce qui doit prouver à Votre Majesté la bonne foi dans
laquelle j’étais sur ce point, c’est le nombre et la puissance
des ennemis que j’ai en tête : comment aurais-je pu penser à m’en
susciter un si puissant, que tant de raisons de politique et tant de
sentiments me portaient à honorer ? </font>
</p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Sire, je
désire que les autres princes soient aussi disposés que moi à
saisir toutes les circonstances qui puissent convaincre Votre Majesté
et l’Europe de mon parfait attachement et de l’extrême
ménagement que je porte à ses intérêts. Il n’est aucune espèce
de satisfaction que je ne sois prêt à donner à Votre Majesté.
Qu’elle se rappelle que c’est moi-même qui lui ai proposé
d’accroître ses États de tout l’Électorat<sup>[^5]</sup>,
ce qui toutefois me rendait plus difficile la paix avec l’Angleterre.
Je n’y ai mis aucune clause, puisque je laissais Votre Majesté
maîtresse de ne se déclarer qu’un an après. Depuis, j’ai
consenti à lui donner le Hanovre en dépôt, et si toutes les
conditions n’ont point eu son assentiment, Sire, elles n’ont
point été imaginées ; elles sont, mot pour mot, les propres
propositions de votre ministre, comme le constatent les dépêches de
M. Laforest<sup>[^6]</sup>,
il y a trois mois. Il est vrai qu’alors je n’avais qu’une
guerre maritime à soutenir ; que, depuis, une coalition continentale
s’est déclarée contre moi ; mais je comptais sur la générosité
de Votre Majesté, qui ne voudrait pas profiter de circonstances que
l’ambition de la Russie, qui pèse tant sur ses voisins, a seule
fait naître. D’ailleurs ces conditions n’étaient point un
ultimatum. </font>
</p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Tout ce qui
m’offrira les moyens de regagner l’amitié et la confiance de
Votre Majesté, je suis prêt à le faire. Mais, Sire, je vous
conjure d’écouter, non uniquement la voix de mes ennemis, et,
j’ose le dire, de ceux de la Prusse, mais un sentiment que je me
flatte que Votre Majesté conserve encore dans son cœur pour moi.
Qu’elle ne me mette pas, moi et mon peuple, dans la cruelle
nécessité de n’avoir aucun refuge entre son inimitié et le
déshonneur. Mes drapeaux ne sauraient supporter la honte. Il n’est
aucun Français qui ne préfère la mort. Votre Majesté peut, par
ses résolutions actuelles, puissamment aider les armées russes ;
mais, j’ose le dire à Votre Majesté, les conséquences en seront
funestes pour toute l’Europe, et surtout pour les voisins de la
Russie. </font>
</p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Cette
lettre, Votre Majesté verra que c’est mon cœur qui l’a dictée
; je désire qu’il n’y ait rien qui l’offense, étant écrite
dans le but de lui plaire. Sur ce, je prie Dieu, Monsieur mon Frère,
qu’il veuille tenir Votre Majesté en sa sainte et digne garde<sup>[^7]</sup>.<sup>[^8]</sup></font></p><p><br/>
</p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Votre bon
Frère,</font></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3>
[^1]: En date du 5 octobre.
[^2]: Maximilien IV Joseph.
[^3]: Les « marquisats » (margraviats) d’Ansbach et Bayreuth en Franconie, devenus prussiens en 1792, n’étaient pas contigus au reste du royaume.
[^4]: Il venait de violer à son tour leur neutralité pour échapper à la poursuite française.
[^5]: De Hanovre.
[^6]: Ministre de Prusse à Berlin.
[^7]: <span></span> La minute de cette pièce porte en marge : <i>On ignore si cette
lettre a été envoyée</i>.
[^8]: Minute, Archives nationales, AF IV 867, brumaire an XIV, n° 14.</body> |
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