| identifiant | CG5-10919.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1805/10/02 00:00 |
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| titre | Napoléon à Didelot, ministre de France en Wurtemberg |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG5</i> - 10919. - </b>À Didelot, ministre de France en Wurtemberg</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Ettlingen, 10 vendémiaire an XIV [2 octobre
1805]</h2><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Monsieur
Didelot, j’ai reçu votre lettre. Vous avez eu tort de faire
vis-à-vis du maréchal Ney la démarche que vous avez faite<sup>[^1]</sup>.
Vous avez en cela compromis votre caractère et vous vous êtes
exposé à ce qui vous est arrivé. Vous vous êtes mêlé des
affaires de guerre, qui ne sont pas de votre compétence et le
maréchal Ney, en vous traitant mal, vous a rendu service. Ce qu’il
vous a dit est juste, car mes officiers pour la guerre et mes
officiers pour la paix n’ont rien de commun entre eux. Leurs
fonctions sont très distinctes, et ils ne parlent pas même la même
langue. </font>
</p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Il y a
plusieurs jours que j’ai passé le Rhin et je n’ai pas entendu
parler de traité d’alliance avec l’électeur de Wurtemberg<sup>[^2]</sup>,
ni qu’aucun traité eût été signé avec lui ; au surplus,
un traité n’est rien sans ma ratification. Non seulement
l’Électeur ne m’a rien fait dire, mais il a laissé envahir son
pays par l’ennemi, et le maréchal Ney est arrivé sur Stuttgart,
en marche et par manœuvre de guerre. Cependant 7 ou 800 hussards
ennemis ne devaient pas en imposer à l’électeur de Wurtemberg et,
si son territoire eût été préservé intact par lui, je n’eusse
pas permis que nos troupes y arrivassent avant d’avoir fait faire
les notifications d’usage, dont j’ai été dispensé par la
présence des ennemis. L’esprit de la guerre ne comporte aucune
modification, et certes je ne ratifierai pas un traité dans lequel
mon allié m’interdirait de séjourner dans tel ou tel point de ses
États, à moins qu’on n’ajoute la clause : « autant que les
circonstances ne s’y opposeraient pas », car, en cas de
bataille devant Stuttgart et que la position fût importante, on ne
la laisserait pas occuper par l’ennemi. </font>
</p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Le métier
d’un ministre est un métier de circonspection, surtout dans les
circonstances compliquées du moment actuel. L’Électeur m’a
écrit, le maréchal Berthier, comme major général, a répondu dans
le sens de la présente. Vous remettrez une note au ministre de
l’Électeur, pour lui faire connaître que son territoire ayant été
violé par les Autrichiens, mes troupes y sont entrées ayant devant
elles les patrouilles ennemies, et qu’aucun traité n’existait. </font>
</p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">M. de
Talleyrand vous a envoyé un projet de traité : n’en sortez
pas, car vous seriez désavoué<sup>[^3]</sup>.
Vous verrez l’Électeur, vous lui ferez sentir qu’il a tort et
que, s’il eût montré contre l’Autriche autant de fermeté qu’il
en a montrée contre le maréchal Ney, de misérables patrouilles
n’auraient pas parcouru son territoire. Alors, il eût eu raison de
se plaindre si j’eusse traversé son pays sans m’entendre avec
lui. Expliquez-vous-en dans le même sens avec tout le corps
diplomatique, et, par votre contenance, ne me faites pas avoir tort
quand j’ai raison. C’est à vous à vous blâmer vous-même
hautement et vous pourrez le faire en disant que vous saviez très
bien que le maréchal Ney ne ferait rien de ce que vous demandiez,
mais que par égard vous avez voulu poussr jusqu’à l’excès
l’esprit de conciliation qui vous caractérise etc.<sup>[^4]</sup></font></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3>
[^1]: Didelot avait écrit à Ney pour lui demander d’exempter Stuttgart et Ludwigsburg du logement des troupes, « afin d’éviter à un prince ami et allié de Sa Majesté un désagrément qui paraît devoir lui être sensible ». Or, aucune alliance n’avait encore été conclue entre la France et le Wurtemberg, et le maréchal avait rabroué vertement le diplomate.
[^2]: <span></span> Frédéric I<sup>er</sup>.
[^3]: Le traité sera signé le 5 octobre.
[^4]: Expédition, collection privée.</body> |
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