CG1-1454.md

identifiantCG1-1454.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1797/03/17 00:00
titreNapoléon au Directoire exécutif
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 1454. - </b>Au Directoire exécutif</h1><p style="text-align: center"><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Valvasone, 27 ventôse an V [17 mars 1797]</h2><p><br/> </p><p>Depuis la bataille de Rivoli, citoyens Directeurs, l’armée d’Italie occupait les bords de la Piave et de l’Avisio ; l’armée de l’Empereur, commandée par le prince Charles, occupait l’autre rive de la Piave, avec son centre placé derrière le Cordevole, et appuyait sa droite à l’Adige, du côté de Salurn[^1].</p><p>Le 20, au matin, la division du général Masséna se rend à Feltre ; l’ennemi à son approche, évacue la ligne du Cordevole, et se porte sur Bellune.</p><p>La division du général Sérurier[^2] se porte à Asolo ; elle est assaillie par un temps horrible ; mais le vent et la pluie, à la veille d’une bataille, ont toujours été pour l’armée d’Italie un présage de bonheur.</p><p>Le 22, à la pointe du jour, la division passe la Piave vis-à-vis le village de Vidor. Malgré la rapidité et la profondeur de l’eau, nous ne perdons qu’un jeune tambour. Le chef d’escadron Lasalle[^3], à la tête d’un détachement de cavalerie, et l’adjudant général Leclerc, à la tête de la 21<sup>e</sup> d’infanterie légère, culbutent le corps ennemi qui voulait s’opposer à notre passage, et se portent rapidement à San Salvatore ; mais l’ennemi, au premier avis du passage, a craint d’être cerné et a évacué son camp de Campana.</p><p>Le général Guieu, à deux heures après midi, passe la Piave à l’Ospedaletto, et arrive le soir à Conegliano. Un soldat, entraîné par le courant, est sur le point de se noyer ; une femme de la 51<sup>e</sup> se jette à la nage et le sauve ; je lui ai fait présent d’un collier d’or, auquel sera suspendue une couronne civique avec le nom du soldat qu’elle a sauvé.</p><p> Notre cavalerie, dans cette journée, rencontre plusieurs fois celle de l’ennemi et a toujours l’avantage ; nous prenons 80 hussards.</p><p>Le 23, le général Guieu, avec sa division, arrive à Sacile, tombe sur l’arrière-garde ennemie, et, malgré l’obscurité de la nuit, lui fait 100 prisonniers. Un corps de hussards demande à capituler ; le citoyen Siabeck[^4], chef d’escadron, s’avance et reste mort. Le général Dugua, commandant la réserve, est légèrement blessé.</p><p>Cependant la division du général Masséna, arrivée à Bellune, poursuit l’ennemi, qui s’est retiré du côté de Cadore, enveloppe son arrière-garde, fait 700 prisonniers, parmi lesquels 100 hussards, un colonel et le général Lusignan, qui commandait tout le centre. Le 10<sup>e</sup> régiment de chasseurs se distingue comme à son ordinaire. M. de Lusignan s’est couvert d’opprobre par la conduite qu’il a tenue à Brescia envers nos malades[^5] ; j’ordonne qu’il soit conduit en France, sans pouvoir être échangé.</p><p>Le 26[^6], la division du général Guieu part de Pordenone à cinq heures du matin ; celle du général Bernadotte part de Sacile à trois heures du matin ; celle du général Sérurier part de Pasiano à quatre heures du matin ; toutes se dirigent sur Valvasone[^7].</p><p>La division du général Guieu dépasse Valvasone et arrive sur le bord du Tagliamento à onze heures du matin. L’armée ennemie est retranchée de l’autre côté de la rivière, dont elle prétend nous disputer le passage. Mon aide de camp, le chef d’escadron Croisier, va, à la tête de 25 guides, le reconnaître jusqu’aux retranchements ; il est accueilli par la mitraille.</p><p>La division du général Bernadotte arrive à midi ; j’ordonne sur-le-champ au général Guieu de se porter sur la gauche, pour passer la rivière à la droite des retranchements ennemis, sous la protection de douze pièces d’artillerie ; le général Bernadotte doit la passer sur la droite. L’une et l’autre de ces divisions forment leurs bataillons de grenadiers, se rangent en bataille, ayant chacune une demi-brigade d’infanterie légère en avant, soutenue par deux bataillons de grenadiers et flanquée par la cavalerie. L’infanterie légère se met en tirailleurs. Le général Dommartin à la gauche et le général Lespinasse à la droite font avancer leur artillerie, et la canonnade s’engage avec la plus grande vivacité. J’ordonne que chaque demi-brigade ploie en colonne serrée, sur les ailes de son deuxième bataillon, ses premier et troisième bataillon.</p><p>Le général Duphot, à la tête de la 27<sup>e</sup> d’infanterie légère, se jette dans la rivière[^8] ; il est bientôt de l’autre côté. Le général Bon le soutient avec les grenadiers de la division Guieu. Le général Murat fait le même mouvement sur la droite, et est également soutenu par les grenadiers de la division Bernadotte. Toute la ligne se met en mouvement, chaque demi-brigade par échelons, des escadrons de cavalerie en arrière des intervalles. La cavalerie ennemie veut plusieurs fois charger notre infanterie, mais sans succès ; la rivière est passée, et l’ennemi partout en déroute. Il cherche à déborder notre droite avec sa cavalerie et notre gauche avec son infanterie ; j’envoie le général Dugua et l’adjudant général Kellermann à la tête de la cavalerie de la réserve ; aidés par notre infanterie commandée par l’adjudant général Mireur[^9], ils culbutent la cavalerie ennemie et font prisonnier le général qui la commande.</p><p>Le général Guieu fait attaquer le village de Gradisca, et, malgré les ombres de la nuit, s’en empare et met l’ennemi dans une déroute complète ; le prince Charles n’a que le temps de se sauver.</p><p>La division du général Sérurier, à mesure qu’elle arrive, passe la rivière et se met en bataille pour servir de réserve.</p><p>Nous avons pris à l’ennemi, dans cette journée, six pièces de canon, un général, plusieurs officiers supérieurs, et fait quatre ou cinq cents prisonniers. La promptitude de notre déploiement et de notre manœuvre, la supériorité de notre artillerie épouvantèrent tellement l’armée ennemie, qu’elle ne tint pas et profita de la nuit pour fuir.</p><p>L’adjudant général Kellermann a reçu plusieurs coups de sabre en chargeant à la tête de la cavalerie avec son courage ordinaire.</p><p>Je vais m’occuper de récompenser les officiers qui se sont distingués dans ces différentes affaires.[^10]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Bonaparte</i></h3> [^1]: En italien : Salorno. [^2]: Jean Mathieu Philibert Sérurier, 1742-1819, infatigable soldat, général de division en 1795, il participe à la campagne d’Italie. [^3]: Charles comte de Lasalle (1775-1809), sous-lieutenant de cavalerie (1786), démissionnaire (1792) puis volontaire (1794), il est chef d’escadron au moment de la campagne d’Italie. [^4]: Siabeck, chef d’escadron à l’armée d’Italie, tué quelques jours après la bataille de Rivoli. [^5]: Les malades français ont été brutalisés. [^6]: C’est ce 26 ventôse an V [16 mars 1797], que l’armée d’Italie force le passage du Tagliamento. [^7]: C’est là que l’archiduc Charles a concentré entre 15 et 20 000 hommes. [^8]: La profondeur du Tagliamento est très faible. [^9]: François Mireur (1770-1798), chef de brigade (1795) puis général de brigade à la division Bernadotte, il passe avec son chef à l’armée d’Italie en janvier 1797. [^10]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er </i></sup><i>publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 1589, d’après le dépôt de la Guerre.</body>
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