CG5-10742.md

identifiantCG5-10742.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1805/09/04 00:00
titreNapoléon au vice-amiral Decrès, ministre de la Marine et des Colonies
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG5</i> - 10742. - </b>Au vice-amiral Decrès, ministre de la Marine et des Colonies</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Malmaison, 17 fructidor an XIII [4 septembre 1805]</h2><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Monsieur Decrès, je vous renvoie vos lettres<sup>[^1]</sup>. L’amiral Villeneuve vient de combler la mesure ; il donne, à son départ de Vigo, l’ordre au capitaine Allemand d’aller à Brest, et vous écrit que son intention est d’aller à Cadix. Cela est certainement une trahison. Voilà l’escadre d’Allemand fortement compromise, qui va errer plusieurs mois sur les mers. Cela n’a plus de nom. Faites-moi un rapport sur toute l’expédition. Villeneuve est un misérable qu’il faut chasser ignominieusement. Sans combinaisons, sans courage, sans intérêt général, il sacrifierait tout pourvu qu’il sauve sa peau. </font> </p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Car enfin, le 26 thermidor, il était encore aux atterrages du Ferrol ; il savait que le capitaine Allemand devait être, le 25, à Vigo : il devait donc considérer la jonction comme faite. Bien loin de là, il vous écrit, le 26, qu’il va à Cadix, et, le 26, il laisse courir les dépêches qu’il avait faites avant, dans lesquelles il dit qu’il va à Brest, et compromet ainsi le salut d’une escadre aussi considérable que celle du capitaine Allemand, comme il a perdu par sa faute et sa lâcheté cette pauvre <i>Didon</i><sup>[^2]</sup><i>.</i> Je suis obligé de reconnaître, après cela, que Missiessy est un héros<sup>[^3]</sup>. </font> </p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Rien n’est comparable à l’ineptie de Villeneuve. Je désire avoir un rapport sur toutes ses opérations. </font> </p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">1<sup>o</sup> Il a pris une peur panique et n’a point débarqué à la Martinique et à la Guadeloupe le 67<sup>e</sup> et les troupes que l’amiral Magon avait à bord. </font> </p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">2<sup>o</sup> Il a exposé nos colonies, en ne renvoyant que par quatre frégates 1 200 hommes de l’élite des garnisons. </font> </p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">3<sup>o</sup> Il s’est lâchement comporté dans le combat du 3, en ne réattaquant pas une escadre dégréée, qui avait deux vaisseaux à la traîne<sup>[^4]</sup>. </font> </p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">4<sup>o</sup> Arrivé au Ferrol, il a laissé la mer à l’amiral Calder, quand il attendait une escadre de 5 vaisseaux, et n’a point croisé devant le Ferrol jusqu’à l’arrivée de cette escadre. </font> </p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">5<sup>o</sup> Il a été instruit que l’escadre voyait des vaisseaux ennemis mener la frégate <i>L</i><i>a Didon</i> à la remorque, et il n’a point fait chasser ces vaisseaux pour dégager la frégate. </font> </p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">6<sup>o</sup> Il est parti le 26, et, au lieu de venir sur Brest, il s’est dirigé sur Cadix, violant ainsi ses instructions positives. </font> </p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Enfin il a su que l’escadre du capitaine Allemand devait venir le 25 thermidor à Vigo prendre des ordres, et, le 26, il a appareillé du Ferrol, sans donner de nouveaux ordres à cette escadre, lui ayant, au contraire, fait remettre au Ferrol des instructions tout opposées qui compromettent cette escadre, puisqu’elle avait ordre de se rendre à Brest, tandis que lui, Villeneuve, allait à Cadix.<sup>[^5]</sup></font></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3> [^1]: Cette phrase est absente de la minute. [^2]: <span></span><i>La Didon</i> avait été prise le 10 août par le<i> Phoenix</i>. [^3]: Missiessy était revenu à Rochefort après avoir attendu en vain Villeneuve aux Antilles. Cela lui avait valu d’être disgracié. [^4]: Lors de la bataille du cap Finisterre (22 juillet). [^5]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 9179, d’après l’expédition communiquée par la duchesse Decrès. Minute, Archives nationales, AF IV 867, fructidor an XIII, n° 124 bis.</body>