CG5-10604.md

identifiantCG5-10604.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1805/08/19 00:00
titreNapoléon au pape Pie VII
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG5</i> - 10604. - </b>Au pape Pie VII</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Pont-de-Briques, 1<sup>er</sup> fructidor an XIII [19 août 1805]</h2><p style="text-indent: 1.25cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Très saint Père, je reçois la lettre de Votre Sainteté, du 31 juillet. Je vois avec peine qu’elle a du chagrin, et qu’elle croit avoir à se plaindre des différents règlements émanés de moi pour l’organisation du clergé de mon royaume d’Italie. Mon intention a été de faire tout pour le mieux. Me serais-je trompé ? C’est ce que me ferait penser la lettre de Votre Sainteté ; mais lorsqu’elle sera bien instruite de la situation des affaires ecclésiastiques du royaume d’Italie, elle me rendra la justice de penser que tout ce que j’ai fait a été pour le bien de la religion. Très saint Père, je l’ai dit quelquefois à Votre Sainteté, la cour de Rome est trop lente, et suit une politique qui, bonne dans des siècles différents, n’est plus adaptée au siècle où nous vivons.</font></p><p style="text-indent: 1.25cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Je prie Votre Sainteté de bien se pénétrer de l’esprit qui anime mes peuples d’Italie, et des circonstances où se trouve l’Église de cette partie si importante de la chrétienté. Les séminaires étaient tous dépouillés ; il n’en existait pas un de doté dans le royaume : j’ai cru remplir le vœu de Votre Sainteté et le premier devoir de ma conscience en les redotant. Je ne puis craindre d’avoir encouru, dans cette circonstance, la désapprobation de Votre Sainteté.</font></p><p style="text-indent: 1.25cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">L’évêché de Brescia n’avait plus un sou et était dans la plus profonde misère ; il était dans les projets et dans les intentions du pays de réduire les autres évêchés à un maximum de 20 000 livres de rente. J’ai pensé devoir, pendant le temps que j’étais en Italie, assurer le sort du clergé. J’ai laissé à l’archevêché de Milan un revenu de 150 000 livres, aux autres archevêchés et évêchés, tout ce qu’ils avaient, et je leur ai accordé des suppléments convenables. Je n’ai recueilli que des expressions de gratitude et d’aise de la part de tout le clergé. Je ne crois pas avoir encore rien fait en cela qui puisse déplaire au Saint-Siège.</font></p><p style="text-indent: 1.25cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Les biens des fabriques étaient insuffisants ; je les ai partout augmentés. J’ai cru encore en cela remplir les intentions de Votre Sainteté.</font></p><p style="text-indent: 1.25cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Enfin, la plupart des couvents étaient désorganisés, et tous étaient sous le coup d’une suppression imminente : je les ai réorganisés, et, en voulant qu’ils continuent à exister, j’ai donné tort à l’esprit de philosophie du temps, et consacré le principe de l’utilité des maisons religieuses. Il est donc impossible encore que, sous ce point de vue, Votre Sainteté ne sente pas que j’ai fait une chose utile à la religion. Tous les chapitres étaient dépouillés ; les chanoines mêmes de Milan n’avaient que 800 livres : je les ai reconstitués, et plusieurs ont 3 000 livres. J’ai reçu des remerciements de tous les chapitres, et j’ai repassé les Alpes avec le sentiment que j’avais réassis les établissements religieux de mon royaume, et consolidé la piété des peuples.</font></p><p style="text-indent: 1.25cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Que Votre Sainteté juge donc de la peine que j’ai dû éprouver à la lecture de sa lettre ! Toutes les dotations que les différents établissements du clergé d’Italie avaient en biens, je les leur ai laissées. Tout ce que je leur ai donné en supplément, l’a été en rentes ; cela était infaisable autrement. J’aurais mérité le reproche d’avoir manqué à l’esprit du concordat, si j’eusse pris les biens du clergé pour convertir en rentes sur l’État ce qu’ils possédaient en biens-fonds. Je ne mérite qu’un reproche, c’est d’avoir fait cela sans le concours du Saint-Siège. Mais n’ayant trouvé à Milan personne chargé de ses pouvoirs, sachant, par expérience, que le Saint-Siège mettrait trois ou quatre ans pour terminer les affaires ecclésiastiques d’Italie, et jugeant qu’elles allaient dépérir si je n’y portais point remède, j’ai cru qu’en faveur du motif Votre Sainteté passerait sur ces circonstances.</font></p><p style="text-indent: 1.25cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Il y a plus de dix chapitres d’églises collégiales qui ont été conservés. J’ai décidé, il est vrai, qu’il y aurait une réunion des couvents du royaume des différents ordres, mais c’est afin d’y établir un bon système et un bon ordre. Enfin, j’ai fait tout pour le mieux. L’Église a gagné des sommes considérables ; tout le clergé se trouve plus aisé et plus libre dans sa manière d’agir ; sa situation est véritablement améliorée. Je prie donc Votre Sainteté d’approuver ce que j’ai fait. Je donne pouvoir à M. le cardinal de Lyon<sup>[^1]</sup>, pour discuter ces différents objets avec les personnes que Votre Sainteté en chargera. Je me prêterai à toutes les modifications qui seront possibles, car ma première volonté est de lui plaire et de ne lui donner aucun sujet de chagrin et de mécontentement.</font></p><p style="text-indent: 1.25cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Que Votre Sainteté veuille observer qu’il est des principes qui, depuis Joseph II<sup>[^2]</sup>, ont été tellement ancrés dans les esprits à Milan, qu’il serait impossible de les faire revenir.</font></p><p style="text-indent: 1.25cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Quant aux paroisses, mon but a été de les rendre plus riches et les titulaires plus considérables. J’ai pris sur cette circonscription l’avis des archevêques et évêques, et j’ai pensé n’avoir pas besoin de recourir à Votre Sainteté. Comme je ne prétends pas être savant dans la législation ecclésiastique, ce que Votre Sainteté jugera nécessaire de faire sur ce point, j’y concourrai avec plaisir. Si j’avais voulu faire du tort à la religion, j’aurais laissé les choses comme elles étaient, et j’aurais dû être convaincu que l’esprit philosophique du siècle aurait dégradé et bientôt ruiné tous les établissements religieux. Je me trouve donc désagréablement affecté qu’après que j’ai posé une borne et fait tout à la satisfaction du clergé, Votre Sainteté soit mécontente de moi. Si Votre Sainteté a été bien informée, elle saura qu’on a trouvé en Italie que j’avais trop fait pour le clergé.</font></p><p style="text-indent: 1.25cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Je prie Votre Sainteté de croire au désir que j’ai de la voir heureuse et contente, et à l’intention bien formelle où je suis de ne lui donner aucun sujet de chagrin et de mécontentement.</font></p><p style="text-indent: 1.25cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Sur ce, je prie Dieu qu’il vous conserve, Très saint Père, longues années au régime et gouvernement de notre mère la sainte Église.</font></p><p style="text-indent: 1.25cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Votre dévot fils, l’Empereur des Français, Roi d’Italie,<sup>[^3]</sup></font></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Napoléon</i></h3> [^1]: Fesch [^2]: L’Empereur Joseph II avait sécularisé de nombreux monastères, y compris en Lombardie. [^3]: Expédition, Archivio Segreto Vaticano, Segretario di Stato, Epoca Napoleonica, Francia, VIII, fol. 133.</body>
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