CG5-10553.md

identifiantCG5-10553.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1805/08/12 00:00
titreNapoléon à Talleyrand, ministre des Relations extérieures
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG5</i> - 10553. - </b>À Talleyrand, ministre des Relations extérieures</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">La Tour d’Ordre, 24 thermidor an XIII [12 août 1805]</h2><p style="text-indent: 1.25cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Monsieur de Talleyrand, vous communiquerez à M. de Cobenzl<sup>[^1]</sup> la lettre de M. Otto<sup>[^2]</sup> et vous la lui laisserez lire tout entière. Vous lui direz que vous ne pouvez que vous en référer aux notes que vous lui avez remises ; qu’on ne peut plus aller plus loin ; que j’attends une réponse catégorique, sans quoi je ferai entrer des troupes en Suisse, et je lèverai mes camps des côtes de l’Océan ; que je ne puis plus m’accommoder de paroles ; que je ne veux pas de camp dans le Tyrol ; qu’il faut que les troupes autrichiennes rentrent dans leurs garnisons ; sans quoi je commence la guerre. Vous lui ferez voir également les deux lettres de Venise, de Trieste, et une du maréchal Jourdan<sup>[^3]</sup> que je vous envoie. Dites à M. de Cobenzl que, si l’on veut la guerre, ce qui se fait est bien et convenable ; si on ne la veut pas, c’est un piège qu’on tend à l’empereur pour le porter à la commencer le plus tôt possible.</font></p><p style="text-indent: 1.25cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">M. Taylor<sup>[^4]</sup> est hors des États de Hesse-Kassel ; c’est tout ce que j’ai le droit de demander. Il s’est retiré chez un petit prince voisin<sup>[^5]</sup> ; faites-le poursuivre là, et faites présenter par mon ministre dans cette résidence des notes pour demander son éloignement, se fondant sur la déclaration de lord Hawkesbury<sup>[^6]</sup> et sur les complots et les intrigues tramés par cet agent anglais<sup>[^7]</sup>. Faites connaître à la cour de Hesse-Kassel, par mon ministre<sup>[^8]</sup>, que j’ai appris avec plaisir la retraite du sieur Taylor de l’électorat ; que j’espère qu’il n’y rentrera plus<sup>[^9]</sup> ; que je ne puis reconnaître qu’une sorte de neutralité, mais une neutralité bonne et franche ; qu’il n’y a pas de neutralité dans un pays où l’on tolère un individu qui fabrique des armes, trame des intrigues et des complots et s’y trouve autorisé par son gouvernement.</font></p><p style="text-indent: 1.25cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Vous direz à M. de Lucchesini<sup>[^10]</sup> en deux mots que le post-scriptum de la lettre qu’il vous a communiquée m’a fort déplu ; qu’il ne faudrait pas que le roi de Prusse et moi nous nous méprenions ; que je serai toujours disposé à faire ce qu’il désirera, mais que je ne sais point ce que c’est que des menaces, et qu’il y en a dans ce post-scriptum ; que j’ai des embarras avec la Russie, peut-être même avec l’Autriche, mais qu’il ne faudrait point penser que ma position à l’égard de ces puissances pût autoriser même mon meilleur ami à me faire faire une chose honteuse ; que cela est ridicule ; qu’il était plus simple de laisser chasser Taylor, comme on l’a fait en Hesse-Kassel, et de ne plus parler d’une bêtise comme celle-là<sup>[^11]</sup>. Vous ferez connaître à M. Bignon que je suis content des démarches qu’il a faites ; qu’il doit reprendre son ton ordinaire ; mais que si Taylor retourne à Kassel, il doit en partir sur-le-champ.</font></p><p style="text-indent: 1.25cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Je vous renvoie la note à remettre à M. de Cobenzl ; j’y ai ajouté quelques mots de ma main.<sup>[^12]</sup></font></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3> [^1]: Ambassadeur d’Autriche à Paris. [^2]: Ministre de France en Bavière. [^3]: Commandant l’armée d’Italie. [^4]: Diplomate anglais impliqué dans le réseau d’espionnage dirigé par Drake. [^5]: En réalité à Driburg, en territoire prussien. [^6]: Ministre anglais. [^7]: Taylor. [^8]: Bignon. [^9]: En réalité, si Taylor était bien parti de Kassel le 3 août, il revint dès le 11 août. [^10]: Ministre de Prusse en France. [^11]: Le roi de Prusse avait pris la défense de Taylor, se disant persuadé qu’il était innocent. [^12]: <span></span><span lang="de-DE"> August Fournier, </span><span lang="de-DE"><i>Zur Textkritik der Korrespondenz Napoleons I.</i></span><span lang="de-DE">, Wien, 1903, n° 42 d’après l’expédition conservée au Wiener Staatsarchiv. </span>Copie d’expédition, Archives du ministère des Affaires étrangères, Mémoires et documents, France, vol. 1776, fol. 12.</body>