| identifiant | CG5-10548.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1805/08/11 00:00 |
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| titre | Napoléon à Lebrun, architrésorier de l’Empire, gouverneur général des départements de Gênes, de Montenotte et des Apennins |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG5</i> - 10548. - </b>À Lebrun, architrésorier de l’Empire, gouverneur général des départements de Gênes, de Montenotte et des Apennins</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Pont-de-Briques, 23 thermidor an XIII [11 août
1805]</h2><p style="text-indent: 1.25cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Mon
cousin, j’ai vu avec peine votre arrêté qui défend la levée des
matelots à Gênes<sup>[^1]</sup>.
C’est sans doute une manière de se rendre très populaire, mais
c’en est une aussi de nuire au bien du service. Je n’ai réuni
Gênes que pour avoir des matelots, et, cependant, les trois seules
frégates que j’ai dans ce port ne sont pas armées. En acceptant
Gênes et en l’admettant à tous les immenses avantages qui
résultent pour elle de sa réunion à mon Empire, je n’y ai été
porté ni par l’argent que je puis en tirer, ni par les forces et
l’accroissement qu’elle donne à mes armées de terre : je n’ai
eu qu’un seul but, avoir 15 000 matelots de plus. C’est donc
agir en sens contraire de l’esprit de l’acquisition de Gênes que
de prendre un arrêté qui désavoue la levée des matelots. Je ne
sache rien de plus impolitique que cette mesure. Si l’on s’était
conduit ainsi en Piémont, on n’aurait jamais eu de conscrits.
Gênes ne sera française que lorsqu’elle aura 6 000 hommes à
bord de mes escadres.</font></p><p style="text-indent: 1.25cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Je
désire donc que vous vous occupiez sérieusement d’avoir des
matelots ; que vous fassiez sentir, par une circulaire, que
c’est là la seule espèce de secours dont peuvent m’être les
Génois. Enfin, cet objet doit être le sujet le plus constant de
toutes vos sollicitudes. Encore une fois, ce ne sera que quand
j’aurai des matelots à bord de mes bâtiments que ce peuple se
trouvera entièrement francisé. Que voulez-vous que je fasse de 225
jeunes gens de douze à vingt ans ? J’en abonde en France : c’est
de vieux matelots que j’ai besoin. Je ne puis être de votre avis,
qu’on ne peut rien attendre de matelots faits ; qu’ils ne
sont bons que pour le cabotage, et que les expéditions armées leur
font peur : eh bien, il faut leur faire plus de peur que ne leur en
feraient les expéditions armées.</font></p><p style="text-indent: 1.25cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Je
crains bien que vous ne vous soyez conduit dans votre administration,
sur un point si important, par la crainte de mécontenter les
Génois ; n’en craignez rien. Bon gré ou mal gré, il faut
qu’ils aillent sur mes vaisseaux, sans quoi on me poussera à des
mesures extrêmes qui intercepteront leur cabotage jusqu’à ce que
j’aie le nombre de matelots dont j’ai besoin. Vous êtes mal
instruit, et c’est me supposer bien ignorant de la situation du
peuple de Gênes que de croire qu’il ne me sera bon à rien. Avec
de la faiblesse, on ne gouverne point les peuples, et on attire sur
eux des malheurs ; je crains que vous n’en montriez plus que
votre caractère n’en est susceptible.</font></p><p style="text-indent: 1.25cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Avez-vous
espéré gouverner des peuples sans les mécontenter d’abord ? Que
feriez-vous donc en France, si vous étiez chargé de faire marcher
la conscription du Calvados, des Deux-Sèvres, ou de tel autre
département ? Vous savez bien qu’en fait de gouvernement, justice
veut dire force comme vertu. Quant à ceux qui disent que cela
mécontenterait les Génois et les pousserait à se mal conduire, ce
n’est pas à moi que ce langage s’adresse ; je sais ce
qu’ils pèsent et ce qu’ils valent. Serais-je déjà assez
décrépit pour qu’on pût me faire peur du peuple de Gênes ? La
seule réponse à cette dépêche, c’est des matelots et des
matelots. Vous connaissez assez la promptitude de mes résolutions
pour savoir que cela ne diminuera en rien l’estime et l’amitié
que je vous porte. Ne voyez dans votre administration, ne rêvez que
des matelots. Dites tout ce que vous voudrez de ma part, j’y
consens ; mais dites que je veux des matelots.<sup>[^2]</sup></font></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3>
[^1]: Lebrun est à Gênes pour introduire le système français en Ligurie.
[^2]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée
par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 9064, d’après l’expédition communiquée par le duc de Plaisance. Minute, Archives nationales, AF IV 867, thermidor an XIII, n° 102.</body> |
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