CG5-10362.md

identifiantCG5-10362.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1805/06/28 00:00
titreNapoléon au vice-amiral Decrès, ministre de la Marine et des Colonies
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG5</i> - 10362. - </b>Au vice-amiral Decrès, ministre de la Marine et des Colonies</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Plaisance, 9 messidor an XIII [28 juin 1805]</h2><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Monsieur Decrès, je reçois votre courrier et vos lettres de la Guadeloupe. Je vous prie de me rassurer par votre premier courrier, et de me dire si Villaret<sup>[^1]</sup> sait quelque chose du but de l’expédition, car je tremble que les Anglais soient instruits de tout par ce canal.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Il paraît bien positivement que Villeneuve sera arrivé le 16 floréal à la Martinique ; il devait y rester quarante jours ; il a donc dû en partir le 25 prairial<sup>[^2]</sup>. Mais Magon est parti le 11 floréal, il a dû arriver le 11 prairial, et certainement avant le 20 ; Magon lui porte l’ordre de rester trente-cinq jours ; il devrait donc en partir au 20 messidor ; et, en cas que Magon fût intercepté, <i>La Didon</i>, qui est partie le 13 floréal, porte le même ordre. <i>La Topaze</i>, qui est partie le 25 floréal, sera arrivée le 25 prairial ; elle lui porte l’ordre de ne rester que vingt jours après l’arrivée de Magon, c’est-à-dire jusqu’au 5 messidor. Ainsi l’amiral Villeneuve partirait du 5 messidor ; mais <i>La Présidente</i>, partie le 1<sup>er</sup> prairial, lui porte l’ordre de partir sur-le-champ ; <i>La Présidente</i> arrivera au 1<sup>er</sup> messidor. <i>Le Département-des-Landes</i><sup>[^3]</sup>, parti le 3 prairial, lui porte le même ordre. On ne peut donc former aucun doute, et il n’y a pas moralement de chances pour que Villeneuve ne parte pas du 1<sup>er</sup> au 10 messidor. Il mettra un mois pour son retour ; je ne le compte donc que du 1<sup>er</sup> au 10 thermidor devant le Ferrol<sup>[^4]</sup>, du 10 au 20 devant Brest, et du 20 au 30 devant Boulogne.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Voyons actuellement ce qu’il y a contre nous. Il n’y a que 18 vaisseaux devant Brest, 6 devant Rochefort, et 8 devant le Ferrol ; on ne sait pas ce qu’il y a dans la Méditerranée ; de très sûr, il n’y a que 4 vaisseaux. Il nous manque des connaissances de Nelson et de Collingwood ; Nelson et Collingwood étaient ensemble le 25 floréal, sur les côtes d’Espagne, avec 17 vaisseaux de guerre ; ils sont partis : on n’en a réellement depuis aucune nouvelle. S’ils ont été ensemble, ils sont arrivés le 26 prairial devant Surinam, et le 1<sup>er</sup> messidor à La Barbade. Si alors ils se sont présentés devant la Martinique, ils ont trouvé notre escadre composée de 14 vaisseaux français et de 6 vaisseaux espagnols. Si je ne me trompe, messidor commence déjà l’hivernage. Nelson aura fait une de ces deux choses : il aura cherché à se rallier à quelque escadre<sup>[^5]</sup>, et Villeneuve sera parti ; ou, dès que Villeneuve aura appris l’arrivée de Nelson dans ses parages, il sera encore parti. Mais il est difficile de croire que, sans aucune nouvelle, les Anglais aient expédié 17 vaisseaux de guerre aux Indes occidentales, tandis que Nelson, devant se joindre avec ses 10 vaisseaux à Cochrane qui en a 6, et aux 3 qui sont à la Jamaïque, se fait une force de 19 vaisseaux qui lui donne la supériorité sur notre escadre, et que Collingwood, parti avec 8 vaisseaux pour les Grandes Indes, en trouve là 9 qui lui donnent une force de 17 vaisseaux, qui, avec les vaisseaux d’escorte, lui donnent encore la supériorité sur notre escadre ; il est, dis-je, difficile de penser que, lorsque l’ennemi a ainsi des chances de se trouver maître partout, il ait à l’aveuglette abandonné les Grandes Indes. Enfin il y a une autre observation. Si les deux escadres anglaises réunies ont été en Amérique, elles auront passé au Cap Vert, et n’arriveront que le 5 messidor, c’est-à-dire, mettant quarante jours dans la traversée. Si, au contraire, Nelson était seul, il aura été sans hésiter et sans chercher aucun renseignement. Alors que fera-t-il avec 10 vaisseaux ? Il perdra huit ou dix jours à se réunir à Cochrane, et pendant ce temps-là Villeneuve partira, et l’ennemi se trouvera affaibli, au moment des combats, des escadres de Nelson et de Cochrane. Il est certain que Nelson était peu approvisionné ; il a dû mouiller sur la côte d’Afrique pour faire de l’eau. Ses équipages étaient très fatigués ; il a débarqué à Gibraltar tous ses malades. Je crois ses équipages très incomplets, ce qui doit lui inspirer plus de prudence et de réserve. Mon opinion est que Nelson est parti et est allé en Amérique ; que Collingwood est parti et est allé aux Grandes Indes. Dans tous les cas, nous devons avoir tous les jours de nouvelles données.</font></p><p> <font size="3" style="font-size: 12pt">Enfin le but de Villeneuve est si difficile à deviner, que même Nelson, se ravitaillant à La Barbade, ne croira pas faire une si grande faute qu’il la fera en perdant trois ou quatre jours, puisque Villeneuve n’est pas attaquable dans la rade de la Martinique. Je compte Villeneuve parti pour se rendre au Ferrol, du 20 prairial au 10 messidor, avant que Nelson puisse paraître. Je hâterai mon arrivée de quelques jours, parce que je pense que l’arrivée de Nelson en Amérique pourrait pousser Villeneuve à partir pour le Ferrol. Nelson avec 10 seuls vaisseaux ne paraîtra pas devant la Martinique ; il s’arrêtera quelques jours à La Barbade, afin de méditer sa réunion avec Cochrane.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Voici mes données sur la situation des escadres anglaises : 18 vaisseaux devant Brest, 6 devant Rochefort, 8 devant le Ferrol, 4 dans la Méditerranée, 9 ou 10 de l’escadre de Nelson, 7 ou 8 de l’escadre de Collingwood.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Tous les renseignements présentent Nelson comme croisant sur le cap Saint-Vincent ; mais tout porte à penser que l’un et l’autre sont lancés. Dans cet état de choses, s’il est prouvé que Nelson et Collingwood sont lancés, et que Ganteaume trouvât jour à sortir, ne serait-il pas convenable de le faire sortir pour avoir l’air de menacer l’Irlande, mais, au lieu de cela, pour s’emmancher et se porter devant Boulogne ; ou bien de le faire aller devant le Ferrol se joindre aux 12 vaisseaux, et avec ces 33 vaisseaux entrer dans la Manche ? C’est un jeu mêlé, sans doute, mais qui nous sera toujours une ressource, s’il arrivait que Villeneuve fût bloqué ; d’autant plus que, dans ce cas, l’escadre de Brest sortie, on la croirait destinée pour la Martinique. Écrivez-en toujours à Ganteaume, en thème général, pour savoir ce qu’il en pense.<sup>[^6]</sup></font></p> [^1]: Villaret-Joyeuse. [^2]: Villeneuve est arrivé à la Martinique le 24 floréal (14 mai) et en est reparti le 20 prairial (9 juin). [^3]: Corvette de 20, offerte par le département des Landes (Bayonne 1803). [^4]: <span></span> Le 3 thermidor (22 juillet), la flotte franco-espagnole de Villeneuve affrontera en effet celle de Calder et Stirling au large du cap Ferrol (bataille des <i>Quinze-Vingt</i> pour les Français, du <i>Cap Finisterre</i> pour les Anglais). [^5]: Nelson, avec ses 10 vaisseaux, atteint La Barbade le 4 juin et fait sa jonction avec Cochrane qui n’a plus que 2 vaisseaux (les 4 autres sont retenus à la Jamaïque). [^6]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 8959, d’après l’expédition communiquée par la duchesse Decrès. Minute, Archives nationales, AF IV 867, messidor an XIII, n° 47.</body>