CG5-10359.md

identifiantCG5-10359.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1805/06/27 00:00
titreNapoléon au général Marmont, commandant du camp d’Utrecht
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG5</i> - 10359. - </b>Au général Marmont, commandant du camp d’Utrecht</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Parme, 8 messidor an XIII [27 juin 1805]</h2><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Monsieur le général Marmont, j’ai reçu votre lettre du 28 prairial. J’ai fait connaître mes intentions au ministre de la Marine<sup>[^1]</sup> ; mais, comme il pourrait ne point vous les expliquer avec tous les détails convenables, je pense devoir vous écrire directement, et je vous parlerai comme à un officier sur le secret et la confiance duquel j’ai le droit de compter entièrement. Les Anglais n’ont à Yarmouth que 3 vaisseaux d’un calibre plus fort que 64<sup>[^2]</sup>. J’ai besoin pour le bien de mes opérations d’en attirer davantage sur ce point. Voici ce que vous avez à faire. Passé le 15 messidor, mettez en marche les détachements de troupe qui doivent s’embarquer à bord des vaisseaux et frégates. Ils y seront arrivés le 20. Du 20 au 25, que quelques vaisseaux de ligne lèvent l’ancre et se rendent au point F de votre plan. Que le reste du camp ne bouge point ; qu’il n’y ait d’embarqué qu’un seul général de division ; vous restez à terre. Faites courir le bruit que ces vaisseaux et frégates, avec six mois de vivres, partent pour une expédition de long cours. L’escadre restera là jusqu’à ce qu’elle ait attiré devant elle une force ennemie supérieure ; et si, même alors, elle peut y rester sans danger, elle continuera à y rester. Si la position n’est pas tenable, elle rentrera, mais le plus tard possible.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Au 1<sup>er</sup> thermidor, toute votre armée se mettra en marche dans les 6, 7 et 8, tout sera embarqué. Le 9, vous vous embarquerez de votre personne. Vous prendrez des pilotes et ferez tout pour faire croire que vous allez en Irlande en doublant l’Écosse. Vous mettrez dans l’erreur l’amiral<sup>[^3]</sup> et les officiers hollandais. Ce sera donc l’Irlande que vous menacerez. Si, dans cette situation, vous pouvez aller avec votre convoi jusqu’au point F de votre plan, vous irez, sans quoi, vous paraîtrez attendre qu’un coup de vent chasse la croisière anglaise pour mettre à la voile. Ces manœuvres obligeront les Anglais à tenir là une escadre d’au moins 10 vaisseaux, et leur donneront toutes sortes de sollicitudes.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Je compte donc que, les 10 et 12 thermidor, votre embarquement sera couronné et je m’attends que vos dispositions feront un tapage considérable en Angleterre. Vous prendrez toutes vos mesures pour ne toucher en rien à vos vivres et à vos approvisionnements en munitions, jusqu’au 25 thermidor. Je serai près de vous alors, et je vous ferai connaître fréquemment mes intentions.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Je vous dis que j’ai besoin que vous attiriez beaucoup de vaisseaux près de vos côtes, c’est mon premier but ; mais il n’en faut point conclure que votre embarquement est un embarquement de parade. Il est de parade, dans ce sens qu’il est anticipé d’un mois ; mais, ce temps-là passé, il est probable qu’il deviendra réel. Et, comme dans les opérations sur mer les temps ne peuvent être calculés, quand je dis un mois, ce peut être quinze jours. Vous devez donc vous arranger de manière à pouvoir partir au premier ordre que vous recevrez. Je crois que cela vous explique suffisamment mes intentions.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Nous sommes au 8 messidor ; vous ne recevrez mon courrier que le 15 juste. Organisez ce que vous embarquerez à bord des vaisseaux, de manière à faire croire que vous partez pour votre expédition. Il faut que cela soit cru en Hollande et en Angleterre pendant dix ou douze jours. Il ne faut point faire embarquer de chevaux, vu que cela décèlerait une expédition de descente.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Dix ou douze jours après, comme je l’ai dit plus haut, il faut que vous arrangiez votre expédition de descente<sup>[^4]</sup>.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Trompez le général de division que vous ferez embarquer sur les vaisseaux de guerre, en faisant faire des recherches sur le cap de Bonne-Espérance, et en préparant des instructions sur ce qu’il doit faire. N’embarquez que ce qui, selon l’opinion des marins, peut aller au Cap.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Dans votre état de situation, le nombre des hommes embarqués monte à 20 000, je désire que vous y joigniez deux compagnies d’artillerie batave de plus, et quelques ouvriers et sapeurs de plus. Je désire avoir l’état des chevaux et du personnel amenant ces chevaux qui pourront être embarqués à bord des bâtiments du convoi <i>à son retour et au second voyage</i><sup>[^5]</sup><i>.</i><sup>[^6]</sup></font></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Napoléon</i></h3> [^1]: Decrès. [^2]: Comprendre : le nombre de canons et non le calibre. [^3]: De Winter. [^4]: <span></span> Phrase biffée sur l’expédition et présente dans la lettre n° 8953 de la <i>Correspondance</i> d’après les Archives de l’Empire « Il vous est, en ce moment, impossible d’en comprendre toute l’importance et les raisons. » [^5]: <span></span> Phrase absente de la <i>Correspondance</i>. [^6]: <span></span><span lang="en-GB"> Expédition, John Hay Library, Brown University Library, 27 June 1805. </span>La <i>Correspondance</i> (n° 8953) qui publie cette lettre d’après la minute des Archives de l’Empire comporte de nombreuses variantes de forme et des suppressions.</body>