CG5-10333.md

identifiantCG5-10333.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1805/06/22 00:00
titreNapoléon au vice-amiral Decrès, ministre de la Marine et des Colonies
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG5</i> - 10333. - </b>Au vice-amiral Decrès, ministre de la Marine et des Colonies</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bologne, 3 messidor an XIII [22 juin 1805]</h2><p><font size="3" style="font-size: 12pt">L’objection que vous faites à mon idée de faire rentrer quelques vaisseaux dans la rade ne m’avait pas échappé. Je trouve quelque inconvénient aux sorties de Ganteaume. Il n’y a aujourd’hui que 18, 19, 20 ou 21 vaisseaux devant Brest. Rien de plus imprévoyant que le Gouvernement anglais ; c’est un gouvernement occupé de chicanes intérieures et qui porte son attention où il y a du bruit. Je ne suis point d’avis que Ganteaume sorte ; je ne crains rien à Bertheaume ; il est inexpugnable ; 20 vaisseaux entourés de batteries, avec un port derrière, ne s’attaquent pas facilement. Cela ne peut se comparer à Aboukir, à cause du voisinage de la terre, des équipages, de la position, et enfin l’amiral<sup>[^1]</sup> qui est devant Brest n’a pas, comme Nelson, une immense sottise à réparer. Mais, pour Dieu, qu’on me mette des caronades ! Ce n’est qu’avec des canons qu’on arme des vaisseaux, et pour des vaisseaux il n’y a que des canons de gros calibre.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Si Ganteaume veut donc sortir, je ne vois pas à quoi bon sa sortie, j’ai peine à le comprendre. Cependant, s’il le croit nécessaire, au lieu de la faire à la fin, qu’il la fasse avant le 15 messidor. Quant au <i>Borée</i>, il faut y nommer un jeune homme. Il paraît que <i>L’Uranie</i> est bloquée à Villefranche par 1 vaisseau et 2 frégates anglaises ; c’est la seule force qu’il y ait dans ces mers. Je suis porté à croire que ce vaisseau est un vaisseau de 50 canons. Qu’on arme <i>Le Borée</i><sup>[^2]</sup> jour et nuit. Faites donc partir l’escadre de Rochefort<sup>[^3]</sup>. Je pense que plus tôt elle partira, mieux cela vaudra. Son départ aura encore ceci de bon, que les Anglais verront dans sa sortie le projet de faire la guerre dans les pays lointains. Tâchez qu’elle ait lieu avant le 20 messidor. Dites à O’Connor<sup>[^4]</sup> et à ses compatriotes, dans les proclamations : « Des hommes impatients et insensés vous font faire des mouvements inutiles. Le moment de reconquérir votre indépendance n’est pas éloigné. Alors seulement vous pourrez avec sûreté vous lever en masse. Déguisez vos sentiments et conservez votre amour pour la patrie et votre indépendance jusqu’au moment où, secourus par vos alliés, vous pourrez le faire avec succès. »</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Mon intention serait d’endormir les Anglais le plus possible sur l’escadre de Brest, sans affectation cependant, et diriger le tout vers le Texel. Écrivez dans ce sens à Marmont. Il faut qu’il puisse partir vers le 20 messidor : moi-même je ferai marcher un piquet de ma Garde pour Utrecht, et, arrivé à Paris, j’annoncerai mon départ pour ce point. Cela leur fera craindre que Villeneuve ne s’y dirige, et les portera à s’affaiblir devant Brest, ce qui est le grand point.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Je vous renvoie la dépêche de l’amiral Ganteaume. Je pense que la division de 6 vaisseaux bons marcheurs dérouterait les calculs de l’ennemi et lui donnerait le change. L’ennemi ne manquerait pas d’être fier d’avoir empêché de sortir cette escadre. Mais je ne crois pas qu’il faille en faire sortir davantage ; sans quoi il pourrait ne pas se croire en force et devoir en faire venir d’autres.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Vous recevrez par M. Maret le décret relatif aux équipages des forbans. Je ne vois point de difficulté, sur l’autre décret, de supprimer l’<i>et caetera</i> et d’en suspendre l’exécution. Cependant, si vous ne l’aviez pas publié au 15 messidor, il faudrait m’en prévenir, afin que je visse la mesure à prendre.<sup>[^5]</sup></font></p> [^1]: Collingwood. [^2]: Il ne sera mis à flot que le 27 juin. [^3]: Celle d’Allemand. [^4]: Arthur O’Connor, un des chefs des Irlandais-unis incorporés dans l’armée d’Augereau à Brest. [^5]: Minute, Archives nationales, AF IV 867, messidor an XIII, n° 25.</body>