| identifiant | CG5-10269.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1805/06/14 00:00 |
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| titre | Napoléon au vice-amiral Decrès, ministre de la Marine et des Colonies |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG5</i> - 10269. - </b>Au vice-amiral Decrès, ministre de la Marine et des Colonies</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Montirone, 25 prairial an XIII [14 juin 1805]</h2><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Monsieur
Decrès, j’ai reçu votre lettre du 20 prairial matin. Toutes les
nouvelles qui me reviennent me porteraient à penser que les Anglais
sont dans la Méditerranée<sup>[^1]</sup>.
Il paraît que, depuis la rentrée de l’escadre de Rochefort,
l’escadre sous les ordres de l’amiral Collingwood, composée de 6
vaisseaux pris en Angleterre et de 6 vaisseaux de l’escadre devant
Brest, a filé vers les Indes orientales. Je ne sais point où est
Nelson, je le crois retourné en Angleterre ou dans la Méditerranée.
Ses vaisseaux sont hors d’état de faire de grandes expéditions,
et ses équipages sont extraordinairement fatigués. Il sera bien
possible que, lorsque les Anglais sauront Villeneuve arrivé en
Amérique, ils craignent son retour par les Orcades, et que cela les
oblige à tenir une réserve aux Dunes ; ce qui permet d’espérer
qu’ils auront au plus 20 vaisseaux devant Brest. La croisière que
j’ai ordonnée à l’escadre de Rochefort fera des miracles ;
par Dieu, faites qu’elle parte ! L’incertitude et la confusion où
est l’amirauté de Londres ressortent de toutes parts : ordres et
contre-ordres, et la plus grande indécision, voilà son état
actuel. Soyez bien tranquille sur la crainte que l’ennemi tente
rien dans l’île d’Aix.</font></p><p> <font size="3" style="font-size: 12pt">L’Angleterre
n’est pas aujourd’hui dans une position à rien donner au hasard.
Rien n’est si fou que le projet de l’attaque d’une escadre
française à l’île d’Aix<sup>[^2]</sup>.
Je suis fâché de vous voir ces idées. Rien n’empêche cependant
que vous écriviez au général de terre, non pas pour lui
communiquer vos alarmes, mais pour lui recommander de veiller au
ravitaillement et à la défense de cette île, puisque la sûreté
d’une escadre française en dépend. Écrivez à cet officier de
manière à ne point lui donner d’inquiétude, car l’alarme abat
les esprits et paralyse le courage. Que diable voulez-vous qu’une
escadre de 5 vaisseaux, ayant de la poudre, des munitions, étant
protégée et pouvant faire le coup de fusil, ait à craindre à
l’île d’Aix ?</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Je vous
envoie la lettre de l’amiral Missiessy. Il répond d’une manière
pitoyable à tous les reproches que vous lui faites ; il n’a
pas pris le Diamant<sup>[^3]</sup>,
parce qu’il n’avait point d’instructions pour cela : en vérité,
on ne peut que hausser les épaules ; parce qu’il aurait eu
des avaries dans ses agrès qu’il aurait perdu vingt-quatre heures
à réparer : on ne peut encore que hausser les épaules d’une
pareille raison et n’avoir que bien peu d’espérance d’un homme
qui dit de pareilles bêtises. Sans doute que, pour cette attaque,
une frégate et deux bricks auraient suffi, et la frégate aurait pu
supporter le premier feu. Ce rocher sera un monument éternel de
honte pour cette expédition. Non seulement je suis mécontent de la
précipitation avec laquelle il a abandonné Santo-Domingo, mais
encore de ce qu’il n’y a point laissé un ou deux bricks, lorsque
le général Ferrand lui a dit qu’un seul misérable brick anglais
le désolait ; que, lorsque à sa vue ce brick a arrêté des
neutres et assuré son pavillon à la vue de l’escadre, qu’il
croyait anglaise, il n’ait pas fait le signal à un de ses
vaisseaux de le prendre. S’il a manqué de vivres, c’est qu’il
a mal navigué, qu’il s’est trop élevé ; s’il n’avait
point fait de fausse navigation, avec ses 5 vaisseaux d’une marche
si bonne et si rapide, il serait arrivé quinze ou vingt jours plus
tôt.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Quant à
l’article du Roseau et de Saint-Christophe<sup>[^4]</sup> ;
ses raisons sont encore plus pitoyables. Il a été huit jours devant
le Roseau ; c’était bien plus qu’il ne fallait de temps
pour en embarquer l’artillerie. Il ne fallait pas se tenir à dix
lieues en mer ; et, si cette précaution était nécessaire, il
pouvait laisser au Roseau un brick qu’il aurait chargé de cette
opération. Il y a les mêmes reproches à lui faire sur l’île
Saint-Christophe. Les habitants lui ont offert plusieurs millions de
marchandises : il n’en a pas voulu ; s’il n’eût pas
craint de perdre soixante et douze heures pour embarquer quatre ou
cinq millions de marchandises sur quelques bâtiments de transport,
il eût fait beaucoup de mal à l’ennemi et enrichi son escadre. La
Martinique et la Guadeloupe n’étaient pas des points de dépôt
assez éloignés.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Quant à
Santo-Domingo, il ne devait pas y rester un mois ; mais il
pouvait y rester quatre jours et y laisser des bricks, et même une
frégate, puisque cela était nécessaire au salut de cette colonie
et de quelques malheureux Français.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Enfin
j’ajouterai que l’escadre a rencontré plus de dix convois,
qu’elle n’en a chassé aucun, et que, s’il n’a pas enrichi
ses équipages, c’est qu’il ne l’a pas voulu, et cela par son
excessive pusillanimité, et peut-être une extrême ignorance et
inhabitude du commandement.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">On dit
beaucoup de bien du capitaine Trullet<sup>[^5]</sup>,
officier de cette escadre ; ou en dit encore davantage du
capitaine de pavillon de l’amiral Missiessy, Willaumez, frère<sup>[^6]</sup>
de celui que j’ai fait, il n’y a pas longtemps, contre-amiral<sup>[^7]</sup>.
Il ne faut pas se le dissimuler, il faut que je choisisse désormais
mes amiraux parmi de jeunes officiers de trente-deux ans, et j’ai
assez de capitaines de frégate qui ont dix ans de bonne navigation
pour en choisir six auxquels je pourrai confier des commandements. Le
général Lagrange m’a dit que le capitaine Willaumez levait les
épaules quatre fois par jour des manœuvres fausses qu’ordonnait
l’amiral Missiessy, et de ce qu’il ne faisait pas ce qu’il
devait faire. Dans le fait, en y réfléchissant, Missiessy, Rosily,
sont des hommes qui n’ont commandé que des frégates, qui ont
l’inconvénient de l’âge et qui en savent moins que beaucoup de
nos jeunes officiers. Présentez-moi une liste de choix de six jeunes
officiers de marine commandant des vaisseaux ou des frégates, ayant
moins de trente-cinq ans, les plus capables d’arriver à la tête
des armées. Mon intention est de les avancer et de les pousser par
tous les moyens. En attendant, faites partir l’escadre de
Rochefort, soit avec Missiessy, soit avec tout autre, et
développez-lui bien que son but est de faire à l’ennemi le plus
de mal possible.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Je vois,
dans un extrait de journaux anglais, toute l’instruction donnée à
Missiessy ; je serais porté à croire que c’est le général
Prevost<sup>[^8]</sup>
qui en a instruit son Gouvernement. Il paraîtrait donc concevable,
probable que cette instruction a été livrée par quelques individus
qui environnent le général Villaret<sup>[^9]</sup>.
J’espère que Villeneuve ne communiquera pas les siennes à ce
capitaine général. Ce serait un très grand malheur ; car il
paraît qu’il est fort mal entouré et qu’il a autour de lui un
tas de petits gueux qui vendent ses secrets aux ennemis.<sup>[^10]</sup></font></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3><p><br/>
</p>
[^1]: En réalité Nelson, avec l’escadre de la Méditerranée, est à la poursuite de Villeneuve aux Antilles.
[^2]: <span></span> L’attaque de l’escadre d’Allemand par les Anglais aura bel et bien lieu du 11 au 14 octobre 1809 ; elle sera baptisée <i>Nuit
des brûlots</i>.
[^3]: Voir CG5-10140 et n° 10208.
[^4]: Voir CG5-10140.
[^5]: Aucun des deux frères Trullet n’a servi dans l’escadre de Missiessy.
[^6]: <span></span> Le capitaine de frégate Étienne Joseph Willaumez, chef d’état-major de Missiessy, puis d’Allemand à bord du vaisseau de 118 <i>Le Majestueux</i>.
[^7]: <span></span> Jean-Baptiste Philibert Willaumez, nommé contre-amiral le 1<sup>er</sup> mars 1805.
[^8]: Gouverneur de la Martinique pendant l’occupation de l’île par les Anglais.
[^9]: Villaret-Joyeuse, capitaine-général de la Martinique et dépendances.
[^10]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée
par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 8892, d’après l’expédition communiquée par la duchesse Decrès. Minute, Archives nationales, AF IV 866, prairial an XIII, n° 138.</body> |
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