| identifiant | CG5-10195.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1805/06/02 00:00 |
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| titre | Napoléon au général Lacuée, président de la section de la guerre au Conseil d’État |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG5</i> - 10195. - </b>Au général Lacuée, président de la section de la guerre au Conseil d’État</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Milan, 13 prairial an XIII [2 juin 1805]</h2><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Il est
ridicule de former une Garde dans le Royaume d’Italie à l’instar
de celle impériale de France. Une vieille armée peut recruter une
Garde comme la Garde impériale, et rend naturel le beau sort fait à
de vieux soldats : c’est une récompense. D’ici à vingt ans le
Royaume d’Italie n’aura pas de vieille armée. La manière dont
cette Garde devrait être organisée paraît devoir être la suivante
:</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Quatre
colonels-généraux faisant le service près du roi comme capitaines,
ayant 24 000 francs, et commandant chacun quatre compagnies.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Elles
seraient composées,</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">D’un
capitaine ayant le rang de colonel, de 2 lieutenants ayant le rang de
chef d’escadrons, de 4 sergents ayant rang de capitaine, de 8
brigadiers ayant rang de lieutenant et de 60 gardes du roi à
cheval<sup>[^1]</sup> ;</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">D’un
capitaine ayant le rang de colonel, 2 lieutenants ayant rang de chef
de bataillon, 2 sergents ayant rang de capitaine, 4 caporaux ayant
rang de lieutenant, et de 70 gardes à pied<sup>[^2]</sup>.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">La
compagnie de chaque colonel serait de 80 hommes.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Il faudrait
fixer le payement de cette garde de manière qu’elle ne coûterait
pas plus de 2 à 300 000 francs au Trésor royal, casernement
tout compris.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Ce moyen
serait facile à résoudre, s’il y avait moyen de prendre des gens
très riches.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">On suppose
qu’on peut donner aux colonels 3 000 francs ; aux
lieutenants, 2 000 ; aux sergents, 1 000 francs et aux
caporaux 500 francs, et s’arranger de manière que chaque garde ne
coûte pas plus qu’un soldat ordinaire.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">À cet
effet, on fixerait les conditions.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">On pourrait
les traiter comme la Garde actuelle, et fixer ce que les parents
devraient verser au Trésor.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Les vélites
à pied en France payent 200 francs ; ils ne remboursent point
le Trésor, et coûtent plus qu’une troupe ordinaire à cheval. Il
faudrait qu’ils payassent davantage.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Dans un
pays comme celui-ci, il ne serait pas difficile de trouver 240 hommes
à 2 ou 300 francs et 320 à plus de 4 ou 500 francs. Je prie le
conseiller Lacuée de tenir ces bases secrètes.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Ainsi, pour
le reste de l’armée, voici à peu près comme je la voudrais
former : 2 régiments de chasseurs, 2 de dragons, mais dont le 4<sup>e</sup>
ne se formerait que dans trois ou quatre ans ; 2 d’infanterie
légère à 3 bataillons, qu’il faudrait tenir à peu près sur le
complet de guerre, c’est-à-dire 6 000 hommes, vu que le
principal ici est de former des soldats (le goût des armes ne peut
revenir qu’en caserne) ; il faut appeler beaucoup, prendre en
petit nombre. 4 régiments de ligne, 12 000 hommes ; 1
régiment d’artillerie de 2 bataillons, chaque bataillon de 5
compagnies, 1 000 hommes ; 1 compagnie de pontonniers, 100
hommes ; 1 de sapeurs, 100 ; 1 bataillon de pionniers, dont
1 compagnie de mineurs, 500 hommes ; 1 bataillon du train de 6
compagnies, 600 hommes ; 1 bataillon de garde-côtes, matelots,
4 compagnies formant 500 hommes. Il ne faudrait pas plus de 40
officiers d’artillerie, indépendamment de ceux de l’armée, et
autant pour le génie et l’état-major général ; ce qui,
avec une Garde composée comme dessus, mettrait à même d’avoir en
campagne 3 divisions, 2 régiments de cavalerie, 1 régiment
d’artillerie, 1 bataillon de sapeurs, 2 bataillons d’infanterie
et une 4<sup>e</sup> division de troupes étrangères, soit pour
garder l’intérieur ou comme corps d’observation.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Une armée
ainsi composée, et un peu bien organisée, serait dans le cas de
garder Porto-Legnago, Anfo, Peschiera, Mantoue, et donner le temps à
une armée amie d’aller à son secours.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">On
désirerait que cette troupe ne monte pas à 30 000 hommes ;
il semblerait qu’elle ne devrait pas coûter au-delà de 25
millions de Milan<sup>[^3]</sup>.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Il ne
paraît pas que d’ici à six ans le Royaume dût avoir une plus
grande force militaire. Ce n’est que progressivement qu’on peut
former une grosse armée, et, une fois bien constituée et organisée,
il deviendrait facile de la doubler et d’avoir 8 régiments de
cavalerie, 4 d’infanterie légère et 8 de ligne.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Telle qu’on
la propose, elle serait la plus forte d’Italie, plus forte que le
Pape<sup>[^4]</sup>,
Naples, l’Étrurie réunis ; dès ce moment, le pays pourrait
parfaitement jouer son rôle.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Il
paraîtrait que :</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">3 généraux
de division, 9 de brigade, 9 adjudants commandants, 21 officiers ;</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">1 général
de brigade d’artillerie, 2 colonels, indépendamment de ceux de
l’armée, 4 chefs de bataillon idem, et une douzaine d’officiers ;</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">1 chef de
brigade du génie, 2 chefs de bataillon, 4 capitaines, 8 lieutenants,
12 sous-lieutenants.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Seraient
suffisants.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">1
commissaire ordonnateur, 6 commissaires des guerres et 4 adjoints.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Resterait à
organiser les bureaux au même instar.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Je prie M.
Lacuée de ne communiquer à personne ce projet, et de m’en
remettre un projet particulier.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Il serait
possible qu’il fût convenable d’établir à 4 bataillons, et dès
lors d’avoir 8 bataillons d’infanterie légère et 20 de ligne.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Mais je
pense que la préférence doit être donnée à 3 bataillons, tant
pour rester dans votre organisation que pour former ensuite un plus
grand nombre de corps et les porter à 4. En former de nouveaux,
grand inconvénient.<sup>[^5]</sup></font></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3>
[^1]: Comprendre : organisation de la cavalerie (Napoléon cite le grade de sergent au lieu de celui de maréchal des logis).
[^2]: Comprendre : organisation de l’infanterie.
[^3]: La livre de Milan vaut environ 0,77 francs de France.
[^4]: Comprendre : les États du Pape.
[^5]: Minute, Archives nationales, AF IV 866, prairial an XIII, n° 69.</body> |
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