CG1-1391.md

identifiantCG1-1391.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1797/02/19 00:00
titreNapoléon au Directoire exécutif
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 1391. - </b>Au Directoire exécutif</h1><p style="text-align: center"><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Tolentino, 1<sup>er</sup> ventôse an V [19 février 1797]</h2><p><br/> </p><p>Vous trouverez ci-joint, citoyens Directeurs, le traité de paix qui vient d’être conclu entre la République française et le Pape. Je l’ai signé conjointement avec le citoyen Cacault, parce que, ce dernier n’ayant pas de pleins pouvoirs en règle, il a fallu y suppléer[^1].</p><p>J’envoie mon aide de camp Marmont à Rome[^2] ; il m’apportera la ratification du Pape, que je vous ferai passer sur-le-champ.</p><p>Mes motifs pour conclure ce traité sont :</p><p>1° Qu’il vaut mieux avoir trois provinces[^3], tout ce qu’il y a de meilleur dans l’État ecclésiastique, données par le Pape, que d’avoir tous ses États à ratifier à la paix générale, à laquelle nous avons déjà tant de clauses à arranger ;</p><p>2° Parce que le roi de Naples paraissait décidé à intervenir dans les négociations ;</p><p>3° Parce que trente millions valent pour nous dix fois Rome, dont nous n’aurions pas tiré cinq millions, tout ayant été emballé et envoyé à Terracine[^4] ;</p><p>4° Parce que ma présence est indispensable à l’armée ;</p><p>5° Parce que cela peut être un acheminement à la paix générale.</p><p>J’ai cédé un tiers des biens allodiaux de la Mesola et de Comacchio[^5], qui valent cinq millions, afin de donner plus de confiance aux acheteurs et de pouvoir trouver à les vendre.</p><p>Mon opinion est que Rome, une fois privée de Bologne, Ferrare, la Romagne et des trente millions que nous lui ôtons, ne peut plus exister ; cette vieille machine se détraquera toute seule.</p><p>Je n’ai point parlé de religion[^6], parce qu’il est évident que l’on fera faire à ces gens-là par la persuasion et l’espérance beaucoup de démarches qui pourront être alors vraiment utiles à notre tranquillité intérieure. Si vous voulez me donner vos bases, je travaillerai là-dessus, et je ferai faire à la cour de Rome les démarches que vous pourriez croire nécessaires.</p><p>Toutes les lettres de Venise et des généraux de division assurent que l’ennemi fait un mouvement, qu’il s’est considérablement renforcé et que le prince Charles est arrivé à Trieste.</p><p>Je pars cette nuit pour Mantoue et Bassano. J’entrerai peut-être en négociation avec les Vénitiens, et nous ne tarderons pas à passer la Piave et à exécuter le plan projeté[^7].</p><p>Le général Clarke, qui vient de partir, se rend à Turin pour exécuter vos ordres. Le secrétaire d’ambassade que nous avons à Turin[^8] n’a point de tenue et n’a rien de ce qui peut attirer la considération. En général, nos agents diplomatiques négligent trop l’extérieur et les formes ; aussi ne sont-ils au fait de rien et sont-ils assez généralement méprisés.</p><p>La République vient donc d’acquérir sans contredit le plus beau pays d’Italie : Ferrare, Bologne et la Romagne.</p><p>Enfin il est possible que je me sois trompé dans le parti que j’ai pris ; mais on ne m’accusera pas d’avoir sacrifié à ma gloire l’intérêt de ma patrie.</p><p>Le roi de Sardaigne demande à faire un traité d’alliance offensive avec nous : j’ai répondu[^9] que, si le roi reprenait la négociation au point où on l’avait laissée et où l’alliance était convertie en simple défensive, il serait possible encore que, malgré le changement prodigieux arrivé, le Directoire pût y consentir. Je vous rendrai compte de cela.</p><p>Vous trouverez ci-joint plusieurs lettres interceptées.</p><p>Je vous envoie copie, 1° de la lettre que m’a écrite le Saint-Père, 2° de la réponse que je lui ai faite[^10], 3° de la note qui m’a été remise par M. Pignatelli, 4° de la réponse que je lui ai faite[^11].</p><p>Je vous demande pour le citoyen Cacault la place de ministre à Rome ou à Florence[^12], et l’autre de ces deux places pour mon frère[^13], qui a les talents nécessaires, de l’extérieur, de la tenue, un patriotisme et une probité éprouvés.</p><p>Comme je dois incessamment recevoir la ratification du Pape, je ne vous envoie aujourd’hui qu’une copie du traité de paix.</p><p>Je vous enverrai incessamment les dix drapeaux que nous avons, dans les différents événements, pris au Pape.[^14]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Bonaparte</i></h3><p><br/> </p><p style=""><br/> </p> [^1]: <span></span>Mattei, GCleppi, Braschi et Massimi ont signé pour le Saint-Siège. Le texte du traité a été publié dans la<i>Correspondance</i>(n° 1511). [^2]: Le traité de Tolentino y sera solennellement ratifié le 23 février. [^3]: Par le traité, le pape cède, outre, Avignon, le comtat vénaissin (déjà réunis à la France), les légations de Bologne et Ferrare ainsi que la Romagne. [^4]: Le Saint-Siège versera 30 millions en numéraire ou en diamants, 16 millions qui restaient dus depuis l’armistice de Bologne et livrera en sus à l’armée d’Italie 800 chevaux de trait, des bœufs et « autres objets produits du territoire de l’Eglise ». [^5]: Terres qui ne dépendent d’aucun fief et que Bonaparte envisage de vendre. [^6]: Il n’a notamment pas été question d’exiger du pape qu’il retire les brefs qu’il avait émis contre les lois françaises adoptées depuis 1789. [^7]: Invasion des territoires héréditaires des Habsbourg et marche sur Vienne. [^8]: Jacob. [^9]: Cette lettre n’a pas été retrouvée. [^10]: Voir ci-après, n° 1396. [^11]: Voir ci-après, n° 1398. [^12]: Sans attendre la réponse du Directoire, Bonaparte renvoie Cacault à Rome. [^13]: Résident à Parme depuis mars 1797, Joseph Bonaparte sera nommé à Rome le 6 mai. [^14]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er </i></sup><i>publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 1510, d’après la Collection Napoléon.</body>
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