CG1-1383.md

identifiantCG1-1383.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1797/02/17 00:00
titreNapoléon au général Joubert
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 1383. - </b>Au général Joubert</h1><p style="text-align: center"><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Tolentino, 29 pluviôse an V [17 février 1797]</h2><p><br/> </p><p>Vous avez dû recevoir, citoyen général, la 11<sup>e</sup> demi-brigade et la 5<sup>e</sup>. La 26<sup>e</sup> d’infanterie légère doit être, à l’heure qu’il est, à Vérone ; elle a ordre de suivre la 5<sup>e</sup>, devant être de la même division avec ces demi-brigades.</p><p>J’avais pensé que le quartier général de cette division devait être à Borgo-di-Val-Sugana ; cependant, si vous croyez qu’il serait mieux placé à Levico ou à Pergine, je vous autorise à donner des ordres en conséquence[^1].</p><p>J’ai reçu votre lettre du 21 pluviôse. Je vous engage à réfléchir et à observer davantage les localités ; car je ne conçois pas que, votre ligne de Lavis forcée, et votre mouvement de retraite exécuté pendant la nuit, vous n’ayez pas pris une position intermédiaire, la plus rapprochée possible de cette première, où vous puissiez vous tenir toute la journée, remettre ensemble vos troupes, et recevoir les hommes éparpillés ou les corps qui n’auraient pas pu rejoindre dans la nuit, la nuit suivante vous remettre en marche, s’il le faut, reprendre la ligne de Mori et de Torbole, et là tenir en échec l’ennemi plusieurs jours ; enfin arriver à La Corona, au camp retranché de Castelnovo, ou enfin sous les murs de Mantoue ou de Vérone. Agir autrement, ce ne serait plus faire la guerre, dont l’art ne consiste qu’à gagner du temps lorsqu’on a des forces inférieures. Pour empêcher l’ennemi d’attaquer d’abord Torbole et Mori, le moyen qui m’a paru le plus clair était de faire construire un pont sur l’Adige et d’en retrancher la tête. Ce pont devrait être situé entre Roveredo et Trente. Par ce moyen, l’ennemi ne peut rien tenter sur Mori et Torbole, même après avoir forcé le général Rey, qui doit toujours exécuter sa retraite sur Torbole.</p><p>Je vous prie de me répondre positivement à cette question : Y a-t-il de Torbole à Mori une bonne ligne ? Elle se nourrit par le lac et par l’Adige, et j’avais ordonné : 1° que l’on ferait à cette ligne tous les travaux nécessaires ; 2° qu’on y construirait, dans l’endroit le plus favorable, une redoute avec des coupures de chemins, de manière que cela fît la même position que La Chiusa[^2] et Rivoli, à l’exception que, l’ennemi n’étant pas sur la rive droite du côté de Mori, on n’a pas besoin d’autant de forces pour défendre ce point que pour le plateau de Rivoli.</p><p>Je vous prie de relire l’instruction que je vous ai fait envoyer au moment de votre entrée à Trente[^3], et d’en faire strictement les préparatifs, cela tenant à un système général de guerre pour la campagne dans laquelle nous allons entrer ; me reposant entièrement sur vous et sur le commandant du génie, auquel j’ai donné ordre de se rendre à Trente, sur les positions à tenir et sur l’application des idées générales contenues dans mon instruction.</p><p>Mon principe pour la défense du Tyrol est, dès l’instant que vous êtes obligé d’évacuer Trente, de vous rallier en avant de Roveredo, occupant, avec toute la division Rey, les hauteurs de Mori ; rallier pendant toute une journée, passer l’Adige et placer les trois divisions entre l’Adige, Mori et Torbole, plaçant seulement quelques pièces de canon et quelques détachements dans les endroits les plus étroits, entre Mori et Rivoli, pour empêcher l’ennemi de pouvoir se porter sur Ala, et même y construire, dans l’endroit le plus favorable, une bonne redoute, ayant soin de pratiquer des coupures de tous les côtés, et vis-à-vis de laquelle on doit avoir un pont avec une tête très bien retranchée. Qui est maître d’une rive de l’Adige et a un pont est maître des deux rives. Lorsqu’ensuite l’occupation de la ligne de Torbole et Mori, par suite des événements qui peuvent arriver aux autres divisions de l’armée, deviendrait inutile, alors Mantoue, Peschiera ou une place quelconque, offrent une protection à la division.</p><p>La ligne de Rivoli ne peut donc plus me servir de rien, à moins que ce ne soit comme ligne de passage pour gagner quelques jours ; cette ligne est trop éloignée des gorges de la Brenta pour que le corps d’armée puisse jamais être secouru par un mouvement en flanc sur Trente ; au lieu que celle de Mori, avec un pont qui permet de passer de l’autre côté, aide aux divisions qui, par des mouvements rétrogrades, enfileraient les gorges de la Brenta, pour se porter sur les flancs de l’ennemi à Trente. En voilà assez, je crois, pour vous faire sentir l’importance de la position de Mori ; il faut que l’art y seconde la nature. S’il arrivait une circonstance où vous puissiez être forcé dans la ligne de Torbole plus tôt que dix jours après l’avoir été à Lavis, la campagne serait manquée[^4].</p><p>Sous peu de jours je serai de retour à l’armée, où je sens que ma présence devient nécessaire. L’armée est à trois jours de Rome ; je suis à traiter avec cette prêtraille ; et, pour cette fois-ci, Saint-Pierre sauvera encore le Capitole, en nous cédant ses plus beaux États et de l’argent, et, par ce moyen, nous sommes en mesure pour exécuter la grande tâche de la campagne prochaine.[^5]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Bonaparte</i></h3><h3 align="justify"><br/> <br/> </h3> [^1]: Joubert suit avec difficulté les Autrichiens en retraite dans les gorges du Tyrol. Il atteindra bientôt le pied du Brenner. [^2]: En allemand : Klausen. [^3]: Le 23 janvier 1797. Voir ci-dessus, n° 1318 et 1331. [^4]: Les craintes de Bonaparte s’avéreront infondées. C’est au contraire Joubert reprendra l’offensive. [^5]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er </i></sup><i>publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 1501, d’après le dépôt de la Guerre.</body>
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