CG5-10006.md

identifiantCG5-10006.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1805/05/08 00:00
titreNapoléon au vice-amiral Villeneuve, commandant l’escadre de Méditerranée
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG5</i> - 10006. - </b>Au vice-amriral Villeneuve, commandant l’escadre de Méditerranée</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Pavie, 18 floréal an XIII [8 mai 1805]<sup>[^1]</sup></h2><p><font size="3" style="font-size: 12pt">PREMIÈRES INSTRUCTIONS.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Votre armée, composée de 14 vaisseaux français et de 6 vaisseaux espagnols<sup>[^2]</sup>, sera renforcée au Ferrol par 5 autres de nos vaisseaux<sup>[^3]</sup>, et par 9 vaisseaux du roi d’Espagne<sup>[^4]</sup> ; ce qui portera votre force à 19 de nos vaisseaux et à 15 vaisseaux du roi d’Espagne.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Nous avons 5 vaisseaux et 3 frégates dans la rade de l’île d’Aix<sup>[^5]</sup>, et un vaisseau et une frégate dans la rade de Lorient<sup>[^6]</sup>, tout prêts à appareiller. Nous vous laissons le maître de vous détourner de votre route pour rallier ces 6 vaisseaux à votre escadre, consultant à cet effet la nature des vents et des circonstances.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Si notre escadre du Ferrol était plusieurs jours sans pouvoir sortir, vous y verriez une raison pour vous présenter devant l’île d’Aix sans perdre de temps, donnant ordre à l’escadre du Ferrol de vous y joindre, ce qu’elle pourrait faire facilement, puisque vous dispersez la croisière ennemie. Si, au contraire, les escadres du Ferrol avaient le temps favorable pour sortir et se ranger sous votre pavillon sans éprouver aucun retard, et que les vents fussent tels que vous conçussiez l’espérance de vous porter rapidement à votre destination, peut-être serait-il préférable de laisser de côté l’escadre de Rochefort pour ne point vous détourner de votre route, parce que tout retard aurait pour résultat de rendre plus considérable la croisière ennemie devant Brest. Vous manœuvrerez donc pour opérer votre réunion avec l’escadre de l’amiral Ganteaume, mouillée en avant du goulet sous la protection des batteries considérables que nous avons fait établir entre Bertheaume et Camaret<sup>[^7]</sup>. Depuis un mois, l’ennemi n’a été signalé qu’au nombre de 15, de 18, et jamais plus de 20 vaisseaux. Notre intention est que vous fassiez votre jonction en évitant le combat, et que, si vous êtes contraint à un combat, il ait lieu le plus près possible de Brest, afin que l’amiral Ganteaume puisse y prendre part. Nous estimons que, dans votre marche du Ferrol à Brest, vous devez changer de direction, afin d’éviter de rencontrer la croisière devant Brest, si elle prenait le parti de s’avancer à quinze ou vingt lieues au-devant de vous. Dans votre dernière fausse route, vous devrez vous diriger sur le cap Lizard, de manière à ne pouvoir rencontrer l’ennemi, ou à le rencontrer le plus près qu’il vous sera possible de Brest.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Votre jonction faite avec l’escadre de l’amiral Ganteaume vous renforçant de 21 bons vaisseaux, vos forces seront beaucoup plus considérables que celles que l’ennemi pourrait vous opposer, et vous vous dirigerez sur Boulogne, où nous serons de notre personne.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">De toutes les opérations, celle-ci me paraît préférable comme la plus sûre. Mais si, arrivé devant le cap Lizard, des vents ou d’autres circonstances favorables vous portaient à penser qu’il vous fût possible d’entrer dans la Manche, de gagner plusieurs jours sur l’escadre ennemie de Brest, et d’arriver trois ou quatre jours avant elle devant Boulogne, nous vous laissons le maître de ne point vous approcher de Brest et de venir sur Boulogne. Si votre présence nous rend maîtres de la mer pendant trois jours devant Boulogne, nous avons toute faculté de faire notre expédition, composée de 150 000 hommes embarqués sur 2 000 bâtiments.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Cherbourg est armé, et peut contenir votre escadre et la protéger contre toute espèce de forces. Nous avons des vivres pour votre escadre à Brest, Cherbourg et Boulogne.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Nous nous en rapportons entièrement à votre zèle, à votre expérience, à votre connaissance parfaite de la mer et des localités où vous allez agir, pour faire tout ce qui paraîtra convenable pour remplir le but que nous nous sommes proposé.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">D’après la connaissance que nous avons de la distribution des forces ennemies, nous avons lieu de croire qu’avec une escadre plus forte que 16 vaisseaux de guerre, nous serions devant Boulogne maîtres absolus de la mer, en supposant que l’escadre de Brest eût été dépassée et laissée en arrière.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Notre ministre de la Marine<sup>[^8]</sup> est chargé de vous écrire en détail pour vous recommander toutes les précautions possibles pour que l’amiral Ganteaume soit prévenu de tous vos mouvements, soit à votre départ du Ferrol, soit à votre arrivée sur les parages de Brest.</font></p><p><br/> </p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">DEUXIÈMES INSTRUCTIONS.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">La direction que vous devez prendre immédiatement après votre jonction au Ferrol dépend de tant de circonstances différentes, que je ne puis que m’en rapporter à votre expérience de la mer et à votre zèle pour mon service. En effet, tant d’événements se sont passés depuis votre départ pour la Martinique<sup>[^9]</sup> ; la connaissance des forces ennemies que vous avez attirées en Amérique, la force de l’escadre du Ferrol et de la croisière ennemie devant ce port, la situation de notre armée, sont autant d’éléments nécessaires pour ordonner impérieusement de votre destination ultérieure.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Le but principal de toute l’opération est de nous procurer pendant quelques jours la supériorité devant Boulogne. Maîtres du détroit pendant quatre jours, 150 000 hommes embarqués sur 2 000 bâtiments achèveraient entièrement l’expédition. Pour arriver à ce grand but, immédiatement après votre apparition au Ferrol, vous aurez quatre partis à prendre :</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Le premier, de vous porter devant Rochefort, et de vous réunir aux 5 vaisseaux que j’ai dans cette rade ; j’ai envoyé des instructions au vaisseau <i>Le Régulus</i>, qui est à Lorient, de vous joindre ; ainsi, au nombre de 25 vaisseaux français et de 15 vaisseaux espagnols, de faire votre réunion avec l’escadre de Brest, et, au nombre de plus de 60 vaisseaux de ligne, d’entrer dans la Manche.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Le deuxième parti est de laisser l’escadre de Rochefort, qui occupe un pareil nombre de vaisseaux ennemis, et de vous diriger le plus promptement possible sur Brest, pour opérer votre jonction avec l’amiral Ganteaume.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Le troisième parti serait, après votre jonction avec l’escadre du Ferrol, de doubler l’Irlande, et vous joindre à l’escadre du Texel<sup>[^10]</sup>, forte de 7 vaisseaux, et au convoi, et d’arriver devant Boulogne.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Le quatrième parti paraît devoir être celui de se diriger sur le cap Lizard, et, à trente lieues au large, de profiter d’un vent d’ouest pour longer la côte d’Angleterre, éviter la rencontre de l’escadre qui bloque Brest, et arriver quatre ou cinq jours avant elle devant Boulogne.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Pour chacune de ces opérations, en calculant les vivres que vous trouverez à bord des vaisseaux français et espagnols, les vivres que vous trouverez à Rochefort, vous en serez suffisamment pourvu ; et, prévoyant dès longtemps votre expédition, j’en ai fait réunir une grande quantité à Brest, Cherbourg et Boulogne.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Si vous prenez le parti de faire votre réunion avec l’escadre de Brest, vous devez tenter de le faire sans combat, et, si cela est trop difficile, calculer de manière à vous battre le plus près de Brest qu’il vous sera possible, et, à cet effet, de tromper l’ennemi par de fausses routes, si, sur la nouvelle de votre apparition au Ferrol, il prenait le parti de marcher une vingtaine de lieues à votre rencontre. Si, au contraire, vous prenez le parti de doubler l’Irlande, vous devez passer hors de vue des côtes, et rendre votre navigation la plus inconnue que possible à l’ennemi, qui pendant un temps vous croira retourné dans la Méditerranée, comme on ne manquera pas de le répandre par tous les moyens.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">L’amiral Ganteaume, avec 21 vaisseaux approvisionnés pour six mois, est mouillé en dehors du goulet, entre Bertheaume et Camaret, sous la protection de batteries de plus de 150 bouches à feu. Du moment de votre arrivée au Ferrol, il mettra à la voile ; il se trouve avoir des facilités pour sortir qu’il n’aurait point dans toute autre position, en dedans du goulet. Dans le cas où vous préféreriez votre réunion avec Brest, vous aurez soin de prévenir par des bricks que vous ferez aborder sur la côte la plus près de Brest, avec un officier qui ne perdrait pas un moment pour se rendre auprès de l’amiral Ganteaume.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Si vous doublez l’Irlande, vous irez au Texel ; des instructions positives y ont été envoyées, ainsi que sur la situation de l’ennemi dans ces parages.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Si, par les événements survenus en Amérique ou dans le cours de votre navigation, vous vous trouviez dans une situation qui ne vous permit pas de remplir ces instructions, et que vous ne dussiez penser à aucune nouvelle opération, vous ferez partir l’escadre de l’amiral Gourdon avec les 3 ou 4 vaisseaux meilleurs marcheurs espagnols du Ferrol, pour établir une croisière conformément aux instructions ci-jointes. Notre intention est que vous leviez le blocus de Rochefort, que vous donniez les instructions ci-jointes au capitaine Allemand<sup>[^11]</sup>, dont vous favoriserez la sortie, et que, cela fait, vous rameniez mon escadre à Cadix avec les vaisseaux du Ferrol ; que vous favorisiez l’entrée de l’escadre de Carthagène à Cadix, que vous occupiez le détroit, que vous ravagiez la rade de Gibraltar, et que vous vous approvisionniez là de vivres.</font></p><p><font size="3" style="font-size: 12pt">Ce serait avec bien du regret que je verrais que ces dernières circonstances, quelques combats même avec des forces inférieures que vous auriez soutenus, des circonstances de séparation et d’autres événements, ajourneraient l’époque de notre opération importante. J’ai voulu toutefois pourvoir aux partis que vous auriez à prendre dans des événements que je ne puis calculer, et dont je ne puis avoir connaissance.<sup>[^12]</sup></font></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3><p><br/> </p> [^1]: <span></span> La <i>Correspondance</i> a daté cette lettre au 8 mai, ce qui semble être une erreur ; elle a probablement été rédigée le 8 ou 9 juin. Les raisons en sont faciles à comprendre. Napoléon dans une lettre à Decrès, datée du même jour que celle-ci (voir CG5-9996, note 4), annonce que le retour de Missiessy devrait être imminent. Or, ici, cette escadre (5 vaisseaux et 3 frégates) est déjà présente dans son port d’attache de l’île d’Aix. De plus, Napoléon joint à la présente lettre ses instructions pour le capitaine Allemand qui a remplacé Missiessy disgracié : ces instructions sont datées du 9 juin, voir ci-dessous la pièce n° 10239. [^2]: L’escadre de Gravina. [^3]: L’escadre de Gourdon. [^4]: L’escadre de Grandallana. [^5]: L’escadre de Zacharie Allemand qui remplace Missiessy. [^6]: <span></span><i>Le Régulus</i> et <i>La Thétis</i>. [^7]: Ces deux points, également fortifiés par Vauban, permettent de contrôler les entrées nord et sud du goulet de la rade de Brest, voir CG5-10246. [^8]: Decrès. [^9]: De Toulon le 30 mars. [^10]: Celle du vice-amiral De Winter. [^11]: <span></span> Chef de division navale dans l’escadre de Missiessy sur <i>Le Magnanime</i>, désormais commandant l’escadre sur <i>Le Majestueux</i>, juin 1805. [^12]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 8700, d’après l’expédition communiquée par la duchesse Decrès.</body>