| identifiant | CG1-1331.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1797/01/28 00:00 |
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| titre | Napoléon à Carnot, membre du Directoire exécutif |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 1331. - </b>À Carnot[^1], membre du Directoire exécutif</h1><p style="text-align: center"><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Vérone, 9 pluviôse an V [28
janvier 1797]</h2><p><br/>
</p><p>J’ai reçu votre lettre, mon cher Directeur, sur le champ de
bataille de Rivoli. J’ai vu dans le temps avec pitié tout ce que
l’on débite sur mon compte ; l’on me fait parler, chacun
suivant sa passion[^2].
Je crois que vous me connaissez trop pour imaginer que je puisse être
influencé par qui que ce soit. J’ai toujours eu à me louer des
marques d’amitié que vous m’avez données, à moi et aux miens,
et je vous en conserverai toujours une vraie reconnaissance[^3].
Il est des hommes pour qui la haine est un besoin, et qui, ne pouvant
pas bouleverser la République, s’en consolent en semant la
dissension et la discorde partout où ils peuvent arriver. Quant à
moi, quelque chose qu’ils disent, ils ne m’atteignent plus :
l’estime d’un petit nombre de personnes comme vous, celle de mes
camarades et du soldat, quelquefois aussi l’opinion de la
postérité, et, par-dessus tout, le sentiment de ma conscience et la
prospérité de mon pays, m’intéressent uniquement.</p><p>Deux divisions de l’armée sont aujourd’hui à Bassano ;
l’ennemi, à ce qu’on m’assure, évacue Trente. Mantoue est
toujours strictement bloquée. Le baron de Saint-Vincent[^4]
est parti le 4 de Trente pour Vienne. Le 15, nous bombardons Mantoue.
Colli, celui qui commandait l’armée autrichienne en Piémont[^5],
est débarqué à Ancône avec quelques officiers et sous-officiers
autrichiens[^6] ;
il a déjà passé en revue l’armée papale. Quand vous aurez reçu
cette lettre, une de nos divisions aura déjà attaqué cette armée.
J’ai écrit au citoyen Cacault pour qu’il eût sur-le-champ à
évacuer Rome[^7] ;
on n’a pas d’idée des mauvais traitements que cette prêtraille
lui a fait essuyer.</p><p>J’attends toujours avec impatience Villemanzy[^8] ;
Denniée ne va plus ; Leroux va exercer ses fonctions en
attendant.</p><p>Tous les officiers autrichiens, généraux et autres, auxquels
j’ai fait part de la bêtise de la cour de Vienne, qui, dans les
entrevues avec le général Clarke[^9],
a paru ne pas reconnaître la République, ont beaucoup crié.
L’opinion publique, à Vienne, est très contraire à Thugut[^10].
J’ai dit à Manfredini[^11],
la dernière fois que je l’ai vu, que, si l’Empereur voulait
avoir la preuve que Thugut s’était vendu à la France dans le
temps de son ambassade à Constantinople[^12],
il serait facile de la lui procurer.</p><p>Je vous prie de presser Truguet[^13]
[^14]
pour l’envoi de quelques frégates dans l’Adriatique.</p><p>La tête des troupes que vous annoncez, venant du Rhin, n’est
pas encore arrivée à Lyon ; de Lyon à Vérone, il y a
vingt-huit jours de marche ; nous sommes aujourd’hui le 9 :
ainsi il n’y a pas d’espoir qu’avant le 9 ventôse nous
puissions avoir ici un seul bataillon des colonnes venant du Rhin.
Des 10 000 hommes de l’Océan, annoncés depuis tant de temps,
il n’y a encore que 1 800 hommes, formant la 64<sup>e</sup>
demi-brigade, qui soient arrivés. De Vienne à Trente, il n’y a
que trente jours de marche ; de Vienne à la Piave, c’est-à-dire
près de Bassano, il y a encore moins.</p><p>J’ai écrit à la trésorerie relativement à son indécente
conduite avec la compagnie Flachat. Ces gens-là nous ont infiniment
nui en emportant cinq millions, et par là nous ont mis dans la
situation la plus critique. Quant à moi, s’ils viennent dans
l’arrondissement de l’armée, je les ferai mettre en prison,
jusqu’à ce qu’ils aient rendu à l’armée les cinq millions
qu’ils lui ont enlevés. Non seulement la trésorerie ne pense pas
à faire payer le prêt à l’armée et à lui fournir ce dont elle
a besoin, mais encore elle protège les fripons qui viennent à
l’armée pour s’engraisser. Je crains bien que ces gens-là ne
soient plus les ennemis de la République que les cours de Vienne et
de Londres.</p><p>Vous verrez, par la lettre que j’écris au Directoire, que nous
venons encore de faire 1 100 prisonniers aux deux combats de Carpane
et d’Avio. Nous serons sous peu à Trente ; je compte garder
cette partie du Tyrol et la Piave jusqu’à l’arrivée des forces
que vous m’annoncez. Dès l’instant qu’elles seront arrivées,
je serai bientôt à Trieste, à Klagenfurt et à Brixen[^15] ;
mais il faut pour ces opérations que les 30 000 hommes que vous
m’annoncez arrivent.</p><p>Je vous serai obligé, par le premier courrier, de me donner des
nouvelles de l’expédition d’Irlande[^16],
surtout s’il y en a de mauvaises ; car, pour peu que nous
ayons quelque désavantage, on ne manquera pas d’exagérer au
centuple.[^17]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Bonaparte</i></h3>
[^1]: Lazare
Carnot (1753-1823), officier du génie, député à la Législative
(1791) et à la Convention (1792), membre du Comité de salut public
(1793), adversaire de Robespierre, il n’est pas concerné par la
purge de Thermidor et ne sort du comité de Salut public qu’en
mars 1795. Elu au conseil des Anciens puis au Directoire (octobre
1795), il s’exile en Allemagne au moment de Fructidor.
[^2]: On critique à Paris la façon dont Bonaparte traite les affaires
d’Italie.
[^3]: <span></span>Dix jours plus tard, Carnot écrira à Bonaparte : « Comptez
sur moi comme je comte sur vous, avec tous les hommes sages qui
aiment la République pour elle et non pour eux » (<i>Mémoires
de Lazare Carnot. 1753-1823</i>, Hachette, 1907, t. II, p. 126).
[^4]: Il s’agit en réalité du baron Vincent, aide de camp de
l’Empereur.
[^5]: Ce général autrichien commandait en réalité une armée sarde.
[^6]: Il est désormais au service du Saint-Siège.
[^7]: Ci-dessus, n° 1313.
[^8]: Jacques Pierre Orillard de Villemanzy (1751-1830), ancien
commissaire général de l’armée du Rhin, fait prisonnier à la
fin de 1793, libéré dans le cadre d’un échange de prisonniers,
il est nommé commissaire-ordonnateur en chef (avril 1796) à
l’armée d’Italie qu’il ne rejoint qu’au début de 1797. Il
restera à ce poste jusqu’en septembre 1798.
[^9]: En novembre 1796, Clarke a été chargé de négocier un armistice
avec Vienne et de surveiller Bonaparte.
[^10]: Responsable des Affaires étrangères de la monarchie autrichienne.
[^11]: Manfredini, marquis de, premier ministre du grand-duc de Toscane.
[^12]: <span></span><b>
</b>Jean Amédée François de Paule, baron Thugut (1736-1818),
disciple de Kaunitz, adversaire résolu de la Révolution française,
il devient ministre des Affaires étrangères de l’Autriche à
partir du 13 juillet 1794, fonction qu’il occupera jusqu’en
1801.
[^13]: Laurent Jean François Truguet (1752-1839), commandant l’expédition
sur la Sardaigne (1793), ministre de la Marine et des Colonies, du 4
novembre 1795 au 15 juillet 1797, puis ambassadeur à Madrid à
compter du 20 octobre 1797.
[^14]: Alors ministre de la Marine.
[^15]: En italien : Bressanone.
[^16]: L’expédition de décembre 1796 a été un échec. Hoche est
rentré en France (île de Ré), le 13 janvier.
[^17]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er </i></sup><i>publiée
par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 1427, d’après la
Collection Napoléon.</body> |
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