CG1-1300.md

identifiantCG1-1300.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1797/01/18 00:00
titreNapoléon au Directoire exécutif
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 1300. - </b>Au Directoire exécutif</h1><p style="text-align: center"><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Vérone, 29 nivôse an V [18 janvier 1797]</h2><p><br/> </p><p>Je m’étais rendu à Bologne avec 2 000 hommes, afin de chercher, par ma proximité, à imposer à la cour de Rome, et lui faire adopter un système pacifique dont cette cour paraît s’éloigner de plus en plus depuis quelque temps.</p><p>J’avais aussi une négociation entamée avec le grand-duc de Toscane[^1], relativement à la garnison de Livourne, que ma présence à Bologne terminerait infailliblement.</p><p>Mais, le 18 nivôse, la division ennemie qui était à Padoue se mit en mouvement ; le 19, elle attaqua l’avant-garde du général Augereau qui était à Bevilacqua, en avant de Porto Legnago. Après une escarmouche assez vive, l’adjudant général Duphot, qui commandait cette avant-garde, se retira à San Zeno et le lendemain à Porto Legnago, après avoir eu le temps, par sa résistance, de prévenir toute la ligne de la marche de l’ennemi.</p><p>Je fis passer aussitôt sur l’Adige les 2 000 hommes que j’avais avec moi à Bologne, et je partis immédiatement après pour Vérone.</p><p>Le 23, à six heures du matin, les ennemis se présentèrent devant Vérone, et attaquèrent l’avant-garde du général Masséna, placée au village de Saint-Michel[^2]. Ce général sortit de Vérone, rangea sa division en bataille, et marcha droit à l’ennemi, qu’il mit en déroute, lui enleva trois pièces de canon et lui fit 600 prisonniers. Les grenadiers de la 75<sup>e</sup> enlevèrent les pièces à la baïonnette ; ils avaient à leur tête le général de brigade Brune, qui a eu ses habits percés de sept balles.</p><p>Le même jour et à la même heure, l’ennemi attaquait la tête de notre ligne de Monte Baldo défendue par l’infanterie légère du général Joubert. Le combat fut vif et opiniâtre. L’ennemi s’était emparé de la première redoute ; mais Joubert se précipita à la tête de ses carabiniers, chassa l’ennemi qu’il mit en déroute complète, et lui fit 110 prisonniers.</p><p>Le 24, l’ennemi jeta brusquement un pont à Angiari et y fit passer son avant-garde, à une lieue de Porto Legnago. En même temps le général Joubert m’instruisit qu’une colonne assez considérable filait par Montagna et menaçait de tourner son avant-garde à La Corona. Différents indices me firent connaître le véritable projet de l’ennemi, et je ne doutai plus qu’il n’eût envie d’attaquer, avec ses principales forces, ma ligne de Rivoli, et par là arriver à Mantoue. Je fis partir dans la nuit la plus grande partie de la division du général Masséna, et je me rendis moi-même à Rivoli, où j’arrivai à deux heures après minuit.</p><p>Je fis aussitôt reprendre au général Joubert la position intéressante de San Marco ; je fis garnir le plateau de Rivoli d’artillerie, et je disposai le tout afin de prendre, à la pointe du jour, une offensive redoutable, et de marcher moi-même à l’ennemi.</p><p>À la pointe du jour, notre aile droite et l’aile gauche de l’ennemi se montrèrent sur les hauteurs de San Marco. Le combat fut terrible et opiniâtre. Le général Joubert, à la tête de la 33<sup>e</sup>, soutenait son infanterie légère que commandait le général Vial. Cependant M. Alvinczy, qui avait fait ses dispositions le 24 pour enfermer toute la division du général Joubert, continuait d’exécuter son même projet ; il ne se doutait pas que, pendant la nuit, j’y étais arrivé avec des renforts assez considérables pour rendre son opération non-seulement impossible, mais encore désastreuse pour lui. Notre gauche fut vivement attaquée, elle plia, et l’ennemi se porta sur le centre. La 14<sup>e</sup> demi-brigade soutint le choc avec la plus grande bravoure. Le général Berthier, chef de l’état-major, que j’y avais laissé, déploya dans cette occasion la bravoure dont il a fait si souvent preuve dans cette campagne. Les Autrichiens, encouragés par leur nombre, redoublaient d’efforts pour enlever les canons placés devant cette demi-brigade ; un capitaine s’élance au-devant de l’ennemi en criant : « 14<sup>e</sup>, laisserez-vous prendre vos pièces ? » en même temps la 32<sup>e</sup>, que j’avais envoyée pour rallier la gauche, paraît, reprend toutes les positions perdues, et, conduite par son général de division Masséna, rétablit entièrement les affaires.</p><p>Cependant, il y avait déjà trois heures que l’on se battait, et l’ennemi ne nous avait pas encore présenté toutes ses forces. Une colonne ennemie qui avait longé l’Adige, sous la protection d’un grand nombre de pièces, marche droit au plateau de Rivoli pour l’enlever, et par la menace de tourner la droite et le centre. J’ordonnai au général de cavalerie Leclerc de se porter pour charger l’ennemi, s’il parvenait à s’emparer du plateau de Rivoli, et j’envoyai le chef d’escadron Lasalle[^3], avec 50 dragons, prendre en flanc l’infanterie ennemie qui attaquait le centre, et la charger vigoureusement[^4]. Au même instant le général Joubert avait fait descendre des hauteurs de San Marco quelques bataillons qui plongeaient sur le plateau de Rivoli. L’ennemi qui avait déjà pénétré sur le plateau, attaqué vivement de tous côtés, laisse un grand nombre de morts, une partie de son artillerie, et rentre dans la vallée de l’Adige. À peu près au même moment la colonne ennemie, qui était déjà depuis longtemps en marche pour nous tourner et nous couper toute retraite, se rangea en bataille sur des pilons derrière nous. J’avais laissé la 75<sup>e</sup> en réserve, qui non-seulement tint cette colonne en respect, mais encore en attaqua la gauche qui s’était avancée, et la mit sur-le-champ en déroute. La 18<sup>e</sup> demi-brigade arriva sur ces entrefaites, dans le temps que le général Rey avait pris position derrière la colonne qui nous tournait. Je fis aussitôt canonner l’ennemi avec quelques pièces de 12 ; j’ordonnai l’attaque, et en moins d’un quart d’heure toute cette colonne, composée de plus de 4 000 hommes, fut faite prisonnière. L’ennemi, partout en déroute, fut partout poursuivi, et, pendant toute la nuit, on nous amena des prisonniers. 1 500 hommes qui se sauvaient par Garde furent arrêtés par 50 hommes de la 18<sup>e</sup>, qui, du moment qu’ils les eurent reconnus, marchèrent sur eux avec confiance et leur ordonnèrent de poser les armes.</p><p>L’ennemi était encore maître de La Corona, mais il ne pouvait plus être dangereux. Il fallait s’empresser de marcher contre la division de M. le général Provera qui avait passé l’Adige le 24, à Angiari ; je fis filer le général Victor avec la brave 57<sup>e</sup>, et rétrograder le général Masséna qui, avec une partie de sa division, arriva à Roverbello le 25.</p><p>Je laissai l’ordre en partant au général Joubert d’attaquer, à la pointe du jour, l’ennemi, s’il était assez téméraire pour rester encore à La Corona.</p><p>Le général Murat avait marché toute la nuit avec une demi-brigade d’infanterie légère, et devait paraître, dans la matinée, sur les hauteurs de Monte Baldo qui dominent La Corona. Effectivement, après une résistance assez vive, l’ennemi fut mis en déroute, et ce qui était échappé à la journée de la veille fut fait prisonnier ; la cavalerie ne put se sauver qu’en traversant l’Adige à la nage, et il s’en noya beaucoup.</p><p>Nous avons fait, dans les deux journées de Rivoli, 13 000 prisonniers, et pris neuf pièces de canon. Les généraux Sandoz et Meyer[^5] ont été blessés en combattant vaillamment à la tête des troupes.</p><p><br/> </p><p>COMBAT DE SAINT-GEORGES.</p><p>M. le général Provera, à la tête de 6 000 hommes, arriva le 26 à midi au faubourg de Saint-Georges ; il l’attaqua pendant toute la journée, mais inutilement. Le général de brigade Miollis défendait ce faubourg ; le chef de bataillon du génie Sanson l’avait fait retrancher avec soin. Le général Miollis, aussi actif qu’intrépide, loin d’être intimidé des menaces de l’ennemi, lui répondit avec du canon, et gagna ainsi la nuit du 26 au 27, pendant laquelle j’ordonnai au général Sérurier d’occuper La Favorite avec la 57<sup>e</sup> et la 18<sup>e</sup> demi-brigade de ligne et toutes les forces disponibles que l’on put tirer des divisions du blocus. Mais, avant de vous rendre compte de la bataille de La Favorite, qui a eu lieu le 27, je dois vous parler des deux combats d’Angiari.</p><p><br/> </p><p>PREMIER COMBAT D’ANGIARI.</p><p>La division du général Provera, forte de 10 000 hommes, avait percé le passage d’Angiari. Le général de division Guieu avait aussitôt réuni toutes les forces qu’il avait trouvées, et avait marché à l’ennemi ; n’ayant que 1 500 hommes, il ne put pas parvenir à faire repasser la rivière à l’ennemi, mais il l’arrêta une partie de la journée et lui fit 300 prisonniers.</p><p><br/> </p><p>DEUXIÈME COMBAT D’ANGIARI.</p><p>Le général Provera ne perdit pas un instant, il fila sur-le-champ sur Castellaro. Le général Augereau tomba sur l’arrière-garde de sa division, et, après un combat assez vif, enleva toute l’arrière-garde de l’ennemi, lui prit seize pièces de canon et lui fit 2 000 prisonniers. L’adjudant général Duphot s’y est particulièrement distingué par son courage. Les 9<sup>e</sup> et 18<sup>e</sup> régiments de dragons et le 25<sup>e</sup> chasseurs s’y sont particulièrement distingués. Un commandant de hussards se présente devant un escadron du 9<sup>e</sup> régiment de dragons, et, par une de ces fanfaronnades communes aux Autrichiens, « <i>Rendez-vous !</i> » crie-t-il au régiment. Le citoyen Duvivier[^6] fait arrêter son escadron : « <i>Si tu es brave, viens me prendre</i> ! » crie-t-il au commandant ennemi. Les deux corps s’arrêtent, et les deux chefs donnèrent un exemple de ces combats que nous décrit avec tant d’agrément le Tasse. Le commandant de uhlans fut blessé de deux coups de sabre. Les troupes alors chargèrent, et les uhlans furent faits prisonniers.</p><p>Le général Provera fila toute la nuit, arriva, comme j’ai eu l’honneur de vous le dire, à Saint-Georges, et l’attaqua le 26. N’ayant pas pu y entrer, il projeta de forcer La Favorite, de percer les lignes du blocus, et, secondé par une sortie que devait faire Wurmser, de se jeter dans Mantoue.</p><p><br/> </p><p>BATAILLE DE LA FAVORITE.</p><p>Le 27, une heure avant le jour, les ennemis attaquèrent La Favorite, dans le temps que Wurmser fit une sortie et attaqua les lignes du blocus par Sant’ Antonio. Le général Victor, à la tête de la 57<sup>e</sup> demi-brigade, culbuta tout ce qui se trouva devant lui. Wurmser fut obligé de rentrer dans Mantoue presque aussitôt qu’il en était sorti, et laissa le champ de bataille couvert de morts et de prisonniers. Le général Sérurier fit avancer alors le général Victor, avec la 57<sup>e</sup> demi-brigade, afin d’acculer Provera au faubourg de Saint-Georges, et, par-là, le tenir bloqué. Effectivement, la confusion et le désordre étaient dans les rangs ennemis : cavalerie, infanterie, artillerie, tout était pêle-mêle. La terrible 57<sup>e</sup> demi-brigade n’était arrêtée par rien : d’un côté, elle prenait trois pièces de canon ; d’un autre, elle mettait à pied le régiment des hussards de Her-Dendi. Dans ce moment, le respectable général Provera demanda à capituler ; il compta sur notre générosité, et ne se trompa pas. Nous lui accordâmes la capitulation dont vous trouverez ci-joint les articles. 6 000 prisonniers, parmi lesquels tous les volontaires de Vienne, 20 pièces de canon, furent le fruit de cette journée mémorable.</p><p>L’armée de la République a donc, en quatre jours, remporté deux batailles rangées et six combats, fait près de 25 000 prisonniers, parmi lesquels un lieutenant général et deux généraux, douze à quinze colonels, etc., pris 20 drapeaux, 60 pièces de canon, et tué ou blessé au moins 6 000 hommes.</p><p>Je vous demande le grade de général de division pour le général Victor[^7], celui de général de brigade pour l’adjudant général Veaux[^8]. Toutes les demi-brigades se sont couvertes de gloire, et spécialement les 32<sup>e</sup>, 57<sup>e</sup> et la 18<sup>e</sup> de ligne que commandait le général Masséna, et qui, en trois jours, ont battu l’ennemi à Saint-Michel, à Rivoli et à Roverbello. Les légions romaines faisaient, dit-on, vingt-quatre milles par jour ; nos brigades en font trente, et se battent dans l’intervalle.</p><p>Les citoyens Destaing, chef de la 4<sup>e</sup> demi-brigade légère, Marquis, chef de la 29<sup>e</sup>, Fornésy, chef de la 17<sup>e</sup>, ont été blessés. Les généraux de brigade Vial, Brune, Bon et l’adjudant général Argod[^9] se sont particulièrement distingués.</p><p>Les traits particuliers de bravoure sont trop nombreux pour être tous cités ici.[^10]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Bonaparte</i></h3> [^1]: Ferdinand III de Habsbourg. [^2]: Aujourd’hui San Michelle Extra. [^3]: Charles comte de Lasalle (1775-1809), sous-lieutenant de cavalerie (1786), démissionnaire (1792) puis volontaire (1794), il est chef d’escadron au moment de la campagne d’Italie. [^4]: Au soir de la bataille de Rivoli, alors que Lasalle présentait à Bonaparte les drapeaux pris à l’ennemi, le général lui aurait lancé : « Couche-toi dessus, Lasalle, tu l’as bien mérité !». [^5]: Jean Baptiste Maur Ange Montanus Joseph Rodolphe Eugène Meyer (1768-1802), général de brigade (1795) d’origine suisse, à l’armée d’Italie à partir de juin 1796. [^6]: <span></span>Léopold Charles Maximilien Duvivier<b> </b>(1757-1799), chef d’escadron du 9è dragons puis chef de brigade pendant la campagne d’Italie. [^7]: Grade confirmé par le Directoire en mars 1797. [^8]: Confirmé en mars 1797. [^9]: <span></span>François<b>Argod</b>, (1759-1799), sous-officier en 1790, renvoyé de l’armée et réintégré quelques mois plus tard, nommé adjudant général en 1793, il rejoint l’armée d’Italie en avril 1796 pour servir dans les divisions Sérurier puis Joubert. Il se distingue à Rivoli et passe ensuite, comme chef d’Etat major, à la division Victor. [^10]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er </i></sup><i>publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 1399, d’après le dépôt de la Guerre. Un brouillon de cette lettre a été vendu en décembre 2022 (Sotheby's, Londres, 13 décembre 2022, n° 264).</body>
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