CG10-24881.md

identifiantCG10-24881.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1810/10/10 00:00
titreNapoléon au général Lauriston, aide de camp de l'Empereur
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG10</i> - 24881. - </b>Au général Lauriston, aide de camp de l'Empereur</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Fontainebleau, 10 octobre 1810</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Le comte Lauriston partira le 16 de ce mois. Il se rendra d'abord à Lyon[^1]. Il prendra connaissance des travaux de l'île Perrache, des travaux du Palais impérial[^2], des crédits affectés à ces travaux, des motifs pour lesquels ces crédits n'ont pas été consommés, de la situation des ponts que j'ai ordonnés, de la place Bellecour, des dépenses qu'on a faites à l'hôtel de ville, du muséum et des autres établissements publics. Il s'informera secrètement de la manière dont le maire est logé, des dépenses faites pour son établissement à l'hôtel de ville. Il observera l'esprit public, et il me rendra compte de tout ce qui peut m'intéresser dans cette grande ville.</p><p style="margin-bottom: 0cm">De là il se rendra à Turin. Il m'écrira en grand détail sur la route de la Maurienne et sur celle du Mont Cenis[^3]. Arrivé à Turin, où il restera trois jours, il s'informera de tout ce qui est relatif au Piémont, de l'esprit du pays, de ses relations avec son ancien souverain[^4], de sa manière d'être actuelle ; il prendra surtout des informations sur les subsistances, sur le produit des récoltes de cette année, sur le prix du pain qu'on dit être à 7 sous la livre, sur les causes de cette cherté et sur ce qu'il faudrait faire pour donner du travail au peuple pendant l'hiver. Il me parlera de la fonderie.</p><p style="margin-bottom: 0cm">De Turin à Milan, il verra les travaux que j'ai fait faire aux ponts. Il me donnera des renseignements détaillés sur cet objet, sur ce qui concerne les denrées coloniales et sur les progrès des fabriques et de l'industrie.</p><p style="margin-bottom: 0cm">De Milan, il se dirigera sur Idria[^5], principal but de son voyage. Il m'écrira, en passant, sur Mantoue, Porto Legnago, Malghera et Palmanova.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il trouvera à Idria le sieur Daubenton, que le grand chancelier de la Légion d'honneur y a envoyé comme administrateur, et le sieur Séguier, mon consul à Trieste, qui y sera depuis le 15 octobre, et qui se sera mis d'avance au courant de tout, pour lui donner les informations nécessaires. Il fera appeler de Laybach[^6] et de Trieste les hommes qui connaissent le mieux ce qui concerne les mines d'Idria. Il fera ensuite un projet de règlement, renverra les individus inutiles, réformera les abus et projettera l'organisation la plus utile de ces établissements. Lorsqu'il aura arrêté son travail, il ira à Laybach et le communiquera au gouverneur général et à l'intendant des finances[^7]. Il l'adressera ensuite au grand chancelier de la Légion d'honneur[^8], qui me le présentera. Tout l'arriéré doit se trouver payé à son arrivée. Il trouvera ci-joint le décret que j'ai rendu à cet effet.<b> </b>Il est convenable qu'avant de partir il s'assure que tout est payé, afin qu'il n'ait pas de réclamations désagréables à entendre. Avant de quitter Idria, il réglera aussi le compte de l'établissement, c'est-à-dire la situation et l'état des denrées existant en magasin au moment où mes troupes sont entrées à Idria, ce que les mines ont rendu depuis cette époque jusqu'à ce jour, ce qu'elles devaient rendre et ce qui a été dépensé.</p><p style="margin-bottom: 0cm">D'Idria, le comte Lauriston se rendra à Trieste. Il y fera ses observations sur l'organisation des douanes, qu'il doit connaître en détail, sur la conduite des administrateurs, sur les tarifs, les marchandises coloniales,<b> </b>le transit avec l'Autriche, etc. Il s'instruira, avant de partir, de nos principes sur les douanes, sur le commerce anglais,<b> </b>les neutres et les Ottomans.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il verra la Save[^9] jusqu'à la Turquie.</p><p style="margin-bottom: 0cm">À Karlstadt[^10], il prendra des informations sur tout ce qui concerne les régiments croates, sur leur ancienne organisation, sur les changements qui ont été faits par le gouverneur général[^11] et l'organisation actuelle, sur ce que coûtent ces régiments. Enfin il recueillera toutes les connaissances qu'il pourra rassembler sur cet objet.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il ira à Fiume ; de là il reviendra à Trieste.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il se rendra ensuite à Villach, en restant toujours dans les Provinces illyriennes. De là il ira à Osoppo et choisira la position où il serait convenable de bâtir un petit fort pour se rendre maître de la chaussée qui débouche sur Villach.</p><p style="margin-bottom: 0cm">De là il se rendra à Venise, où il passera quelques jours pour connaître l'esprit public et prendre des informations sur le commerce, la situation des travaux pour la construction des vaisseaux et pour les conduire à la mer. Il verra l'arsenal de la marine en détail.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il reviendra par Mantoue et Alexandrie, qu'il inspectera en détail. Il visitera Gênes, le chemin de la Corniche[^12], Savone, etc. Il inspectera les routes que je fais faire. Il s'arrêtera à Nice ; au golfe de Fréjus, où j'ai fait élever des batteries ; aux îles d'Hyères, où il examinera ce qu'on a fait pour leur défense ; à Toulon et à Marseille, où il restera le temps nécessaire pour se mettre en état de me faire des rapports détaillés sur l'escadre, l'arsenal et sur tous les objets qui m'intéressent. Il visitera le canal que je fais faire aux bouches du Rhône[^13]. Il verra ensuite le pont d'Avignon et il reviendra à Paris.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il ira partout incognito, sans fracas et de manière à bien voir. Il n'y mettra cependant aucune affectation.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Dans les Provinces illyriennes, le comte Lauriston se rend comme chargé des intérêts de l'ordre des Trois Toisons d'or, et partout ailleurs comme chargé de rendre compte des travaux de l'armement des côtes.[^14]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Nap</h3> [^1]: La minute précise : « où il restera 5 jours ». [^2]: Le projet grandiose d'un palais impérial sur l'île Perrache, conçu en 1804 par l'architecte Fontaine, fut accepté en 1810, mais jamais achevé. [^3]: Cette route avait été achevée en 1807, après six années de chantier. [^4]: <span></span> Victor-Emmanuel I<sup>er</sup>, roi de Sardaigne, prince de Piémont et duc de Savoie de 1802 à 1821. Après l'annexion du Piémont par la France en 1802, il vivait isolé en Sardaigne. [^5]: Où se trouvaient les célèbrent mines de Mercure, devenue patrimoine de l’ordre des Trois Toisons (Voir CG10-24876). [^6]: Ancienne capitale du duché de Carniole, considéré comme chef-lieu des Provinces illyriennes. [^7]: Dauchy, intendant des finances des Provinces Illyriennes. [^8]: Lacépède. [^9]: Affluent de la rive droite du Danube, coulant en Illyrie. [^10]: Chef-lieu de la Croatie. [^11]: Marmont. [^12]: La route de la corniche se situe sur la route de Paris à Rome, passant par Nice, Gênes et Florence. Les chantiers de cette route dépasseront Vintimille en 1815. [^13]: Il s'agit vraisemblablement du canal du Rhône au Rhin. Ce canal devait protéger l'est de la France contre l'Autriche. La moitié du financement devait être géré par les départements limitrophes (décision du 11 avril 1806), et le canal devait ensuite prendre le nom de Canal Napoléon. L'achèvement sera ajourné en 1810, pour être repris seulement en 1821. [^14]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 17031, d'après l'original communiqué par le marquis de Lauriston (minute, Archives nationales, AF IV 886, octobre 1810, n° 146). Extrait [catalogue de vente], Dominique Vincent, <i>Précieux et très importants souvenirs historiques du 1</i><sup><i>er</i></sup><i> Empire et de la Restauration, ayant appartenu au maréchal de France J.A.B. Law, marquis de Lauriston</i>, Drouot, 26 octobre 1972, n° 30.</body>