| identifiant | CG10-24826.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1810/10/06 00:00 |
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| titre | Napoléon à Frédéric-Auguste Ier, roi de Saxe |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG10</i> - 24826. - </b>À Frédéric-Auguste I<sup>er</sup>, roi de Saxe</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Fontainebleau, 6 octobre 1810</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Monsieur mon frère,
j'ai reçu la lettre de Votre Majesté, du 13 septembre, avec les
états de situation qui étaient joints. J'y réponds article par
article. Je pense qu'il est nécessaire que Votre Majesté ait 60 000
fusils en magasin, pour en armer au besoin sa population. Je tiens à
sa disposition 30 000 fusils, 2 000 carabines, 2 000
paires de pistolets et 1 300 sabres. Il me paraît que son
artillerie est suffisante, autant que j'en puis juger par les états
imparfaits que j'ai sous les yeux. J'attendrai ceux que vous
m'annoncez. Je désirerais que chacun de ses 17 régiments
d'infanterie polonais eût la même organisation en
artillerie régimentaire, en caissons de transport, que
les régiments français. Chaque régiment d'infanterie
devant, par cette organisation, avoir deux pièces de 3 ou de 4[^1],
ce serait 34 pièces de ce calibre qui seraient nécessaires ;
je les ferai remettre à Votre Majesté. Il est important que son
ministre de la guerre, en envoyant quelqu'un pour prendre ces armes
et cette artillerie, prescrive beaucoup de circonspection et du
secret. Votre Majesté devra pourvoir au transport depuis Mayence et
Strasbourg.</p><p style="margin-bottom: 0cm">J'ai vu avec intérêt
les plans des trois places de Sierock, de Praga et de Mödlin[^2].
Sierock a aujourd'hui moins d'importance qu'il n'en avait. En faisant
fortifier ce point, j'ai eu égard à sa position sur la frontière
d'Autriche ; l'ennemi était obligé de venir y passer la Narew,
entre Sierock et Mödlin, sous peine de violer la neutralité
autrichienne. Cependant Sierock peut être important comme ouvrage de
campagne et comme tête de pont ; mais la véritable place est
Mödlin. Mödlin doit être au grand-duché[^3]
ce que Torgau est à la Saxe. Là doivent être les magasins,
l'arsenal, les dépôts, afin que, l'ennemi venant à prendre
Varsovie, rien ne tombe dans ses mains. J'enverrai à Votre Majesté
des projets sur les fortifications que je pense qu'on doit faire à
Mödlin. Elle peut, dès à présent, donner ordre que l'argent qu'on
dépense à Sierock et à Praga soit employé à Mödlin. Le
creusement des fossés et un terre-plein à établir autour de la
ligne magistrale, sont des travaux préalables auxquels on peut
employer les ouvriers qui sont à Sierock.</p><p style="margin-bottom: 0cm">J'ai vu avec intérêt
dans l'état de situation des troupes de Votre Majesté qu'elle a
17 régiments d'infanterie et surtout 16 de cavalerie. Je vois
parmi les régiments de cavalerie un régiment de
cuirassiers : un régiment de chasseurs conviendrait mieux ;
les cuirassiers doivent coûter fort cher en Pologne ; les
lanciers sont l'arme préférable[^4].
En cas de guerre, ils nous délivreraient de cette nuée de Cosaques
qui nous inondait dans la dernière guerre[^5].</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je vois avec peine que
la solde est arriérée de plusieurs mois. Le droit sur les
marchandises coloniales doit produire une ressource considérable à
Varsovie et en Saxe. Il y en a beaucoup à Leipzig ; et si cela
ne suffit pas, l'emprunt que Votre Majesté veut faire, et que j'ai
autorisé, pourra payer son armée et la mettre en parfait état. Je
ne vois pas dans les états qu'elle m'a envoyés la quantité de
caissons de transport des vivres existant à Varsovie ; il
serait bien avantageux qu'elle pût en avoir 2 ou 300. Je suis bien
avec l'Autriche et avec la Russie, mais cette dernière puissance
porte une haine si forte au grand-duché qu'il faut se tenir en
mesure. Cependant il est essentiel d'avoir une place qui mette le
matériel de la guerre du grand-duché de Varsovie à l'abri de tout
événement. Toutes les pièces de gros calibre doivent être placées
à Mödlin ; à Sierock et à Praga, il ne doit y avoir que des
pièces de 12. Il serait fâcheux que la grosse artillerie et les
magasins tombassent dans les mains des Russes, s'ils arrivaient avant
les secours ; il est donc nécessaire de mettre cela à l'abri
dans une place.</p><p style="margin-bottom: 0cm">J'ai envoyé un
gouverneur français à Dantzig[^6],
et j'ai fait renforcer la garnison de cette place importante, qui est
le palladium du grand-duché. Je désirerais que Votre Majesté
voulût m'envoyer les états de situation de son armée saxonne dans
la même forme que ceux du grand-duché de Varsovie, et qu'elle fît
travailler à Torgau.[^7]</p><h3 class="style-titre-3-+-italique" data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napol</h3>
[^1]: Les pièces d'artillerie de 3 et 4 sont définies par leur calibre massique en livres ; ces canons projettent donc des boulets de fonte de 1,5 à 2 kg.
[^2]: Voir CG10-24817.
[^3]: Grand-duché de Varsovie.
[^4]: <span></span> Napoléon rend à la lance sa véritable importance dans l'armée française dès 1807. Cette arme avait disparu au début du 17<sup>e</sup> siècle. Le premier régiment à en être doté fut le régiment de lanciers de la légion de la Vistule, employé en Espagne dès 1807.
[^5]: C’est durant la campagne de 1807 que Napoléon avait constaté la redoutable efficacité des cosaques, les campagnes de 1812 à 1814 ne seront que la confirmation de ces premières constatations.
[^6]: Le général Rapp.
[^7]: <span></span> Expédition, Sächsisches Hauptstaatsarchiv (Dresde), 10026 GK 2760. [<i>C </i>17009]</body> |
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