| identifiant | CG10-23694.md |
|---|
| fait partie de | correspondance |
|---|
| est validé | oui |
|---|
| date | 1810/05/29 00:00 |
|---|
| titre | Napoléon au vice-amiral Decrès, ministre de la Marine et des colonies |
|---|
| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG10</i> - 23694. - </b>Au vice-amiral Decrès, ministre de la Marine et des colonies</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Le Havre, 29 mai 1810</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Je désire qu'on commence cette année
les travaux à faire à la place du Havre. 200 000 francs
sont accordés pour cet objet. 175 000 seront employés à
terminer l'enceinte, et 25 000 à commencer la construction d'un
nouveau magasin à poudre qui, avec celui déjà existant, puisse
contenir deux cents milliers. Ce magasin sera fini dans la campagne
de 1811. Les 175 000 francs seront employés à élever
partout le revêtement à la hauteur de 18 pieds, à établir le
cordon sur les différents fronts où il a été par erreur placé et
à exhausser le parapet, surtout dans les bastions sur les
demi-lunes, afin que les canonniers manœuvrant des pièces sur
affûts de place, soient parfaitement à couvert.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Ces travaux faits, la place peut être
considérée comme à l'abri d'un coup de main, mais l'ennemi
s'emparant de la hauteur d'Ingouville qui n'est qu'à la distance de
500 pieds pourrait presque battre en brèche le revêtement, attendu
qu'il n'est pas du tout conservé. Le tracé actuel est sans flancs.
Pour corriger cette faute, il est convenable de construire des
contre-gardes sur tous les bastions depuis celui n° 19 jusqu'à
celui n° 45, ce qui fera six contre-gardes qu'il faudra lier entre
elles par de bonnes demi-lunes, de manière que ce système
d'ouvrages couvre parfaitement le revêtement de l'enceinte, et qu'il
soit impossible à l'ennemi de l'apercevoir avant d'être logé dans
les contre-gardes ou dans les demi-lunes. Ces ouvrages seront
entourés d'un bon chemin conservé avec palissades et glacis, ils
devront être bien défilés des hauteurs, et avoir assez de relief
pour que l'ennemi ne puisse rien apercevoir de l'escarpe.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Tous ces ouvrages que je n'estime pas
devoir coûter plus de 600 000 francs, seront en terre avec
fossés pleins d'eau.</p><p style="margin-bottom: 0cm">La hauteur d'Ingouville se trouvant
éloignée de 500 pieds des corps de place, l'ennemi ne pourra y
établir que des batteries de plein fouet. Il faudra ensuite, qu'il
chemine sur les ouvrages, et ce n'est que lorsqu'il sera logé sur
les contre-gardes qu'il pourra battre en brèche. On sent très bien
que, pour peu qu'on se défende, l'ennemi ne pourra faire tout cela
sans qu'un mois se passe.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le ministre donnera des ordres pour que
les projets de ces nouveaux ouvrages soient faits, ainsi que le tracé
et les devis. Il les soumettra à mon approbation dans le plus court
délai possible.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Quant aux hauteurs d'Ingouville, les
points où l'on a placé les trois forts me paraissent bien choisis ;
mais ces trois forts ne se feront pas à moins de cinq millions ;
c'est trop de dépense. Le fort de droite coûte fort cher et ne
serait pas d'une défense bien extraordinaire ; attaqué sur le
bastion de droite, il ne tiendrait pas longtemps. Je désire donc que
l'on trace deux bons forts fermés à la gorge, présentant des
fronts de 160 ou 180 pieds, ayant la forme d'une couronne ou d'un
pentagone. Ces ouvrages seront en terre avec demi-lunes, chemin
couvert et places d'armes. Au milieu de chacun de ces forts, on
construira un réduit en maçonnerie de 20 pieds de côté intérieur,
contenant une salle voûtée à l'abri de la bouche pour des magasins
et 200 hommes.</p><p style="margin-bottom: 0cm">En supposant que chacun de ces forts
coûte cinq ou six cents mille francs, ce sera donc deux
millions qu'on pourra répartir en plusieurs années pour parvenir à
mettre la place du Havre sur un pied respectable, au lieu de huit ou
dix qu'il faudrait dépenser pour les forts proposés, sans les
bâtiments.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il faut d'abord terminer l'enceinte des
corps de place, ensuite commencer la contre-garde sur le bastion n°
45, construire le réduit d'un des forts sur la hauteur, et à
l'autre élever le tracé en terre. Ces trois ouvrages faits, la
place aura un degré de force de plus. Successivement, on achèvera
tout le reste.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Peut-être, il deviendra nécessaire
d'établir un autre fort du coté de l'Heurt afin de mettre en
équilibre de force les différents fronts de la place ; c'est
ce qu'on verra par la suite. Il est de même probable que les deux
millions employés comme je le propose, les rendront inutiles.
L'ennemi ne se hasardera jamais à des opérations aussi chanceuses.
Obligé de débuter par plusieurs sièges à la fois, il faudrait
avoir pied sur le continent. Il sera donc facile de déjouer ses
projets et de rendre ses opérations impossibles.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le ministre ne manquera pas de faire
connaître aux habitants du Havre que c'est pour défendre leurs
propriétés que l'on construit des forts sur la hauteur
d'Ingouville ; il est probable que s'ils eussent existé il y a
cinquante ans, la ville n'eût pas été bombardée par l'ennemi.</p><p style="margin-bottom: 0cm"><u>Résumé :</u></p><p style="margin-bottom: 0cm">S'occuper de suite du projet d'une
nouvelle enceinte formée de contre-gardes et de demi-lunes, des
projets de deux forts à établir sur la hauteur, et employer cette
année les 200 000 francs accordés, à terminer l'enceinte
des corps de place et à commencer un autre magasin à poudre.</p><p style="margin-bottom: 0cm"><u>Artillerie.</u> J'ai trouvé
l'armement insuffisant, il y a beaucoup de mauvaises pièces,
plusieurs sont montées sur affûts marins ; il faut rectifier
cela et ordonner l'armement en règle de cette place.[^1]</p>
[^1]: Minute, Archives nationales, AF IV 884, mai 1810, n° 180. Apostille sur la minute : « Ces notes ont été dictées le 29 mai 1810 au Havre et n'ont pas été expédiées. »</body> |
|---|
| |