| identifiant | CG10-23648.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1810/05/20 00:00 |
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| titre | Napoléon à Louis, roi de Hollande |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG10</i> - 23648. - </b>À Louis, roi de Hollande</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Ostende, 20 mai 1810
</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Mon frère, j'ai reçu votre lettre du
16 mai. Dans la situation où nous sommes, il faut toujours parler
franchement. Vous savez que j'ai souvent lu de vos pièces, qui
n'étaient pas faites pour être mises sous mes yeux. Je connais vos
plus secrètes dispositions, et tout ce que vous me direz en
contradiction ne sert de rien. Il ne faut pas parler de vos
sentiments, de votre enfance ; l'expérience m'a appris à quoi
je dois m'en tenir là-dessus. La Hollande est dans une situation
fâcheuse, cela est vrai. Je conçois que vous désiriez en sortir ;
mais je suis surpris que vous vous adressiez à moi pour cela. Ce
n'est pas moi qui y puis quelque chose ; c'est vous et vous
seul. Quand vous vous conduirez de manière à persuader aux
Hollandais que vous agissez par mon inspiration, que toutes vos
démarches, tous vos sentiments sont d'accord avec les miens, alors
vous serez aimé et estimé, et vous acquerrez la consistance
nécessaire pour reconstituer la Hollande. C’est cette illusion qui
vous soutient encore un peu. Le voyage que vous avez fait à Paris,
votre retour avec la reine[^1],
et d'autres motifs raisonnés, font penser à vos peuples qu'il est
encore possible que vous reveniez dans mon système et dans mon
esprit ; mais vous seul pouvez confirmer ces espérances et
effacer jusqu'au moindre doute. Il n'est aucune de vos actions que
vos gros Hollandais n'évaluent, comme ils évaluent une affaire de
crédit et de commerce ; ils savent donc à quoi s'en tenir.
Lorsqu’être l’ami de la France et le mien sera un titre pour
être bien à votre cour, toute la Hollande s'en apercevra, toute la
Hollande respirera, toute la Hollande se trouvera dans une situation
naturelle ; cela dépend de vous seul. Depuis votre retour, vous
n'avez rien fait pour cela. Voulez-vous savoir quel sera le résultat
de votre conduite ? Vos sujets se trouveront ballottés entre la
France et l'Angleterre ; ne sachant à quel espoir se livrer,
quels souhaits former, se jetteront dans les bras de la France et
demanderont à grands cris la réunion, comme un refuge contre tant
d'incertitude et de bizarrerie. Votre gouvernement veut être
paternel ; il n'est que faible. Je n'ai trouvé en Brabant en
Zélande que l'administration la plus incohérente. En Zélande même,
où tout est hollandais, on est content d'être attaché à un grand
pays et de se voir arraché à une fluctuation qui était
inconcevable pour ce peuple. Pensez-vous que la lettre que vous avez
fait écrire à Mollerus[^2],
et l'assurance que vous lui donnez de votre affection au moment où
vous le destituez, vous donnera de la considération dans le pays ?
Détrompez-vous. Tout le monde sait qu’hors de moi, il n’y a
point de salut, qu’hors de moi il n’y a pas de crédit, qu’hors
de moi, vous n'êtes rien. Si donc l'exemple que vous avez eu sous
les yeux à Paris, si la connaissance de mon caractère, qui est de
marcher droit à mon but, sans qu'aucune considération puisse
m'arrêter, ne vous ont pas changé, ne vous ont pas éclairé, que
voulez-vous que j'y fasse ? Ayant la navigation de la Meuse et
du Rhin jusqu'à l'embouchure de ces fleuves, je puis me passer de la
Hollande ; la Hollande ne peut se passer de ma protection. Si,
soumise à un de mes frères, attendant de moi seul son salut, elle
ne trouve pas en lui mon image ; si, quand vous parlez, ce n'est
pas moi qui parle, vous détruisez toute confiance dans votre
administration ; vous brisez vous-même votre sceptre. Croyez
que l'on ne trompe personne. Voulez-vous être dans la voie de la
bonne politique ? Aimez la France, aimez ma gloire ; c'est
l'unique manière de servir le roi de Hollande. Sous un roi, les
Hollandais ont perdu les avantages d'un gouvernement libre ;
vous étiez donc pour eux un port ; mais ce port, vous l'avez
gâté de gaieté de cœur, vous l'avez parsemé de récifs.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Saviez-vous pourquoi vous étiez le
port de la Hollande ? C'est que vous étiez le pacte d'une union
éternelle avec la France, le lien d'une communauté d'intérêts
avec moi ; et la Hollande, devenue par vous partie de mon
empire, m'était aussi chère que mes provinces, puisque je lui avais
donné un prince qui était presque mon fils. Si vous eussiez été
ce que vous deviez être, je prendrais autant d'intérêt à la
Hollande qu'à la France ; sa prospérité me serait aussi à
cœur que celle de la France ; et certes, en vous mettant sur le
trône de la Hollande, j'avais cru y placer un citoyen français,
aussi dévoué à la grandeur de la France et aussi jaloux que moi de
ce qui intéresse la mère patrie. Si vous aviez suivi ce plan de
conduite, vous seriez aujourd'hui roi de 6 millions de sujets ;
j'aurais considéré le trône de Hollande comme un piédestal, sur
lequel j'aurais étendu Hambourg, Osnabrück et une partie du nord de
l'Allemagne, puisque c'eût été un noyau de peuples qui eût
dépaysé davantage l'esprit allemand, ce qui est le premier but de
ma politique. Bien loin de cela, vous avez suivi une route
diamétralement opposée ; je me suis vu forcé de vous
interdire la France et de m'emparer d'une partie de votre pays.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Vous ne dites pas un mot dans vos
conseils, vous ne faites pas une confidence, que tout ne soit connu,
ne tourne contre vous et ne vous annule ; car, dans l'esprit des
Hollandais, vous n'êtes pour eux qu'un Français au milieu d'eux
depuis quatre ans seulement ; ils ne voient en vous que moi et
l'avantage de se trouver à l'abri des voleurs et des agitateurs
subalternes qui l'ont fatiguée depuis la conquête. Lorsque vous
vous montrerez mauvais Français, vous êtes moins pour eux qu'un
prince d'Orange[^3],
au sang duquel ils doivent le rang de nation et une longue suite de
prospérité et de gloire. Il est prouvé à la Hollande que votre
éloignement de la France leur a fait perdre ce qu'ils n'auraient pas
perdu sous Schimmelpenninck[^4],
ni sous un prince d'Orange. Soyez d'abord Français et frère de
l'Empereur, et soyez sûr que vous serez dans le chemin des intérêts
de la Hollande. Mais pourquoi tout ceci ? Le sort en est jeté ;
vous êtes incorrigible. Déjà vous voulez chasser le peu de
Français qui vous restent ; ce n'est ni des conseils, ni des
avis, ni de l'affection qu'il faut vous montrer, mais la menace et la
force. Qu'est-ce que ces prières et jeûnes mystérieux que vous
avez ordonnés ? Louis, vous ne voulez pas régner longtemps ;
toutes vos actions décèlent mieux que vos lettres intimes les
sentiments de votre âme. Écoutez un homme qui en sait plus que
vous. Revenez de votre fausse route ; soyez bien Français de
cœur, ou votre peuple vous chassera et vous sortirez de Hollande
l'objet de la risée et de la pitié des Hollandais. C'est avec de la
raison et de la politique que l'on gouverne les États, non avec une
lymphe âcre et viciée.[^5]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Nap</h3>
[^1]: Hortense de Beauharnais.
[^2]: Johan Hendrik Mollerus, ministre des Affaires extérieures de Louis Bonaparte entre 1809 et 1810.
[^3]: Depuis le XVIe siècle, la famille d’Orange constituait le pouvoir exécutif héréditaire de la République des Provinces-Unies. Le prince était capitaine général.
[^4]: Rutger Jan Schimmelpenninck, grand-pensionnaire de la République batave entre 1805 et 1806, quand il fut remplacé par Louis Bonaparte.
[^5]: <span></span> Expédition, Archives nationales, 400 AP 25. [<i>LEC </i>615]</body> |
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