CG1-1112.md

identifiantCG1-1112.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1796/12/08 00:00
titreNapoléon à Battaglia, provéditeur général de la République de Venise
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 1112. - </b>À Battaglia, provéditeur général de la République de Venise</h1><p><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Milan, 18 frimaire an V [8 décembre 1796]</h2><p><br/> </p><p>Je n’ai point reconnu, monsieur, dans la note que vous m’avez fait passer, la conduite des troupes françaises sur le territoire de la République de Venise, mais bien celle des troupes de S. M. l’Empereur, qui, partout où elles ont passé, se sont portées à des horreurs qui font frémir[^1].</p><p>Le style de cinq pages, sur les six pages que contient la note qu’on vous a envoyée de Vérone, est d’un mauvais écolier de rhétorique, auquel on a donné pour thèse de faire une amplification. Eh bon Dieu ! Monsieur le Provéditeur, les maux inséparables d’un pays qui est le théâtre de la guerre, produits par le choc des passions et des intérêts, sont déjà si grands et si affligeants pour l’humanité, que ce n’est pas, je vous assure, la peine de les augmenter au centuple et d’y broder des contes de fées, sinon rédigés avec malice, au moins extrêmement ridicules.</p><p>Je donne un démenti formel à celui qui oserait soutenir qu’il y a eu, dans les États de Venise, une seule femme violée par les troupes françaises : ne dirait-on pas, à la lecture de la note ridicule qui m’a été envoyée, que toutes les propriétés sont perdues, qu’il n’existe plus une église, ni une femme respectée dans le Véronais et le Brescian ? La ville de Vérone, celle de Brescia, celles de Vicence, de Bassano, en un mot toute la Terre ferme de l’État de Venise, souffrent beaucoup de cette longue lutte ; mais à qui la faute ? C’est celle d’un gouvernement égoïste qui concentre dans les îles de Venise toute sa sollicitude et ses soins, sacrifie ses intérêts à ses préjugés et à ses passions, et le bien de la nation vénitienne à quelques caquetages de coterie. Certes, si le Sénat eût été mû par l’intérêt public, il eût senti que ce moment-ci était celui de fermer à jamais son territoire aux armées indisciplinées de l’Autriche, et, par-là, protéger ses sujets et les garantir à jamais du théâtre de la guerre.</p><p>L’on me menace de faire naître des troubles et de faire soulever les villes contre l’armée française. Les peuples de Vicence et de Bassano savent à qui ils doivent s’en prendre des malheurs de la guerre, et savent distinguer notre conduite de celle des armées autrichiennes.</p><p>Il me paraît qu’on nous jette le gant. Êtes-vous, dans cette démarche, autorisé par votre gouvernement ? La République de Venise veut-elle aussi ouvertement se déclarer contre nous ? Déjà, je sais que la plus tendre sollicitude l’a animée pour l’armée du général Alvinczy : vivres, secours, argent, tout lui a été prodigué ; mais, grâce au courage de mes soldats et à la prévoyance du gouvernement français, je suis désormais en mesure, et contre la perfidie, et contre les ennemis déclarés de la République française.</p><p>L’armée française respectera les propriétés, les mœurs et la religion ; mais, malheur aux hommes perfides qui voudraient lui susciter de nouveaux ennemis ! C’est sans doute par leur influence qu’on assassine tous les jours sur le territoire de Bergame et de Brescia ; mais, puisqu’il est des hommes que les malheurs que leur inconduite pourrait attirer sur la Terre ferme ne touchent pas, qu’ils apprennent que désormais nous avons des escadres. Certes, ce ne sera pas au moment où le gouvernement français a généreusement accordé la paix au Roi de Naples, où il vient de resserrer les liens qui l’unissaient avec la République de Gênes et le Roi de Sardaigne, qu’on pourra l’accuser de chercher de nouveaux ennemis. Mais ceux qui voudraient méconnaître sa puissance, assassiner ses citoyens et menacer ses armées, seront dupes de leurs perfidies et confondus par la même armée qui, jusqu’à cette heure, et non encore renforcée, a triomphé de plus grands ennemis.</p><p>Je vous prie, au reste, monsieur le Provéditeur, de croire, pour ce qui vous concerne particulièrement, aux sentiments d’estime et de considération avec lesquels je suis, etc.[^2]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bonaparte</h3> [^1]: Battaglia s’est plaint des pillages dans les territoires de Terre ferme, au passage des troupes. Les soldats français ont, c’est vrai, commis un certain nombre d’exactions : occupation du fort de Bergame et saisie de 2 000 fusils appartenant à Venise, bavures nombreuses dont l’exécution sommaire, sur ordre de Masséna, de cinq paysans du village de Mussolente, près de Bassano. [^2]: <span></span><i> Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III, n° </i>1248, d’après le dépôt de la Guerre.</body>